Les réfugiés juifs originaires des pays arabes

Maurice Konopnicki

vendredi 5 octobre 2007

L’EXODE DES JUIFS DES PAYS ARABES
On comptait en 1948, 800.000 Juifs dans les pays arabes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Une génération plus tard, en 1976, la plupart des communautés juives de ces pays avaient disparu, ne laissant rien derrière elles que quelques milliers de Juifs dispersés dans un certain nombre de villes de ces régions. La disparition d’une des plus anciennes communautés juives du monde a été provoquée, en grande partie, par l’intolérance, les discriminations, les lois vexatoires et les persécutions violentes qu’elle a dû subir, depuis les conquêtes de l’Islam.


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A certaines époques, les Juifs ont bénéficié de la tolérance et de la protection des lois ; il leur est même arrivé, dans les pays de la mouvance arabe, de s’élever à des fonctions très importantes. Mais ces périodes furent des exceptions. La proclamation de l’indépendance de l’Etat d’Israël, Etat juif indépendant au Proche- Orient, en 1948, fut d’une part, un prétexte nouveau pour l’intensification et la légitimation des règlements anti-juifs dans les pays arabes, d’autre part, une occasion pour ces pays de se débarrasser des Juifs en leur accordant la permission tacite d’émigrer. Plusieurs Etats arabes ont même dans certains cas encouragé indirectement cette émigration.

LA DEGRADATION DE LA SITUATION DES JUIFS

Au moment de la résolution des Nations Unies sur le partage de la Palestine, des émeutes contre de nombreuses communautés juives se sont produites dans tout le monde arabe. Les violences anti-juives se sont répandues : des synagogues, des maisons, des magasins juifs ont été brûlés et pillés ; des centaines de Juifs ont été assassinés dans les rues ; des milliers furent emprisonnés pendant des mois comme des criminels. La liberté de leurs déplacements fut contrôlée ; l’émigration vers Israël interdite et de nombreux Juifs privés de leur citoyenneté. Les Juifs qui étaient dans le commerce furent spoliés de leurs biens, leurs comptes en banque gelés et leurs propriétés évaluées à des millions de dollars, graduellement confisquées. Comme au cours des siècles précédents, les Juifs furent écartés des administrations gouvernementales ou leur accès au fonctionnariat sévèrement limité. Ils étaient ainsi privés de leurs moyens de subsistance et devenaient des otages dans leur pays d’origine. Ils ne pouvaient plus, en conséquence, continuer à vivre dans ces pays. Les traces des communautés juives florissantes et prospères ont ainsi été totalement effacées à mesure que les Juifs étaient contraints d’émigrer en grand nombre. Le tableau ci-dessous résume éloquemment la disparition des communautés juives des pays arabes entre 1948 et 1976 .

POPULATION JUIVE DES PAYS ARABES EN 1948 ET 1976 (Estimation)

1948 1976
Maroc 265.000 17.000
Algérie 140.000 500
Tunisie 105.000 2.000
Libye 38.000 20
Egypte 75.000 100
Irak 135.000 400
Syrie 30.000 4.350
Liban 5.000 500
Yémen 55.000 1.000
Aden (Yémen du sud) 8.000 0
TOTAL 856.000 25.870

L’EXODE

L’Etat d’Israël a constitué un refuge naturel pour la majorité des Juifs originaires des pays arabes. Certains étaient partis seuls. D’autres ont été transportés en Israël au cours d’opérations massives de sauvetage organisées par les communautés locales et les autorités israéliennes. Les exemples les plus marquants ont été le transfert des Juifs d’Irak et du Yémen, qui ont été transportés en masse au moyen d’un pont aérien entre 1948 et 1951. Il en a été de même pour la communauté juive de Libye, qui a été transportée presque entièrement en Israël. 586.268 Juifs originaires des pays arabes se sont installés en Israël ; plus de 200.000 autres ont émigré vers la France, la Grande- Bretagne et les Amériques. Avec leur descendance, le nombre total des Juifs qui ont quitté leurs foyers dans les pays arabes et qui vivaient en 1977 en Israël était de 1.136.436 soit près de 41% de la population . Au moins 500.000 autres vivaient en France, au Canada, aux Etats-Unis et en Amérique latine. La majorité des réfugiés juifs venus des pays arabes sont arrivés en Israël dans les trois années qui ont suivi son accession à l’indépendance. Sur un total de 586.070 qui sont arrivés jusqu’en 1977, près de 400.000 sont entrés dans le pays entre 1948 et 1951. Les Juifs de ces pays qui immigrèrent en Israël en 1948 étaient inspirés par l’idéal du retour dans la patrie. Toutefois, ils étaient, pour la plupart, des réfugiés chassés de leurs foyers et forcés de quitter une tradition et une culture séculaires du fait de persécutions qui rendaient les conditions d’existence des Juifs dans les pays arabes extrêmement difficiles, voire intolérables. Le tableau ci-dessous montre le nombre de Juifs qui ont quitté les pays arabes pour se rendre en Israël en 1948 et 1972 .

IMMIGRATION EN ISRAEL DES JUIFS ORIGINAIRES DES ETATS ARABES DU 15 MAI 1948 AU 22 MAI 1972

Pays Nombre
Maroc*
Tunisie*
Algérie* 330.833
Libye 35.666
Egypte 29.325
Syrie*
Liban* 10.402
Yémen*
Yémen du sud (Aden)* 50.552
Irak 129.292
TOTAL 586.070

Extraits de : « Les Juifs originaires des pays arabes : un problème méconnu » par
Maurice M. Roumani, WOJAC (Organisation mondiale des Juifs originaires des pays
arabes), Tel-Aviv, 1977.

Basé sur : recensements officiels de chacun des pays ; annuaires des communautés
juives ; la question juive devant la commission d’enquête anglo-américaine,
1946 ; Haïm Cohen, 1952 et 1973 ; David Sitton, 1974 ; André Chouraqui, 1952 ;
Joseph B. Schechtman, 1961 ; David Littman, 1975. Gouvernement d’Israël. Office
central des statisitiques, 1975. Ce chiffre n’inclut pas les Juifs originaires
de pays islamiques non-arabes, comme l’Iran, la Turquie, ni ceux originaires du
Kurdistan.

Ibid.
Office central des statistiques, 1974.
Joseph B. Schechtman, On Wings of Eagles, p.273.
Schechtman, op. cit., p.143.
American Jewish Congress, op. cit. , p. 47.
Schechtman, op. cit. , p. 104
Shlomo Hillel, Le souffle du levant - Mon aventure clandestine pour sauver les Juifs d’Irak 1945-
1951, Collection Grands Documents, Didier Hattier, Bruxelles, 1989.
Government of Israel, Immigration to Israel 1948-1972 (Jerusalem : Central Bureau of Statistics,
1974), p.4.
Raphael Patai, Between East and West, pp. 207-208.
Morroe Berger, The Arab World, p.251.
Landshut S., Jewish Communities in the Muslim Countries of the Middle-East ; A Survey. London,
The Jewish Chronicle, 1950, p.6.
Nehemia Robinson, The Arab Countries of the Near East and their Jewish Communities, pp. 50-51.
Chouraqui A., Marche vers l’Occident-Les Juifs d’Afrique du Nord. Paris, PUF, 1952, p.5.
Hayyim J. Cohen, Les Juifs du Moyen-Orient, (héb), pp.33-35.
Ibid., pp. 49-50.
Ibid., p. 52.
Dafna Alon, Arab Radicalism, p.76 ; International Conference for the Deliverance of Jews in the
Middle-East, pp.32, 67, 79.
Students’ Committee for Human Rights in the Middle-East, Persecution of Jews in Arab Lands,
p.11.
Landshut, op.cit., p.23
Chouraqui, op. cit. , p. 47.
Lewis, Islam in History, p.165.
"Dès 1952, une vaste littérature antisémité - et non antisioniste ou anti-israélienne uniquement - a
été publiée dans les pays arabes ; elle utilisait des arguments politiques, des thèmes raciaux,
théologiques et démonologiques...« (Lewis, ibid., p. 317) »Les thèmes religieux sont exploités pour
intensifier et approfondir la haine d’Israël et des Juifs..."(Harkabi, op. cit. , p. 263)
Lewis, op. cit. , p.145.


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