Un grand journaliste s’en est allť

Tali Lipkin |†Maariv . Version franÁaise de Courrier international

samedi 23 juin 2007

Zeev Schiff, pionnier israťlien du commentaire de guerre, est mort ŗ Tel-Aviv le 19 juin. La chroniqueuse militaire et productrice de gauche Tali Lipkin-Shahak lui rend hommage dans le quotidien israťlien, couramment classť ŗ droite, Maariv...


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Un jour glacial de novembre 1982, un convoi de correspondants militaires tentait de se r√©chauffer sur le djebel Barouq, dans l’est du Liban, pour d√©couvrir l’impressionnant mat√©riel militaire abandonn√© sur place par des forces libanaises et syriennes qui avaient vid√© les lieux trois mois auparavant, apr√®s un bref accrochage arm√© contre Tsahal. C’est l√†, dans une dr√īle de promiscuit√©, que j’ai fait la connaissance de Zeev Schiff [n√© en France en 1933 et √©migr√© en Palestine avec ses parents en 1935, il s’√©tait rendu c√©l√®bre en Europe gr√Ęce √† son excellente analyse de la premi√®re Intifada d√©clench√©e en d√©cembre 1987, tout simplement titr√©e Intifada].

C’est Zeev Schiff, « Wolfie » pour ses proches et ses confr√®res [« zeev » signifie « loup » en h√©breu], qui m’a appris mon m√©tier, alors que je venais tout juste d’√™tre engag√©e pour couvrir la (premi√®re) guerre du Liban [1982] comme correspondante du quotidien [travailliste] Davar. Il est inutile de pr√©ciser que l’arriv√©e d’une jeune femme dans le club tr√®s ferm√© et tr√®s √©litiste des correspondants militaires isra√©liens ne fut pas chose facile, d’autant que le club en question √©tait dirig√© par Wolfie.

A un √Ęge o√Ļ il aurait pu √™tre mon p√®re, avec d√©j√† une exp√©rience tr√®s riche, avec les cicatrices de la guerre du Kippour [octobre 1973] pas encore totalement referm√©es, Zeev continuait, √† l’instar de ses coll√®gues, √† faire son m√©tier comme si de rien n’√©tait, √† slalomer entre les fourches caudines de la censure et √† survivre aux relations parfois incestueuses avec le monde militaire. Avec ce palmar√®s impressionnant, Wolfie aurait pu m√©priser la jeune novice que j’√©tais et qui ne connaissait rien de la guerre. Mais il ne m’a jamais m√©pris√©e, ni moi ni quiconque.

Wolfie √©tait un phare. M√™me si je ne suis pas s√Ľre que nous ayons souvent pu comprendre ce qu’il voulait nous montrer. A l’√©poque, contrairement √† ce qui se passe de nos jours, on acceptait de laisser aux journalistes le temps d’examiner, d’√©tudier et d’expliquer, plut√īt que de courir apr√®s des scoops vides de sens. Pourtant, c’√©tait aussi une √©poque o√Ļ le monde militaire n’h√©sitait pas √† jouer de son statut pour √©touffer les journalistes d’investigation en les s√©duisant ou en les d√©bauchant pour √©viter qu’ils ne se montrent par trop indiscrets ou critiques.

Wolfie savait manŇďuvrer entre les gouttes et n’avait pas peur de s’en prendre √† l’arm√©e et ses responsables, √† commencer par Ariel Sharon. Ce qui ne l’a jamais emp√™ch√© de rester l’un des interlocuteurs les plus pris√©s des milieux de la d√©fense et l’une des sources cl√©s dans ce domaine. Au fil des ans, √† mesure que les r√®gles de l’√©thique journalistique commen√ßaient √† s’√©tioler et que l’Internet prenait le pas sur la collecte physique des informations, Wolfie est rest√© le m√™me. Un fouineur, un critique et un guide. Il ne s’est jamais d√©parti de sa distance ni de sa d√©ontologie.

Et pourtant, au-delà de cette image, Wolfie était un homme qui prisait les bonnes blagues. Il aimait la vie. Il aimait sa Sarah, ses enfants et ses petits-enfants. Il aimait voyager dans le monde. Il adorait Tel-Aviv. Et il chérissait sa table de travail.

Quand nous avons appris que Wolfie √©tait mort, que son vieux cŇďur avait finalement c√©d√© √† la fatigue, nous nous sommes tous sentis perdus et envahis de tristesse. Quant √† moi, je n’ai pas pu m’emp√™cher de trouver √©trange qu’il quitte la sc√®ne juste avant que soit enfin rendu public le chapitre de conclusion du rapport de la commission Winograd [sur la conduite par le gouvernement Olmert de la guerre de l’√©t√© 2006 au Liban]. Peut-√™tre en savait-il d√©j√† trop.


Lire aussi :

Courrier international - n° 866 - 7 juin 2007

Moyen-Orient
ISRA√čL - Une nouvelle guerre cet √©t√© ?

Zeev Schiff | Ha’Aretz

La Syrie et l’Etat h√©breu se pr√©parent √† la guerre et le font savoir. Pourtant, aucun des deux pays n’y a vraiment int√©r√™t, estime le quotidien de la gauche isra√©lienne.

A la mi-mai, l’arm√©e isra√©lienne a proc√©d√© √† des exercices militaires d’envergure. Il fallait √™tre na√Įf pour s’imaginer que, du c√īt√© arabe, on allait regarder sans r√©agir. De fait, les Syriens viennent de leur c√īt√© de terminer leurs propres grandes manŇďuvres, leur √©tat-major estimant qu’une attaque isra√©lienne peut survenir √† tout moment....

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