Un chroniqueur syrien : Nous devons participer aux conférences internationales avec Israël

MEMRI Middle East Media Research Institute

mercredi 28 novembre 2007

Face à l’éventualité d’une participation de la Syrie au sommet d’Annapolis, le Dr Elias Sam’o, expert en relations internationales et ancien conférencier de l’université d’Alep, publie un article sur le site www.syria-news.com [1], proche du gouvernement syrien, où il dénonce l’isolement que la Syrie s’impose à elle-même. Il estime que la Syrie devrait affronter Israël lors de conférences internationales et s’en servir pour diffuser sa position. Extraits :


"Les conférences internationales informelles sur le Moyen-Orient sont fréquentes et la même question gênante est invariablement posée : Où est la Syrie ? (...) Je pense aux conférences portant sur des [sujets] politiques et sécuritaires...

Lors de ces discussions informelles, les sujets sont abordés dans le cadre de débats et de conférences ouverts au public. Certaines réunions sont toutefois fermées au public, seuls les participants liés au thème traité étant habilités à y participer. Les débats sont informels et ne font pas l’objet de comptes rendus écrits. L’objectif est de permettre à chaque partie de présenter sa position et de comprendre celle d’autrui en tentant d’offrir le plus possible et de demander le moins possible. Ce ne sont donc pas de [véritables] négociations, mais un exercice intellectuel permettant de trouver un terrain d’entente susceptible de servir de point de départ à des négociations officielles futures. S’il n’y a d’autre solution que la coexistence, mieux vaux ’humaniser’ la partie adverse que la diaboliser - et c’est là l’un des objectifs de ces conférences.

La communauté internationale, ou [pour être plus précis] la communauté occidentale, a le sentiment que la Syrie est un pays isolé... S’il existe réellement une [politique] occidentale visant à isoler la Syrie, il n’y a rien que nous puissions y faire. Je ne comprends [toutefois] pas pourquoi nous devrions nous imposer à nous-même l’isolement en ne participant pas à des conférences.

Il est possible que la principale raison de l’absence de la Syrie est qu’elle s’inquiète de ce qu’en rencontrant Israël face à face, elle donne une impression de normalisation. La crainte de la normalisation aurait pu justifier [un éventuel boycott] du sommet de Madrid de 1991. Je pense toutefois que la normalisation est devenue à l’ordre du jour après [la participation de la Syrie à] la conférence de Madrid, et après que (...) les deux pays se furent rencontrés face à face pour conduire des pourparlers directs et officiels...

Une autre raison [d’éviter les conférences internationales est l’inquiétude de la Syrie que] ses [représentants] ne présentent une position incompatible avec sa ligne officielle - ce qui pourrait placer la Syrie ou ses dirigeants dans l’embarras. Mais si cela devait arriver, ne serait-ce pas [en fait] dans l’intérêt des dirigeants syriens ? En effet, le fait que la Syrie soit représentée à des conférences serait la preuve de l’existence d’une certaine activité politique en Syrie, de l’existence d’une marge de liberté politique permettant aux dissidents syriens de participer aux conférences internationales et d’exprimer librement leurs opinions.

Il existe toutefois une troisième raison possible à la non-participation de la Syrie [aux conférences internationales], qui est que les dirigeants syriens sentent qu’il n’existe pas de Syriens capables (...) de donner une image claire et précise de la position de leur pays. Si la Syrie, ’berceau des religions et des cultures’ - n’a vraiment personne pour la représenter à l’étranger, c’est une grande catastrophe.

J’espère que les Syriens participeront fréquemment et avec régularité aux conférences internationales auxquelles Israël participe. Nous [Syriens] connaissons la vérité, et ceux qui connaissent la vérité doivent constamment paraître sur la scène internationale, peu importe en compagnie de qui - notamment d’Israël. La Syrie doit présenter ses justes revendications à la communauté [internationale] et affronter le menteur face à face, au lieu de demeurer éloignée, permettant ainsi à Israël de monopoliser la scène internationale et de [l’exploiter] à son avantage (...)

Certains Syriens ont [certes] des réserves quant à la politique [du pays], des critiques à émettre, [mais] existe-t-il dans le monde des dirigeants qui soient parfaits et n’ont jamais été critiqués ? L’intérêt de la Syrie à présenter sa position lors de conférences internationales n’est-il pas plus important que les désaccords internes ?

Ne serait-il pas naturel et sain que des [représentants] syriens, même en désaccord avec la ligne officielle, soient présents aux conférences internationales, surtout quand on sait qu’il n’existe en Syrie aucun désaccord relatif aux relations entre la Syrie et Israël sur le plateau du Golan ? Les avantages que la Syrie a à tirer d’une telle participation [aux conférences] dépassent ce que nous aurons éventuellement à payer.

En conclusion, les dirigeants syriens attendent actuellement que le plateau du Golan soit inclus au programme du sommet d’Annapolis et qu’ils soient invités. Voilà qui nous pousse à nous demander pourquoi la Syrie renonce à participer aux conférences internationales où le plateau du Golan est [déjà] au programme et où elle est invitée."


[1] http://www.syria-news.com/readnews.php?sy_seq=65596, le 12 novembre 2007.
 
 


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