Nicolas Sarkozy sera-t-il plus mitterrandien que chiraquien ?

Jean-Philippe Katz

mardi 30 octobre 2007

Il a été annoncé, il y a quelques jours, une visite d’état du président français en Israël avant la fin 2007. On se souvient de celle de Jacques Chirac qui avait si soigneusement mis en scène sa visite de la vieille ville de Jérusalem et sa bousculade.


Mais la véritable référence pour le voyage annoncé de Sarkozy, c’est celui de Mitterrand en 1982, « une divine surprise » pour le peuple israélien, avec un certain Begin à sa tête. Pour mémoire, François Mitterrand avait prononcé un discours mémorable devant la Knesset, et je ne serais pas étonné que Sarkozy fasse de même avec les mêmes accents.
François Mitterrand rappelait par exemple son propre rôle lors de l’épisode Exodus, étant « l’un des deux ministres à plaider et à obtenir asile » pour le navire surchargé.

Rappelons aussi que le président socialiste avait supprimé le boycott commercial d’Israël, ce qui en dit long sur la pérennité de la politique arabe de la France, le double mandat de Jacques Chirac n’étant qu’un épisode de plus.

Bien entendu, François Mitterrand avait appelé au dialogue entre Israël et l’OLP, organisme considéré comme terroriste à l’époque et avec lequel il était hors de question de discuter. Les choses ont changé, à Madrid d’abord, puis on le sait à Oslo.
Nicolas Sarkozy ne pourra pas faire l’économie d’un appel aux bonnes volontés mais devra désigner qui est, selon lui, le bon négociateur : Abbas ou Hamas.

Car le président français est à la fois confronté à une situation politique régionale et à des attentes et craintes dans l’opinion de l’hexagone. Il a monté le ton dans ses déclaration sur la politique iranienne, et à récemment condamné l’idée d’un droit au retour des palestiniens. Mais il sait aussi qu’en France, il est souvent taxé d’atlantisme, et de sympathie envers Israël (sympathie atavique, car le communautarisme a depuis quelques années réduit toute prise de position sur ces sujets à une solidarité mécanique dénuée de réflexion).

Quel sera le programme du président en Israël ? Il visitera certainement Yad Vashem, se rendra à coup sûr devant les députés de la Knesset et discutera avec Abbas à Ramallah. Comme François Mitterrand, il n’oubliera pas les dizaines de milliers de franco-israéliens, en particulier le soldat Shalit pour lequel la diplomatie française tente d’intervenir.
Comme François Mitterrand, il rappellera le rôle de la shoah dans la création de l’état juif, en renouvelant ses critiques envers le président Iranien. Il n’hésitera pas, à mon avis, à évoquer les dérives en cours qui comparent sionisme et racisme.

J’imagine également qu’il aurait tout intérêt à emmener avec lui des ministres issus de l’immigration pour souligner que l’intifada des cités est un non-sens, et qu’il en profitera pour rappeler (au public français) qu’un million de citoyens arabes vivent en Israël. Peut être en profitera-t-il pour inviter israéliens et palestiniens du Fatah à rejoindre l’idée d’union de la Méditerranée, ce qui permettrait de remettre en jeu les deux partenaires dans un organisme international, avec des espoirs de nouvelles ressources pour Abbas.

Il sera plus prudent sur le chapitre des négociations directes entre Israël et AP, d’abord pour ne pas interférer dans la politique US en cours, ensuite pour ne pas trop s’engager dans une critique des dirigeants de Gaza. Il pourrait cependant rétablir un équilibre de la politique étrangère française, par exemple en accordant à Israël ce qu’il a accordé à Kadhafi, c’est à dire la technologie nucléaire civile. Ou comment revenir, un demi-siècle plus tard, à l’âge d’or des relation franco-israélienne dont François Mitterrand était l’un des promoteurs...


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