Les chrétiens de Gaza entre craintes et rumeurs

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

samedi 23 février 2008

Tel est le titre d’un article paru dans Le Monde daté des 24-25 février 2008, qui tranche singulièrement avec ce que l’on a pu qualifier, dans certains milieux, de « black out médiatique » français sur le sort des chrétiens de Palestine.


Certes, le journaliste-écrivain français, Pierre Rehov, à qui on doit plusieurs DVD consacrés à des « faits divers » caractéristiques d’une volonté délibérée de désinformation, tels la mort du petit Al Dura ou ce qui s’est passé à Djenine, avait réalisé un reportage sur « Le Terre sainte : chrétiens en péril ».

Parfois, également, sur le Web, des voix isolées se sont fait entendre, évoquant, notamment la persécution des chrétiens du temps d’Arafat. On renverra à ce sujet à ce qu’a écrit, en 2003, Joseph Farah, écrivain américain-arabe chrétien, qui évoquait un véritable « nettoyage ethnique » (www.nuitdorient.com).

Ce qui a été dit dans divers articles ou reportages, peu diffusés, contrastent nettement avec les contrevérités, répétées systématiquement, dans ses prêches violemment anti-israéliens par Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, que le gouvernement français, notons le en passant, a tenu, en 2006, à élever à la dignité de grand-officier de la Légion d’honneur.

Que dire également de ce message, en date du 6 février 2006, larmoyant et malveillant, des « Patriarches et responsables d’Eglises de Jérusalem » exhortant les Eglises du monde et tous les chrétiens « à plaider en faveur de la paix » ?

C’eut été une intention louable si, la motivation de cet appel n’était pas fondée sur les « souffrances continuelles causées par l’occupation ».

On aimerait savoir comment le développement des « colonies », la « confiscation illégale » de terres et le « mur » peuvent expliquer la peur des chrétiens au lendemain,de l’assassinat, en octobre 2007, du gérant d’une librairie baptiste du centre-ville de Gaza.

Et Benjamin Barthes l’envoyé spécial du Monde, généralement plus enclin à recueillir des témoignages anti-israéliens, de donner la parole au beau-frère du malheureux assassiné : « Les gens ont peur. Tous les jours, on entend parler de menaces à l’encontre des chrétiens » Et évoquant le départ d’une trentaine de familles pour la Cisjordanie, il y a deux mois, de dire « Il n’y a plus d’avenir pour nous à Gaza ».

Reste à savoir si l’avenir est meilleur en Cisjordanie, à en juger par l’exode constaté également dans une ville comme Bethléem.

Mais plus grave que l’assassinat d’un chrétien qui pourrait passer pour un acte isolé, il y a le plasticage, vendredi dernier, de la bibliothèque de l’YMCA de Gaza, un centre culturel et sportif d’inspiration chrétienne.

Certes, le directeur de l’établissement dément que cet incendie criminel ait un lien avec la religion, tout en reconnaissant, implicitement, que c’était le cas de l’assassinat du libraire.

Mais, non sans humour, le journaliste français relève qu’un élu du Hamas « tente de rompre avec douceur » avec une « attitude de déni » : « On ne peut plus parler d’actes isolés. Nous sommes confrontés à une série d’attaques. Manœuvre de déstabilisation du gouvernement du Hamas ou campagne qui nous vise délibérément ? A la police de le dire ».

On s’étonnera, toutefois, que l’on y ait, pas encore, vu une provocation des services secrets israéliens.

Dans la petite minorité chrétienne de Gaza - 3 000 personnes environ - on évoque un communiqué de l’Armée de l’Islam, « groupuscule à la mode djihadiste », qui appelle à « la guerre contre les croisés » ou encore - ce qui parait encore plus révélateur d’une certaine mentalité chez les jeunes, la peur d’un gamin à qu’un copain musulman a promis qu’il « irait en enfer ».

Très révélateur nous paraît être le témoignage du concierge d’une école chrétienne de Gaza, qui a vu les auteurs du plasticage et que Benjamin Barthe cite à la fin de son reportage. Imagine-t-on que dans un territoire strictement contrôlé par le Hamas, « des types en armes, dans une jeep noire, avec de longues barbes et des pantalons bouffants à la mode pakistanaise » puissent être des habitants ordinaires ? D’autant plus que ne pouvant pas voir la directrice, absente, ces individus ont passé à tabac ledit concierge - pourtant musulman - pour le « punir de travailler avec des chrétiens ».

Si nous avons tenu à évoquer ces événements sur ce site, c’est parce que, dans certains milieux juifs en Diaspora, voire en Israël même, l’idée d’un Etat binational a parfois été défendue et même encore suggérée.


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