Discours de Roger Cukierman, président du CRIF à la manifestation contre la menace iranienne à La Mutualité le 13 Février 2007

jeudi 15 février 2007

J’avais 4 ans en 1940. J’ai été un enfant caché. Après plus de 60 ans je me demande encore
Pourquoi j’ai dû me cacher,
Pourquoi j’au dû changer de nom,
Pourquoi on en voulait à ma vie, à celle de mes parents.


Je me demande encore pourquoi je n’ai pas connu mes grands parents, mes oncles, tantes, cousins, cousines.
Pourquoi ils ont disparu dans la chambre à gaz et le four crématoire de Treblinka.

Et après plus de 60 ans je me demande encore si leur sort aurait pu être différent. _ Et la réponse est terrible. C’est oui. Leur sort aurait pu être différent

Oui, si nos dirigeants n’avaient pas été naïfs.
Oui, si Daladier et Chamberlain avaient cru ce que Hitler annonçait dans Mein Kampf.
Oui s’ils avaient compris qu’il y a des moments dans l’Histoire où il faut savoir s’opposer.

Aujourd’hui un nouvel Hitler est né : Il s’appelle Ahmadinejad. Au mémorial de la Shoah, on peut voir et entendre Goebbels, Ribbentrop et Hitler exprimer la même haine, les mêmes fantasmes, les mêmes calomnies que Ahmadinejad à Téhéran.

Hier c’était les juifs. Aujourd’hui c’est Israël qu’on veut anéantir.

Au nom du Dieu commun aux religions monothéistes, Voilà un pays, l’Iran, qui n’a aucune frontière commune avec l’Etat d’Israël, et qui clame sa volonté de supprimer un autre État reconnu par l’ONU.

Au nom du même Dieu commun, Voilà un pays qui, au mépris de la mémoire meurtrie du peuple juif et de la vérité historique, organise un symposium négationniste mondial à Téhéran ! J’ai rencontré des déportés qui pleuraient à la nouvelle de cette conférence.

Quand je dis que Ahmadinejad c’est le nouvel Hitler, on me dit : « vous exagérez, il a été élu démocratiquement ». Mais Hitler aussi. On me dit que Ahmadinejad est un clown, un guignol qui ne tiendra pas longtemps. Mais on disait la même chose pour Hitler dans les années trente.

En revanche, il y a une vraie différence entre les deux : Ahmadinejad est à 18 mois ou deux ans de se doter de l’arme atomique.

Donc l’Etat d’Israël a toutes les raisons de s’inquiéter. Mais l’Europe aussi.

Car l’Iran dispose de missiles de longue portée.
Car les dirigeants iraniens accusent les occidentaux d’être des impies, des « croisés ».

Au-delà d’Israël et de l’Europe, le monde arabe peut aussi s’inquiéter.
En effet, l’empire persan est le rival du monde arabe depuis des siècles. Et les États arabes ne disposent pas d’un bouclier nucléaire à la différence des occidentaux Or, la Perse des Mollahs rêve d’imposer au monde musulman le chiisme alors que le monde arabe est très majoritairement sunnite.
Naturellement certains pays arabes, comme l’Egypte ou l’Arabie saoudite, et d’autres encore peuvent envisager désormais de s’engager eux aussi dans la course nucléaire.

Y a-t-il plus grand danger pour notre planète que la prolifération nucléaire ?

Pour autant nous ne sommes pas impuissants. Des sanctions d’une sévérité extrême pourraient sans doute amener l’Iran à la raison. Sanctions diplomatiques tout d’abord. Depuis la convocation de l’ambassadeur jusqu’à la rupture des relations et l’exclusion de l’ONU.

Sanctions économiques, commerciales, financières. Interdiction aux dirigeants d’utiliser les avions occidentaux.

Sanctions sportives comme on l’a fait du temps de l’apartheid pour l’Afrique du Sud, qui auraient le mérite d’alerter le peuple iranien.

Ces sanctions doivent aller bien au-delà des sanctions symboliques, édulcorées, inopérantes prises fin 2006 par le Conseil de Sécurité de l’ONU avec l’accord complaisant de la Chine et de la Russie plus gros clients et fournisseurs de l’Iran.

En compléments de sanctions sévères prises par les seules nations d’occident, on pourrait approfondir
L’idée d’interdire aux iraniens le nucléaire civil.
La Russie livre à l’Iran des matériels destinés au nucléaire civil. Dans la plus totale légalité conformément au traité de non prolifération signé par l’Iran. Ce traité autorise en effet le nucléaire civil si on renonce au nucléaire militaire.

Or l’Iran ne respecte pas ce traité. Elle refuse les contrôles exigés par le traité. Elle crée 3.000 centrifugeuses destinées à l’enrichissement de l’uranium, préalable au nucléaire militaire. Elle viole ce faisant le traité de non prolifération. On ne peut pas se prévaloir d’u n tr ai té qu’on ne respecte pas. Il y a donc peut-être un moyen de droit international d’obtenir que la Russie cesse ses livraisons.

Nos démocraties sont à la croisée des chemins, comme Churchill en 1938 qui écrivait à Chamberlain. Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur, vous aurez la guerre.

C’est parce que nous ne voulons pas de la guerre que j’en appelle solennellement, fermement, gravement, aux candidats à la présidence de la République.

Une totale fermeté à l’égard de l’Iran est le seul moyen de préserver la paix.

J’ose espérer que la fermeté des réponses que vont nous donner ce soir les candidats ou leur représentants trouvera un écho jusqu’aux oreilles du peuple et des dirigeants iraniens.

Et si c’est le cas la marche symbolique que nous avons faite, du Mémorial de la Shoah jusqu’au Palais de la Mutualité, voici deux heures, deviendra le début d’une longue marche vers la paix et la sécurité pour tous les habitants de cette planète.


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