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Chronique de Michaël Bar-Zvi | Yod Tet Be Ellul 5776 - 22 septembre 2016

L’annonce de l’accord de cessez-le-feu du 9 septembre dernier avait surpris de nombreux observateurs, car ses conditions étaient particulièrement floues. La raison en est simple. L’administration américaine ne tient pas à crier sur les toits qu’elle a fait le choix stratégique de laisser le soin aux russes de finir cette guerre, car ils ne veulent pas s’engager au-delà des frappes aériennes et du soutien logistique à leurs alliés.

Il est impossible de croire que John Kerry et les responsables du Pentagone ignoraient que le cessez-le-feu n’avait aucune chance de tenir plus que quelques heures, juste le temps pour permettre à Poutine de préparer le renforcement de son dispositif sur le terrain. L’autre raison de la discrétion des américains sur la carte blanche donnée aux russes c’est que c’est justement ce qu’affirme Donald Trump depuis plusieurs mois en opposition à Hillary Clinton sur cette question. Difficile d’expliquer, alors que la campagne électorale bat son plein, qu’Obama applique la stratégie de Trump, qui ne cesse de répéter que si on n’a pas l’intention d’aller jusqu’au bout autant laisser Poutine faire le boulot. Ce dernier a parfaitement compris aussi qu’il ne pouvait pas compter sur une aide massive des Etats-Unis pour résoudre ce conflit.

A plusieurs reprises Trump a estimé que Poutine connaissait mieux la région et ses acteurs et qu’on ne trouverait de solution qu’en accord avec lui. Ces propos ont choqué les diplomates américains spécialistes du Proche-Orient, qui se sont gaussés de l’inexpérience du candidat républicain en politique internationale, et curieusement depuis quelques jours ils se muent dans un silence profond, surtout lorsque l’on comprend que dans cette situation, les américains ont livré les kurdes à Erdogan. Belle leçon de loyalisme envers les seules forces qui combattaient Daech depuis le début avec un succès certain.

Avec le cynisme et l’assurance qu’on lui connaît Poutine dialogue avec tous les partenaires régionaux, y compris la Turquie sur laquelle il compte pour instaurer une zone de sécurité le long de sa frontière avec la Syrie, avec Israël avec lequel il a négocié la maîtrise de l’espace aérien, avec Bachar el Assad, avec le Hezbollah et avec l’Iran également. Poutine a désormais les mains libres pour utiliser le moindre faux-pas, la moindre provocation, la moindre bavure militaire, comme l’attaque d’un convoi humanitaire pour consolider sa présence et son influence. Obama est entré dans la phase des discours d’adieux, du grand show de départ de la Maison Blanche, et des petits règlements de compte par petites phrases interposées. Il ne va pas s’en priver pour peaufiner son image de marque d’idole des bobos américains, au lieu d’achever son mandat en mettant un terme à la tragédie d’une guerre qui a déjà fait plus de 300.000 morts.

Quel que soit son successeur, l’héritage à porter sur ce sujet risque d’être lourd et qui sait si Poutine n’aura pas, d’ici le début de l’année 2017, instauré, par sa politique du fait accompli, une situation irréversible ? Entre deux camps, aussi mauvais soit-il l’un que l’autre, il faut malheureusement choisir et non se contenter de tergiverser en espérant que la bienveillance accouche d’une troisième force qui nous plaise.



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