Le Pape et les « réfugiés » palestiniens

Par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

vendredi 15 mai 2009, par Desinfos

Durant son séjour en Israël et dans les Territoires, le Pape a été confronté au problčme des « réfugiés » palestiniens et ŕ notre avis, a prononcé, ŕ ce sujet, au moins une fois, des paroles malencontreuses. Aussi, nous pensons qu’il n’est pas inutile d’évoquer, ŕ nouveau, cette question. Certains médias ont rapporté qu’en entrant dans les Territoires, le Pape a été accueilli, si l’on peut dire, par un grand calicot affirmant le droit de retour des « réfugiés » palestiniens.


Ce n’est pourtant pas ce qu’a retenu Stéphanie Le Bars, envoyée spéciale du journal Le Monde , (après avoir été, il y a quelques années, correspondante de ce journal dans la région) dans le numéro daté du 15 mai, mais deux témoignages qu’elle rapporte témoignent, si besoin était, de la façon dont certains journalistes rendent compte de la situation.

S’agissant d’une Palestinienne, vivant dans le camp de rĂ©fugiĂ©s d’AĂŻda – celui-lĂ  mĂŞme que le Pape a visitĂ© – nous apprenons que sa famille est « native » d’un village aujourd’hui en IsraĂ«l.

Du fait que nous ignorons si les parents de cette femme, sans doute assez jeune, pour avoir des enfants de 4 et 6 ans, y sont nĂ©s ou bien s’il s’agissait de ses grands parents, le terme d’ « originaire » eut Ă©tĂ© plus appropriĂ©e.

Mais ce qui nous paraĂ®t quelque peu « lĂ©ger » - et c’est un euphĂ©misme – c’est lorsque la journaliste nous indique que le mari de cette femme est « emprisonnĂ© depuis cinquante jours en IsraĂ«l sans qu’elle sache pourquoi ni pour combien de temps ».

De lĂ  Ă  laisser accrĂ©diter l’idĂ©e que les IsraĂ©liens se livreraient Ă  des arrestations arbitraires dans les camps de « rĂ©fugiĂ©s », il n’y a qu’un pas.

(PrĂ©cisons que si, dĂ©sormais, en principe, nous mettrons le terme de « rĂ©fugiĂ©s » entre guillemets, c’est qu’ainsi que nous l’avons dĂ©jĂ  relevĂ©, Ă  diffĂ©rentes reprises, la dĂ©finition du « rĂ©fugiĂ© » nous paraĂ®t particulièrement abusive, puis qu’elle englobe des personnes, qui n’ont jamais vĂ©cu ailleurs….Certes la pĂ©riphrase de « personnes vivant dans un camp d’hĂ©bergement relevant de l’UNRWA », qui serait plus exacte est, sans doute, trop longue pour ĂŞtre employĂ©e).

L’autre tĂ©moignage, encore plus « irrĂ©aliste », Ă  nos yeux, est celui d’une « rĂ©fugiĂ©e de 54 ans, mère de 7 enfants » qui dĂ©clare : « J’aimerais retourner Ă  Beit Nativ, mon village – situĂ© aujourd’hui en IsraĂ«l » (soulignĂ© par nous)..

Comment cette femme, nĂ©e en 1955, peut-elle « retourner » dans un village, qui ne peut ĂŞtre « son » village, puisqu’elle n’y est pas nĂ©e, sauf erreur de notre part ?

Malheureusement, à notre avis, le Pape s’est aventuré sur cette voie, de façon malencontreuse.

Ainsi, selon StĂ©phanie Le Bars, le Pape aurait exprimĂ© sa « solidaritĂ© Ă  l’ensemble des Palestiniens qui n’ont pas de maison et attendent de pouvoir retourner sur leur terre natale, ou d’habiter de façon durable dans une patrie qui soit Ă  eux » (soulignĂ© par nous).

Or, c’est prĂ©cisĂ©ment après ce rappel des paroles du Pape que la seconde Palestinienne a exprimĂ© le « rĂŞve » de « retourner » dans « son » village », considĂ©rant que le Pape la soutenait.

Et la journaliste française n’a pas manquĂ© de relever dans le titre de son reportage qu’à BethlĂ©em « le pape a su toucher les Palestiniens ».


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