L’imposture des « antiracistes »

Le bloc-notes d’Ivan Rioufol - Le Figaro

vendredi 3 mars 2006

Le sectarisme des mouvements antiracistes : il s’est illustré, dimanche à Paris, par l’exclusion de Philippe de Villiers de la tête du défilé en mémoire d’Ilan Halimi. Aucun élu présent n’a protesté contre cette intolérance, dénoncée depuis par de nombreuses organisations juives, dont le Crif. La faute du président du Mouvement pour la France ? Mettre en garde contre l’islamisation de la société et la montée parallèle d’un nouvel antisémitisme : celui qui a incité des brutes à martyriser le jeune Français.


Le geste de SOS-Racisme révèle l’hypocrisie des prétendus humanistes : ils répugnent à désigner le racisme et le sexisme des cités et diabolisent ceux qui s’en inquiètent. D’autres bons apôtres en arrivent même à alimenter la haine, en accréditant des ressentiments antijuifs importés du conflit israélo-palestinien. L’anti-impérialisme d’une partie de la gauche a sa part dans l’hyperviolence contre « les riches », exprimée par des jeunes déculturés.

Mais l’imposture se révèle : l’opinion n’est dupe ni de la lucidité des belles âmes (elles n’auront pas bronché après le lynchage de Jean-Claude Irvoas qui photographiait un réverbère), ni de leur effarement devant les repliements ethniques qu’elles auront suscités en soutenant une massive immigration extra-européenne. Les responsables de bien des régressions s’affligeaient dimanche d’une amoralité encouragée par leur laxisme.

La méfiance populaire face à ces spécialistes du trompe-l’oeil explique l’échec de la manifestation. Elle invitait « tous les Français » à soutenir « l’unité républicaine mise à mal par les dérives communautaristes ». En fait, la mobilisation n’a rassemblé que la communauté juive, instrumentalisée dans sa douleur par des illusionnistes refusant de désigner les barbares et l’ensemble de leurs victimes, y compris musulmanes.

Ces idéologues ne sont plus crédibles. Ils donnent raison à Alain Finkielkraut quand il dit que l’antiracisme sera le communisme du XXIe siècle. Il y a du totalitarisme dans cette doctrine officielle accordant aux « minorités visibles » l’excuse de l’opprimé et interdisant les vérités dérangeantes. Les Français de confession juive seraient bien inspirés de prendre leur distance avec ces faux amis, qui ont réussi, dimanche, à les isoler dans un communautarisme auquel les Juifs avaient su jusqu’alors échapper.

La myopie des vigies

Est-ce pour faire oublier la partialité de son vice-président, Patrick Klugman, chassant l’indésirable d’un cortège qui n’aura su, non plus, s’ouvrir aux musulmans modérés ? Mardi, SOS-Racisme s’est « indigné » de « l’attitude raciste et inhumaine des gens qui ont hué » le gendarme Raphaël Clin durant son agonie. Réprobation reprise par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et la Ligue des droits de l’homme. Il aura fallu plus de deux semaines à ces organisateurs d’émotions pour réagir au drame, qui s’est déroulé le 12 février sur l’île antillaise de Saint-Martin et qui aurait vu des Noirs applaudir à la mort d’un Blanc (Bloc-notes de la semaine dernière).

Le délai rappelle la myopie des vigies, dès qu’elles sont confrontées au rejet anti-Blancs dont l’antisémitisme est la portée d’entrée. Le phénomène était apparu il y a un an, à Paris, lors de manifestations lycéennes qui s’étaient transformées en ratonnades menées par des Noirs. Des professionnels des bons sentiments, appuyés par leurs sociologues, s’étaient empressés de minimiser ces actes, qui les auraient fait hurler s’ils avaient été commis par des « Gaulois ».

Le réveil poussif sur l’affaire Clin reste néanmoins une bonne nouvelle. Elle souligne les silences du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, également absent dimanche. A entendre les moralistes autoproclamés, le racisme ne serait qu’une spécialité franchouillarde et l’antisémitisme des beurs la preuve de leur intégration à la culture française. Or, il serait utile de s’interroger sur les discours culpabilisant la nation pour son passé colonial et esclavagiste, qui amènent à la détester.

Il serait utile d’entendre les donneurs de leçons de respect se préoccuper des paroles des rappeurs. Celles de Monsieur R : « La France est une garce, n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser, comme une salope, il faut la traiter mec (...) ». Ou celles d’Alibi Montana, s’adressant à Nicolas Sarkozy : « Nicolas, t’ouvres ta gueule, tu fais du bruit pour rien (...) continue ce bras de fer et tu vas de faire buter ». La barbarie, qui a brûlé vive la jeune Sohane en 2002, commence par les mots.

Défendre Georges Frêche ?

Que le PS suspende Georges Frêche, mardi, de son bureau national est la moindre des choses. Le président du Languedoc-Roussillon ne pouvait traiter impunément un groupe de harkis de « sous-hommes » (11 février). Il est d’ailleurs étonnant que le PS, chatouilleux sur l’antiracisme, ait tant tardé à gronder l’un des siens. On image le scandale du même propos, tenu par un élu de droite. Passons. Mais l’inventaire des « dérapages incontrôlés » de Frêche, dressé par Libération mardi, donne une idée du conformisme de ses juges. Il lui est reproché notamment d’avoir dit, s’adressant à des islamistes : « Ils ne vont pas vouloir maintenant nous imposer leur religion ! Ceux qui ne veulent pas respecter nos valeurs, qu’ils rentrent chez eux ! » Le patriotisme, promu en économie (la fusion Suez-GDF de cette semaine, par exemple), serait-il indigne pour la culture ?

Fierté chrétienne

Les chrétiens sont entrés en carême cette semaine, pour quarante jours. Signe des temps : les catholiques n’auraient plus honte à se réclamer de leur religion prônant l’amour. Une réponse à la violence et à la déchristianisation annoncée.


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