Quand la presse israélienne se tire une balle dans le pied

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

vendredi 11 janvier 2008

Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de lire les journaux israéliens, il y a heureusement la presse française, qui se fait un plaisir de nous informer que s’agissant de la visite du président George W. Bush, certains journalistes israéliens avaient la même piètre opinion du seul chef d’Etat important, qui soutienne effectivement Israël, que les dirigeants du Hamas.


Que des citoyens israéliens aient l’indécence d’affubler, sur des posters, George W. Bush du keffieh palestinien, comme c’est le cas pour Ehoud Olmert, est déjà choquant.

Mais, quand, l’ineffable correspondant à Jérusalem du Figaro , Patrick Saint-Paul, considère dans le numéro daté du 10 janvier 2008 que « les médias israéliens jugeaient sans pitié que jamais un aussi bon ami n’avait fait autant de mal à Israël », on croit qu’il exagère.

Mais pas du tout, à en juger par les extraits de plusieurs journaux - et des plus sérieux -. Ainsi, le quotidien Haaretz , après avoir écrit « De ses propres mains, Israël a rendu la solution de deux Etats hors de propos, tout en déclarant que c’était la solution », accuse le président américain de « complicité », au motif que « s’il avait demandé sérieusement que les avants-postes soient démantelés, ils l’auraient été depuis longtemps ».

Pour notre part, nous estimons qu’un tel reproche traduit un manque de dignité, voire de courage, comparable aux partisans de « La paix maintenant », qui comptent sur la Diaspora pour faire pression sur les gouvernements israéliens, alors que c’est sur le corps électoral qu’il faut faire pression, dans un pays démocratique.

Mais, Maariv n’est pas en reste en écrivant que « Bush est un éléphant boiteux et nous sommes son magasin de porcelaine ». Il accuse, pratiquement, Bush de tous les maux : avoir porté au pouvoir le Hamas en poussant à des élections dans les Territoires palestiniens (que n’aurait-on pas dit si le Parlement palestinien n’était pas issu du suffrage populaire....), avoir fait de l’Iran une puissance dominante dans la région (??) et avoir déstabilisé toute la région en tentant d’y installer la démocratie (certes George W. Bush a été quelque peu naïf en imaginant que la démocratie pouvait s’acclimater n’importe où, mais du moins sa démarche partait d’un bon sentiment...).

Toutefois, de là à considérer qu’ « il ne s’est pas rendu compte de la magnitude de la stupidité de ses actes » nous paraît être tout à fait excessif, venant d’un citoyen d’un pays, qui doit tant aux Etats-Unis et à George W. Bush en particulier.

Nous nous permettons de considérer que de telles accusations s’apparentent au « coup de pied de l’âne ».

Certes, le président américain est en fin de mandat et doit faire face à de nombreuses attaques, mais on ne s’attendait pas à ce que les médias israéliens joignent leurs critiques à celles des Palestiniens, qui, eux, considèrent qu’en étant un allié sincère d’Israël, George W. Bush est leur ennemi, comme si le seul fait de se prononcer pour l’existence de deux Etats et pour la sécurité de l’ « Etat juif » était un « casus belli ».

Incontestablement, du côté palestinien, on n’apprécie pas le soutien américain à Israël, car, il est, ainsi, mieux à même de résister aux pressions venant de tous horizons.

On ne s’attendait vraiment pas à ce que la presse israélienne, toujours prompte à la critique, aille jusqu’à « se tirer une balle dans le pied ».


Les textes

Mots-clés

Accueil