Des moyens de pression sur le Hamastan

Par David Horovitz © Jerusalem Post ťdition franÁaise

jeudi 28 juin 2007

Comprenons-nous bien. Le Hamas a pris le contrŰle de la bande de Gaza, dans un spectacle de brutalitť impitoyable envers son propre peuple. On a vu des Palestiniens jetťs des toits des b‚timents. On a vu des Palestiniens abattus de dizaines de balles tirťes en pleine tÍte par d’autres Palestiniens. Des Palestiniens tuťs devant leurs familles. Des Palestiniens tuťs par d’autres Palestiniens alors qu’ils attendaient, dťsespťrťs et impuissants, pour sortir de la bande de Gaza.


Les hommes arm√©s du Hamas √©taient pr√™ts √† hacher menu les leurs, allant m√™me jusqu’√† piller la demeure de la figure embl√©matique de la cause palestinienne, Yasser Arafat, et √† voler son prix Nobel de la paix. Une belle farce : des terroristes qui d√©lestent du prix le plus prestigieux de la plan√®te feu son laur√©at, qui avait tant maniganc√© pour faire √©chouer les accords de paix. Mais la principale cible de leurs aspirations meurtri√®res reste, naturellement, l’Etat sioniste honni.

Pour le Hamas, Isra√ęl n’a pas le moindre droit √† l’existence. Il doit √™tre d√©truit. Il ne peut y avoir de souverainet√© juive sur cette terre. Les jeunes esprits palestiniens doivent √™tre √©duqu√©s pour exterminer les infid√®les, √† la premi√®re occasion.

Le Hamas a peut-√™tre affirm√© son emprise sur Gaza par la barbarie, mais c’est la population palestinienne qui, de son propre gr√©, lui a confi√© la t√Ęche de diriger son Parlement.

Oui, la population voulait se d√©barrasser d’un Fatah corrompu. Mais ils savaient tout du fondamentalisme violent et sans compromis du Hamas, qui ne les a pas dissuad√©s. Et c’est un autre leader d√Ľment √©lu par les Palestiniens, Mahmoud Abbas, qui a d√©cid√© de cr√©er un gouvernement en partenariat avec cette organisation de meurtriers.

Et pourtant, cette ascension d’un r√©gime militaire islamiste, n√©e dans les urnes et consacr√©e dans son apog√©e sanglant √† Gaza, sur le pas de notre porte, est salu√©e dans certaines sph√®res internationales comme porteuse d’un changement qui pourrait √™tre positif.

Abbas, qui a donn√© au Hamas une l√©gitimit√© politique, qui a choisi de ne pas l’affronter militairement, dont les fid√®les ont souvent surpass√© les « exploits » terroristes du Hamas, et dont les forces entra√ģn√©es et arm√©es par les Am√©ricains n’ont pu tenir t√™te au Hamas √† Gaza (mettant du m√™me coup un v√©ritable arsenal √† sa disposition), a √©t√© r√©compens√© par le renouvellement de l’aide internationale.

Et ce malgr√© le fait qu’une partie de ce financement international finira in√©vitablement √† Gaza, puisque Abbas y maintient l’illusion d’un contr√īle de l’Autorit√© palestinienne. Elle y servira √† payer les salaires d’un syst√®me √©ducatif qui enseigne m√©thodiquement la haine d’Isra√ęl et de l’Occident.

Dans le m√™me temps, on fait maintenant appel √† Isra√ęl pour s’assurer que la population de Gaza survive √† la prise de contr√īle du territoire par le Hamas, qu’elle a elle-m√™me port√©. On fait appel √† Isra√ęl pour fournir de l’eau, du carburant et de la nourriture √† Gaza, domin√©e par un leadership qui non seulement ne coordonne pas la r√©ception de ce service, mais persiste √† nier notre propre existence.

On fait appel √† Isra√ęl pour continuer √† fournir Gaza en √©lectricit√©, avec la certitude que cette √©lectricit√© serait employ√©e, entre autres choses, √† fabriquer des roquettes Kassam et d’autres armes destin√©es √† tuer des Isra√©liens. Et Isra√ęl, naturellement, se sent le devoir moral d’aider les Palestiniens ordinaires dans le besoin.

On fait √©galement appel √† Isra√ęl pour mettre de c√īt√© la question g√™nante de la prise de contr√īle de Gaza par le Hamas, et le renforcement cons√©quent de son id√©ologie fondamentaliste et de celle de son principal alli√©, aux ambitions nucl√©aires, attach√© √† l’√©limination d’Isra√ęl, l’Iran.

On fait appel √† Isra√ęl pour mettre de c√īt√©, un moment, la menace croissante que constitue le contr√īle total du Hamas sur ce qui est d√©sormais une voie d’approvisionnement en armes depuis l’Egypte, √† travers le couloir de Philadelphie.

On exige au contraire d’Isra√ęl, id√©e ostensiblement accept√©e par son gouvernement, de profiter de l’occasion pour mener des n√©gociations de paix avec un Mahmoud Abbas qui a soudain retrouv√© une verve ferme, malgr√© une impuissance manifeste maintes fois d√©montr√©e. Avec, en ligne de mire, l’avenir du prochain territoire convoit√© par le Hamas, la Cisjordanie.

Voici comment, selon Giora Eiland, ancien conseiller √† la s√©curit√© nationale, Isra√ęl devrait traiter le Hamastan et les r√©percussions de son av√®nement.

Tout d’abord, sugg√®re le major-g√©n√©ral de r√©serve Eiland, Isra√ęl doit dresser la liste des priorit√©s √©l√©mentaires qui constituent ses int√©r√™ts imm√©diats √† Gaza, en l’occurrence : 1) mettre un terme aux tirs de Kassam ; 2) emp√™cher la poursuite de l’armement du Hamas, principalement √† travers le couloir de Philadelphie ; 3) trouver un accord pour lib√©rer le prisonnier Gilad Shalit.

Ensuite, recommande-t-il, Isra√ęl devrait prendre acte de ses moyens de pression, et s’en servir pour remplir ces objectifs. Le coup d’Etat du Hamas a affect√© les Palestiniens, tous les Palestiniens, dit-il, « plus encore qu’ils ne le r√©alisent ».

Deux r√®gles d’or ont √©t√© bris√©es : pas de guerre civile (« les Palestiniens n’en avaient jamais franchi le cap »), et pas de diff√©rence faite entre la bande de Gaza et la Cisjordanie.
En outre, maintenant qu’il est seul en charge de Gaza, le Hamas a beaucoup plus √† perdre que par le pass√©.

C’est pourquoi la derni√®re chose que devrait faire Isra√ęl est de se d√©barrasser de ce moyen de pression, en reconnaissant qu’il se doit de fournir de l’aide humanitaire, de l’√©lectricit√© et de l’eau, d’ouvrir les fronti√®res, etc. Isra√ęl devrait plut√īt d√©clarer que « Gaza est une entit√© politique ennemie, dans son activit√© comme dans ses choix ».

En cons√©quence, Isra√ęl devrait insister sur l’id√©e qu’il doit maintenir les points de passage boucl√©s pour pr√©venir la contrebande d’armes, et qu’il est pr√™t √† attaquer non seulement les groupes tirant des Kassam, mais √©galement les cibles gouvernementales de Gaza et les routes d’approvisionnement afin d’am√©liorer la s√©curit√© d’Isra√ęl.

Cela provoquerait une vague de protestations internationales, reconna√ģt Eiland. « Mais la r√©ponse d’Isra√ęl serait ?Eh bien, nous devons faire cela parce que nous sommes face au Hamas.’ » Cependant, poursuit Eiland, Isra√ęl devrait √©galement d√©clarer que « si nos trois int√©r√™ts principaux sont respect√©s, nous pourrons mettre un terme √† ces op√©rations ».

Le principe qui doit guider l’action, insiste Eiland, est qu’il n’est pas dans l’int√©r√™t d’Isra√ęl de poursuivre l’approvisionnement de Gaza, « alors pourquoi le faire pour rien ? Pourquoi renoncer √† nos int√©r√™ts ? Si nous donnons √† Gaza tout ce dont elle a besoin, et que le Hamas peut continuer √† tirer et √† se r√©armer, nous n’avons plus de moyen de pression ».

Comment un tel plan se d√©roulerait-il en pratique ? « Isra√ęl doit dire clairement, mais si n√©cessaire discr√®tement, que si les tirs de Kassam s’arr√™tent compl√®tement √† partir d’une date donn√©e (et peu importe qui est derri√®re ces tirs, puisque le Hamas est d√©sormais la seule organisation en charge), il ouvrira peu √† peu les fronti√®res pour permettre l’approvisionnement. Mais cette ouverture s’interrompra si le moindre Kassam est tir√©. »

Dans le m√™me ordre d’id√©e, poursuit Eiland, « Isra√ęl doit dire clairement que la situation actuelle le long du couloir de Philadelphie est intol√©rable, et qu’il pourrait √™tre n√©cessaire de reprendre le contr√īle du corridor, en l’√©largissant de plusieurs centaines de m√®tres. Cela n√©cessiterait la destruction de maisons, et priverait de toit beaucoup de gens. Le monde protesterait. Et Isra√ęl dirait ?Ok, nous sommes pr√™ts √† un retrait si l’int√©grit√© de la fronti√®re est respect√©e’ ».

Si les recommandations d’Eilad, lors de notre conversation t√©l√©phonique, ont √©t√© jusqu’√† lors d√©livr√©es sur le ton sobre qui lui est coutumier, sa voix s’emporte quand il aborde la situation politique g√©n√©rale. « Je ne comprends pas ces discussions autour d’options diplomatiques », dit-il. « Sur quoi portent-elles ? » Tout accord politique se doit de porter sur la Cisjordanie et Gaza.

Mais qu’est-ce qu’Abou Mazen peut faire √† propos de Gaza ?« La derni√®re chose qu’Isra√ęl devrait faire serait de trouver un accord avec Abou Mazen en Cisjordanie, et de se r√©concilier avec le Hamas √† Gaza. »Abou Mazen et [le Premier ministre] Olmert ont dit vouloir renouveler les n√©gociations politiques,« poursuit-il, »mais comment cela peut-il fonctionner ? Isra√ęl dira qu’il veut un accord permanent, mais que les questions de s√©curit√© doivent √™tre r√©solues au pr√©alable. Abou Mazen (Mahmoud Abbas) dira qu’il n’est pas possible de r√©soudre les questions de s√©curit√©, pas m√™me en Cisjordanie, avant un accord permanent. Cela ne m√®ne nulle part.« Le conseiller √† la s√©curit√© nationale du Premier ministre Ariel Sharon, qui travaille d√©sormais √† l’institut d’√©tudes pour la s√©curit√© nationale de l’universit√© de Tel-Aviv, ne voit pas le Hamas r√©p√©ter sa victoire de Gaza en Cisjordanie dans un futur proche, mais il ne sous-estime pas sa puissance sur place, et ne doute pas de ses ambitions. »Le Fatah est plus puissant en Cisjordanie, qui est plus la√Įque et moderne que Gaza. Il n’y a pas autant de soutien populaire pour le Hamas. Et bien s√Ľr, Isra√ęl y est d√©ploy√© et emp√™che le Hamas de s’y d√©velopper comme il l’a fait √† Gaza."

Concernant les risques concrets que repr√©sente la prise de contr√īle de la bande de Gaza par le Hamas, le principal souci d’Eiland consiste en l’approvisionnement en armes, et la circulation de combattants vers et hors du territoire, notamment pour b√©n√©ficier d’entra√ģnements d√©livr√©s par l’Iran, qui se sont r√©v√©l√©s efficaces face au Fatah.

Dans l’√©tat actuel des choses, dit-il, le couloir de Philadelphie, large de 50 √† 100 m√®tres, ne peut √™tre efficacement boucl√© m√™me si Isra√ęl s’y red√©ployait. « Il faudrait qu’il fasse au moins 500 m√®tres de large », explique-t-il, pour dissuader les tunneliers, et il faudrait qu’Isra√ęl d√©gage cet espace en d√©molissant des maisons.

« Dit de cette mani√®re, la mesure a l’air tr√®s s√©v√®re. Mais nous devons cr√©er une nouvelle r√©alit√©. Pour dire ?J’y suis, j’y reste.’ Et rester pr√™t √† repenser la strat√©gie si les Egyptiens et ou une force internationale se montrent vraiment pr√™ts √† contr√īler la zone. »

Eiland r√©v√®le qu’apr√®s l’annonce du d√©sengagement de Gaza, mais avant sa r√©alisation, alors qu’Isra√ęl affirmait qu’il garderait le contr√īle du couloir Philadelphie √† moins que la situation s√©curitaire ne permette son √©vacuation (point sur lequel insistait la communaut√© internationale), une solution internationale avait √©t√© soumise √† Isra√ęl pour r√©soudre le probl√®me.

Selon les termes de cette proposition, des forces internationales, reconnaissant la n√©cessit√© d’√©largir le corridor pour le contr√īler correctement, auraient fait le travail √† la place d’Isra√ęl. « Ils ont dit ?Si vous quittez Philadelphie, nous d√©truirons les b√Ętiments qui se trouvent √† proximit√© de la voie d’acc√®s et nous relogerons les gens au Goush Katif.’ »

Un tel accord n’a bien s√Ľr pas √©t√© trouv√©. « Et apr√®s avoir quitt√© Gaza, pendant cette p√©riode transitoire ou nous contr√īlions toujours Philadelphie, le ministre de la D√©fense Shaoul Mofaz a soudain annonc√© qu’Isra√ęl √©tait pr√™t √† s’en retirer. » A ce moment, bien s√Ľr, la communaut√© internationale s’est dit que si Isra√ęl √©tait pr√™t √† partir, il n’√©tait pas n√©cessaire de payer un tel prix pour obtenir le d√©part de l’arm√©e. Cela, estime Eiland, est symptomatique de la mani√®re dont Isra√ęl a mal g√©r√© le cas de Gaza.

« Quand il s’agissait du d√©sengagement, nous avons ferm√© les yeux sur la r√©alit√© », accuse-t-il. Sharon a d√©cid√© non seulement qu’Isra√ęl partirait, mais qu’il le ferait de mani√®re unilat√©rale. « Il n’a pas donn√© aux Palestiniens relativement mod√©r√©s la chance de montrer leur autorit√©. Cela a renforc√© le Hamas, et emp√™ch√© toute avanc√©e politique. »

Le d√©bat autour du d√©part de Gaza, d√©plore-t-il, √©tait « tellement superficiel » : une tendance, comme il l’a plusieurs fois indiqu√© par le pass√©, typique de la mani√®re dont sont prises les d√©cisions. « Ce qui se passe, c’est qu’on reconna√ģt qu’une situation donn√©e n’est pas bonne. Quelqu’un a une id√©e. Et c’est ?oui’ ou ?non’. Il y a peut-√™tre d’autres options ? Eh bien, elles ne sont pas abord√©es. »

Dans le cas pr√©cis de Gaza, « Sharon a annonc√© [lors de la conf√©rence strat√©gique de 2003] √† Herzliya que le d√©sengagement √©tait une bonne chose pour nous. Cela voulait dire que nous n’en tirerions rien. Si vous dites √† votre voisin que vous fichez votre frigo √† la poubelle, il y a peu de chance qu’il vous propose de vous le racheter. Nous avons d√©cid√© que nous quittions Gaza. Nous avons d√©clar√© qu’elle n’avait aucune valeur, et nous l’avons abandonn√©e en √©change de rien. Nous avons sacrifi√© tous nos moyens de pression. »

C’est pr√©cis√©ment la crainte d’Eiland : qu’Isra√ęl facilite la t√Ęche du r√©gime du Hamas. « Et aussi incroyable que cela puisse para√ģtre », ajoute-t-il en haussant le ton, s’il n’y avait pas eu ce r√©veil douloureux qui a suivi la guerre de l’√©t√© dernier et la perte de cr√©dibilit√© de toute mesure unilat√©rale, « nous serions actuellement en train de faire la m√™me chose en Jud√©e-Samarie. Incroyable. »

L’argument qui se trouve au c ?ur du raisonnement de Kadima, fait-il remarquer, est que la barri√®re de s√©curit√© repr√©sente la meilleure ligne de d√©fense dont puisse b√©n√©ficier Isra√ęl, et que les forces arm√©es devraient √™tre retir√©es sur cette ligne, au besoin de mani√®re unilat√©rale.

Mais les cons√©quences d’un retrait unilat√©ral seraient « d√©sastreuses », r√©torque Eiland, offrant un petit exemple. "Il y a deux semaines, vous vous en souvenez, l’autorit√© a√©roportuaire isra√©lienne voulait fermer l’a√©roport Ben-Gourion √† cause de signaux radio pirates interf√©rant entre les vols et la tour de contr√īle.

Ce qui veut dire que si vous installez des √©metteurs radio √† Ramallah, vous pouvez paralyser l’a√©roport. Si Isra√ęl quittait la Cisjordanie sans le moindre accord, avant m√™me que l’Iran n’envoie des armes, quelques malheureux √©metteurs pourraient semer le d√©sordre dans la vie quotidienne des Isra√©liens.

« Nous sommes ici et ils sont l√† », cite-t-il, rappelant avec amertume le slogan des « unilat√©ralistes ». « C’est pu√©ril. Et pourtant », remarque-t-il, « c’est ce programme qui a rapport√© √† Kadima plus de voix que n’importe quel autre parti lors des derni√®res √©lections. »


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