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La mort d’Ilan Halimi, assassiné parce que Juif, constitue une blessure pour chacun d’entre nous.

Morad EL HATTAB, écrivain*

Nos cœurs sont-ils encore à la bonne place car il importe de s’en rendre compte sans pour autant verser dans le relativisme culturel bon chic bon genre dont s’habille l’ignorance complaisante ou l’approximation paresseuse. Des politiques contribuent à la profusion de l’histoire des mythes modernes (en privilégiant ceux de la « conspiration juive internationale » ou du « complot sioniste mondial »), des intellectuels et des personnalités ont puissamment alimenté nos préjugés à l’égard du monde juif en excusant, justifiant, encourageant, et jusqu’en allant même à légitimer sa criminalisation.

Face aux métamorphoses contemporaines de l’antisémitisme, nombreux sont les universitaires et les chercheurs qui ont déserté le combat pour le prêt à penser médiatique afin d’acquérir à bon compte la notoriété que leurs œuvres scientifiquement médiocres peineraient à justifier aux yeux de leurs pairs.

Mais aujourd’hui une mère pleure son enfant, assassiné parce que Juif, avons-nous seulement les mots pour lui dire notre compassion et notre peine ? Avons-nous l’humilité de lui dire notre échec à endiguer tant de haine anti-juive ? Pouvons-nous au moins lui dire « plus jamais cela n’arrivera » ? Non, car nous avons affaire à la démolition d’un homme et qu’aucun mot ne peut contenir cette barbarie.

La mort d’Ilan est une blessure pour chacun d’entre nous, une plaie ouverte qui nous rappelle notre absence lorsqu’il faut soutenir l’innocence, la candeur et la joie de vivre.

Cet acte est d’autant plus incompréhensible que je sais que la majorité de mes « frères et sœurs » français de confession ou de culture juive prônent avant tout le vivre-ensemble, et que leurs actions et leurs sensibilités réfléchies sont toujours en faveur de la paix. C’est pourquoi, j’exprime publiquement ma détermination entière pour lutter fermement contre tout ce qui peut porter atteinte à la mémoire et à la dignité de la Communauté Juive en France.

Je reste persuadé que ces prochains jours ne seront pas des jours de recueillement à la mémoire d’Ilan mais que vont s’esquisser des attitudes de relativisation, de minimisation car chez nos « bobos » de la pensée unique, voire cynique, le Juif est un sioniste plus ou moins caché ; or le sionisme étant devenu, depuis la Conférence de Durban, l’incarnation du mal absolu, donc le Juif est un colonialiste, soit un raciste déclaré ou dissimulé...et que l’assassin d’Ilan se verra draper du statut de « victime ».

Après tout, depuis cinq ans, et sans que cela émeuve, indigne ou interpelle, se propage en France et en Europe l’idée que le Juif est l’ennemi du genre humain, et que même l’armée israélienne, Tsahal, est stigmatisée comme une armée tueuse d’enfants...mais taisons-nous et acceptons car même la raison ne sait pas que nous sommes prisonniers d’un lobby américano-sioniste...quel délire !!!

Comment se fait-il qu’un livre tel que Les Protocoles des Sages de Sion, faux de la littérature anti-juive, fabriqué à Paris, au tout début du XXe siècle, par les services de la politique secrète du Tsar, l’Okhrana, soit autant diffusé (comme livre authentique !) alors qu’on stigmatise les Juifs en tant que « comploteurs » et « dominateurs », et où on dénonce le danger d’un « complot juif mondial » visant à conquérir l’ensemble de la planète ?

Je suis convaincu que tout le problème est là, et je ne cesse de le répéter : « Avant de désarmer le bras, il faut désarmer l’esprit. » Ces ouvrages incitant à la haine et à la mise à mort de l’Autre, on fait une victime près de chez nous, à deux pas de notre palier, et ce jeune homme est mort, parce qu’il est né Juif, et je le pleure, voilà la seule certitude, tout le reste n’est que commentaire...


  • Lauréat du Prix Littéraire Lucien Caroubi, Prix pour la Paix et la Tolérance,

« Chroniques d’un buveur de lune - Essais sur le Mal et l’Amour », préfacé par le Pr. Raphaël Draï, aux Editions Albin Michel (réédition mai 2006)



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