Sombre retour au 10 septembre

par Daniel Pipes - New York Sun - Adaptation française : Alain Jean-Mairet

jeudi 22 décembre 2005

Contrairement à la plupart des Américains, les attentats du 11 septembre 2001 m’ont plutôt apporté un sentiment de sécurité. Enfin le pays se penchait sur les questions qui me préoccupaient depuis longtemps.


«Le FBI met en place la plus vaste opération de son histoire», écrivais-je à l'automne de 2001. «Des agents de police accompagneront à nouveau les vols américains et les services d'immigration exercent une surveillance renforcée sur les étudiants étrangers. Je me sens plus en sécurité lorsque des organisations islamistes sont mises sur la sellette, que des canaux de financement illégal sont interrompus et que les dispositions sur l'immigration sont réexaminées. Le rassemblement de forces américaines près de l'Iran et de l'Afghanistan me réjouit. Cette impression d'être en alerte est saine, ce sentiment de solidarité est réconfortant, cette attitude résolue est encourageante.»

Mais je craignais que cela ne dure pas. «Les Américains sont-ils vraiment prêts à sacrifier des libertés et des vies pour se consacrer sérieusement à la guerre contre l'Islam militant? La persévérance et la détermination des États-Unis me donnent du souci.»

Et j'avais raison de m'inquiéter car l'alerte, la solidarité et la résolution de la fin de 2001 ont dégringolé ces derniers temps pour laisser place à un esprit comparable à celui qui régnait avant le 11 septembre. Plusieurs développements récents nourrissent mon pessimisme. D'abord au sein des États-Unis:

Puis, en matière de politique étrangère:

Et les revers sur la scène internationale:

Rudolph Giuliani dit craindre que nous «ne retournions en arrière dans la lutte contre le terrorisme». Andrew McCarthy conclut que «l'esprit du 10 septembre est bien présent parmi nous». Steven Emerson me dit que «la rectitude politique de l'avant 11 septembre s'impose à nouveau».

Et je crains fort que même un acte de terrorisme catastrophique ne rende plus à un Occident maintenant désensibilisé le sens de l'alerte, de la solidarité et de la résolution de l'après 11 septembre. La notion de terrorisme comme étant une nuisance similaire à la prostitution ou aux jeux de hasard proposée par John Kerry s'est bien installée, ce qui donne à penser que les futurs actes de violence seront simplement ignorés. Et même si des meurtres de masse parviennent à alarmer le public, la prochaine période de vigilance sera probablement tout aussi éphémère que la dernière.

S'il y a jamais eu une crise, elle est passée. La vie est agréable, le danger est lointain, la sécurité semble appropriée - la somnolence nous guette.


Version originale anglaise: My Gloom: Back to September 10


Adaptation française: Alain Jean-Mairet


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