Illusions ? Quelles illusions ?

Albert Capino

dimanche 17 juin 2007

Il n’y a aucune fatalitť dans les ťvťnements qui secouent Gaza depuis quelques jours.
Juste le rťsultat d’une stratťgie. Celle d’une machine bien huilťe, financťe et entraÓnťe, qui a conduit irrťmťdiablement ŗ franchir une nouvelle ťtape dans la consolidation de l’alliance pan-islamiste.


Alors que les soutiens palestiniens se plaignent de la d√©gradation de la situation humanitaire comme le r√©sultat de « l’occupation » √† Gaza, les commentateurs de nos media oublient de souligner qu’Isra√ęl a fait √©vacuer non seulement son arm√©e, mais aussi tous les civils des implantations depuis 2005 afin de laisser une bande de Gaza « Judenrein » aux Palestiniens !

Ils omettent √©galement de pr√©ciser que, malgr√© la suspension officielle de l’aide am√©ricaine et europ√©enne en raison de la d√©fiance vis √† vis du Hamas, les fonds qui sont parvenus √† l’Autorit√© palestinienne en provenance d’Europe sont pr√®s de trois fois sup√©rieurs √† ceux de l’ann√©e pr√©c√©dente : 900 millions de dollars en 2006 alors qu’elle √©tait de 349 millions de dollars en 2005 !

Des officiels palestiniens d√©clarent qu’il ne s’agit que d’une estimation, car ils ne peuvent √©valuer avec pr√©cision l’ampleur des fonds en provenance du monde arabe - mais surtout d’Iran - qui ont √©t√© introduits √† Gaza dans des valises par les cadres du Hamas.

Bien loin de servir le but auquel ils √©taient officiellement destin√©s - l’aide aux populations et le salaire des fonctionnaires en particulier - ces fonds ont √©t√© utilis√©s pour pr√©parer le putsch de Gaza et ouvrir un nouveau front.

La chute du QG de la force de s√©curit√© pr√©ventive du Fatah aux mains du Hamas ne fait qu’amplifier le processus, avec la saisie d’armes, de blind√©s et de documents sensibles.

Un membre du Hamas √† Gaza city parle de 50.000 fusils d’assaut, d’armes de poing, de millions de munitions, de dizaines de v√©hicules et d’√©quipement militaire « important »... qui va se retrouver aux mains des 12.000 hommes du Hamas, entra√ģn√©s par les bons soins de l’Iran.
√Ä elle seule, cette d√©claration permet de mesurer √† quel point les Etats-Unis, l’Europe et le gouvernement Olmert se sont leurr√©s. Le financement, la fourniture d’armes aux forces de s√©curit√© de Mahmoud Abbas ont directement profit√© au Hamas.

Entre les aveux de faiblesse de Mahmoud Abbas “par manque de moyens” et l’absence de r√©sultats lorsqu’il les a, la messe est dite : remake d’un sc√©nario d√©j√† connu o√Ļ il a fait la preuve de son incapacit√© √† g√©rer une situation dans laquelle il se fait r√©guli√®rement d√©border par ses extr√™mes.

Nous sommes bien loin du “trait√© de paix explicite, dans lequel doivent clairement appara√ģtre le renoncement √† la violence, la reconnaissance de l’Etat d’Isra√ęl et l’engagement irr√©vocable √† respecter les accords pass√©s”. L’encha√ģnement des √©v√©nements nous d√©montre, s’il en est besoin, la pr√©paration minutieuse qui se d√©roule sous nos yeux. L’offensive du Hezbollah pendant l’√©t√© 2006, la prise de Gaza par le Hamas, le r√©armement de la Syrie avec la derni√®re g√©n√©ration de missiles russes, la tentative de d√©stabilisation du Liban par les milices palestiniennes islamistes, les d√©clarations d’Ahmadinejad concernant la poursuite du programme nucl√©aire iranien et la pluie quotidienne de roquettes depuis Gaza sur Sd√©rot constituent une seule et m√™me strat√©gie √† plusieurs √©tages :

De nombreux commentateurs - en particulier les anglais « tr√®s inquiets du sort de leur confr√®re Alan Johnston » et la gauche isra√©lienne - sont d√©j√† prompts √† d√©clarer que cette situation est la cons√©quence de « l’isolement du mouvement radical islamiste » et appellent √† « n√©gocier avec lui ». Or, ce pr√©tendu isolement ne se produit que dans leur imagination : jamais le Hamas n’a-t-il √©t√© aussi bien financ√©, arm√© et entra√ģn√©. On peut n√©gocier avec un interlocuteur qui a des divergences sur les moyens d’atteindre la paix. En revanche, il n’existe pas d’arguments capables de convaincre un adversaire qui persiste et signe en affirmant haut et fort sa volont√© de vous d√©truire.

« Il est d√©sormais √©vident que la bande de Gaza est devenue un poste de commandement de l’Iran contre nous », constate Tzahi Hanegbi, pr√©sident de la commission de la d√©fense et des affaires √©trang√®res du Parlement isra√©lien.
« Les m√©thodes utilis√©es sont une parfaite imitation de celles du Hezbollah », souligne un commentateur militaire « L’Iran est dor√©navant √† cinq minutes d’Ashkelon ».

J’aimerais tant me tromper, mais je crains, une fois de plus, qu’Isra√ęl ne se retrouve aux premi√®res loges d’une tentative d’annihilation voulue par ses ennemis. Cette fois pourtant, le danger est plus grand que jamais parce que des limites ont √©t√© franchies. Des missiles se sont abattus sur les populations civiles de centres urbains isra√©liens sans que la Communaut√© internationale ne juge utile de r√©agir autrement qu’en qualifiant la r√©action isra√©lienne de « disproportionn√©e ».
Le Chef du gouvernement, le ministre de la D√©fense et le Chef d’Etat-major isra√©liens n’ont pas √©valu√© la menace √† sa juste valeur et ont observ√©, passifs, les progr√®s de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas.

L’arriv√©e de l’ancien Premier ministre et Chef d’Etat-major Ehud Barak au poste de nouveau ministre de la d√©fense est peut-√™tre un bon signe, mais elle est tardive. Le manque total de leadership √† la t√™te de l’Etat reste pr√©occupant : Olmert zigzague p√©niblement √† travers des d√©clarations contradictoires, tout en s’accrochant au pouvoir.

Une lacune dont pourrait bien profiter la nouvelle alliance pan-islamiste pour d√©clencher le feu cet √©t√©. Sans qu’il y ait besoin d’attendre l’av√®nement de la recherche nucl√©aire iranienne. Celle-ci se poursuit inexorablement, d√©courageant les vell√©it√©s d’intervention occidentale en agitant le spectre d’un baril de p√©trole √† 120 $...

En 1967, Isra√ęl a pris les devants pour √©viter la catastrophe, mais n’a pas su exploiter les fruits de sa victoire militaire pour construire une paix avec tous ses voisins sur des fondations solides.

En 2007, la menace est pass√©e au cran sup√©rieur. Le pan-arabisme a fait place au pan-islamisme, dont le radicalisme aveugle est sourd √† toute raison. Les islamistes ne sont pas muets pour autant, ils se servent tr√®s bien de la propagande pour endormir l’Occident. Car il est clair qu’ils visent beaucoup plus loin qu’Isra√ęl, qui n’est pour eux qu’une premi√®re √©tape.

Isra√ęl est en premi√®re ligne et le choix auquel il se trouve cette fois confront√© ne comporte qu’une marge de manŇďuvre tr√®s √©troite. Elle ne laisse pas de place √† l’erreur : faire le « sale boulot », devancer l’appel en frappant fort sur tous les fronts, ou faire comprendre, de mani√®re tr√®s explicite, qu’il n’y aura pas de nouvel « √©t√© 2006 ».
Un message adress√© √† ses adversaires potentiels mais aussi √† ceux qui voudraient feindre d’ignorer les dangers de la fuite en avant d’une alliance d’irresponsables. Tant √† l’ext√©rieur de leurs fronti√®res que chez eux.
Il ne reste qu’√† souhaiter que les messages qui ne manqueront pas de s’√©changer de part et d’autre dans les semaines qui viennent seront clairement re√ßus car, jusqu’√† pr√©sent, bien qu’ayant « condamn√© ses crimes », aucun des membres de la Ligue arabe n’a d√©savou√© le Hamas ! Ce qui ne manquera pas d’√™tre interpr√©t√© comme un signe d’encouragement par T√©h√©ran et Damas.

Pour l’heure, le Hamas parade dans les rues de Gaza et pi√©tine pour les journalistes les oripeaux de l’Autorit√© palestinienne. Comme beaucoup de media contemporains, L’EXPRESS se contente de reprendre √† son compte une d√©p√™che de Reuters,d√©goulinante de condescendance, intitul√©e “Gaza saisie par la peur de l’isolement”.

Ces manifestations d’op√©rette pour les media sont l’arbre qui cache la for√™t et contribuent √† d√©montrer qu’on ne doit jamais conc√©der quoi que ce soit sans contrepartie. La tournure des √©v√©nements √† l’Ouest comme au Nord nous conduit √† mesurer les cons√©quences d√©sastreuses r√©sultant d’un « d√©sengagement unilat√©ral » de Gaza sans aucun contrepoids, comme le caract√®re √©ph√©m√®re d’une victoire militaire sans aucune avanc√©e politique durable.

Je rends hommage √† Jacques DEROGY, grand reporter √† l’EXPRESS aujourd’hui disparu. Dans un livre √©crit avec son confr√®re Jean-No√ęl GURGAND, il parlait avec courage, dans un environnement qui ne partageait pas leurs id√©es, “de la remise en cause, par le jeu cynique des int√©r√™ts, du droit des Juifs √† constituer une nation”. Il √©voquait la “crise o√Ļ, entre une victoire militaire et une d√©faite politique, le pays red√©couvrait l’am√®re solitude du Juif dans un monde sans foi ni loi [...]. Champs de bataille, tapis verts, missiles, otages, p√©trole [...], en plein coeur de l’impr√©visible psychodrame qu’est l’Histoire d’aujourd’hui, Isra√ęl s’appr√™te, une fois de plus, l’√Ęme d√©chiquet√©e, √† regarder la mort en face”. C’√©tait en 1975...

A.C.


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