L’antisémitisme rendrait les juifs paranoïaques

J-Ph Katz

mardi 6 octobre 2009, par Desinfos

Sourdement, l’idée se répand que décidément les juifs sont allergiques à la moindre allusion moqueuse, et voient des antisémites partout. Pour un peu, leur situation de victime définitive conjuguée à leur surveillance permanente de tout écart énerverait le citoyen ordinaire, vaguement catholique, et se fichant de ses ancêtres bretons ou toscans.


Pourtant, c’est bien la tolérance stupéfiante de la majorité qui devrait ulcérer les défenseurs des idées républicaines, des droits de l’homme et autres causes majeures. Comment nos responsables politiques, intellectuels, sociaux, peuvent-ils écouter sans broncher des responsables palestiniens, des islamistes plus ou moins radicaux, appeler à la mort des juifs ?

A-t-on jamais vu une aide occidentale (tout à fait défendable dans son principe) suspendue à la mise en sourdine des délires antisémites ? Le Jérusalem Post d’aujourd’hui évoque une émission pour les enfants palestiniens où le nounours appelle au meurtre des juifs, après un Mickey apprenti kamikaze. Des émissions financées par les européens.

Comment peut-on tolérer sans autre réaction les commentaires de la non élection de Farouk Hosni à la tête de l’Unesco ? Le candidat malheureux a pointé du doigt le lobby juif, sans que l’idée d’un lobby arabe à ce type d’élections ne gêne personne.

Mieux, ce fameux lobby juif (incarné par B-H Levy et C. Lanzmann, deux dirigeants bien connus du protocole des sages de Sion) n’ a pas milité pour un candidat juif, l’un des leurs, mais pour ne pas élire un responsable égyptien qui ne retient pas la culture israélienne dans le patrimoine mondial. Plus fort encore, ces quelques voix ont parlé publiquement, s’exposant naturellement aux contre-arguments qui n’ont d’ailleurs pas manqué.

Comment l’Europe peut-elle tolérer que des municipalités et universités françaises, belges, britanniques, en appellent au boycott d’un partenaire de l’UE ? Imagine-t-on Israël boycotter les pays européens quand il s’agit de vendre ou de communiquer leurs découvertes pharmaceutiques ou scientifiques ?

Comment la France peut-elle tolérer un tel déversement de haine antisémite, d‘appels au meurtre sur des sites Internet français ? On a ignoré dans la classe dirigeante la campagne de Dieudonné aux européennes, avec une moue méprisante. Soit. Mais le risque est de voir ce discours antisioniste banalisé, comme faisant partie du paysage. Car l’antisionisme de Dieudonné ne consiste pas en un refus de voir Israël exister (ce qui serait sa définition), mais en une traque de supposés agents sionistes en France, dont 100% sont juifs. Dont la judéité est le principal crime à dire vrai. Car chacun sait que le pauvre Arthur est un chevalier de l’entité sioniste, qu’il profite de toute sa puissance pour faire avancer la cause israélienne en France, etc. Stupidités. Il lui est arrivé d’animer des soirées de soutien à Israël, mais quand Djamel Debbouze organise un voyage de soutien à Gaza, tout le monde trouve que ça tombe sous le sens.

Comment l’éducation nationale peut-elle tolérer l’antisémitisme et son garde du corps, l’antisionisme, dans ses établissements sans broncher ? Claude Lanzmann raconte que dans les années trente un collégien se faisait casser la gueule toutes les semaines dans la cour parce que juif, sans que les éducateurs ne réagissent. Aujourd’hui, dans les cours d’histoire et sous les préaux, les élèves juifs restant sont conspués, montrés du doigt, sommés de répondre des actes d’Israël sans que les éducateurs ne bougent. Mieux, ce sont parfois les enseignants eux-mêmes qui portent la propagande palestinienne auprès de leurs ouailles et qui ricanent de l’embarras des derniers juifs de l’école publique. Car ce silence coupable entraîne une fuite générale des familles juives vers l’enseignement privé. L’éducation nationale « judenrein », beau succès !

Je ne crois pas que les juifs soient paranoïaques, mais j’ai peur que les citoyens occidentaux soient autistes. Au point d’ailleurs, d’abandonner les minorités chrétiennes égyptienne, soudanaises, irakiennes, algériennes ou cisjordaniennes à leur triste sort.


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