Le vrai discours de Mahmoud Ahmadinejad et ce qu’il signifie pour les Juifs de France

Extrait de L’Arche n°612 (mai 2009).

jeudi 14 mai 2009, par Desinfos

Le 20 avril 2009, au sičge européen des Nations unies ŕ Genčve, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad monte ŕ la tribune pour prendre la parole devant les délégués ŕ la Conférence d’examen de Durban (dite Durban 2). Son discours est bričvement interrompu par des étudiants juifs français déguisés en clowns, puis par le départ d’un certain nombre de délégués qui quittent la salle pour protester contre ses propos visant Israël, le sionisme et les Juifs [1].


Mais qu’a dit exactement Ahmadinejad ? Aussi bizarre que cela puisse paraĂ®tre, cette question simple en apparence a reçu des rĂ©ponses contradictoires.

Ainsi, juste avant le dĂ©part des dĂ©lĂ©guĂ©s europĂ©ens, quand Ahmadinejad commence Ă  parler des circonstances de la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l, on entend distinctement le prĂ©sident iranien prononcer, en langue persane (farsi), le mot « Holocauste ». Dans la traduction simultanĂ©e qui a Ă©tĂ© diffusĂ©e en France – et dont la vidĂ©o demeure disponible sur internet – l’interprète français dit : « sous prĂ©texte des Juifs qui ont Ă©tĂ© victimes de l’Holocauste ». Dans la traduction simultanĂ©e en langue anglaise, l’interprète dit, au mĂŞme endroit du discours : « under pretext of Jewish sufferings and the am… » (« sous le prĂ©texte de souffrances juives et l’am… »), puis il s’interrompt de manière inexplicable et ne reprend le fil de la traduction qu’à la phrase suivante.

Que s’est-il passĂ©, pour que deux interprètes professionnels donnent des versions diffĂ©rentes d’un mĂŞme texte ? Et pourquoi l’interprète anglophone s’est-il interrompu au milieu de sa traduction ?

Si on consulte la version anglaise du discours qui a Ă©tĂ© diffusĂ©e ultĂ©rieurement sur le site internet de PressTV (une tĂ©lĂ©vision gouvernementale iranienne en langue anglaise, qui est en fait un vĂ©hicule de la propagande de TĂ©hĂ©ran Ă  destination du monde anglo-saxon), on lit : « under the pretext of Jewish suffering », soit, Ă  un article près, le dĂ©but de la traduction de l’interprète ; mais sans aucun mot qui commence par « am… ». En revanche, si on se reporte au texte dans un anglais parfois approximatif qui a Ă©tĂ© distribuĂ© Ă  Genève par la Mission permanente de la RĂ©publique islamique d’Iran auprès des Nations unies, on trouve : « on the pretext of Jewish sufferings and the ambiguous and dubious question of holocaust ». (Contrairement Ă  l’usage, le texte iranien ne met pas de majuscule au mot « Holocaust ».)

Telle est l’origine du « am… » dans la bouche de l’interprète. Il s’apprĂŞtait Ă  dire « ambiguous », et il s’est arrĂŞtĂ© soudain. Dans l’original anglais du discours de Mahmoud Ahmadinejad figure bien, après le « prĂ©texte » des « souffrances juives », « la question ambiguĂ« et douteuse de l’Holocauste ». C’est ce texte-lĂ  que l’interprète a sous les yeux, de mĂŞme que les diplomates et les autres participants Ă  la confĂ©rence. C’est ce texte-lĂ  qui est pour eux le discours d’Ahmadinejad : prĂ©parĂ© Ă  l’avance, traduit en anglais et diffusĂ© par les autoritĂ©s iraniennes, il dĂ©finit la position de TĂ©hĂ©ran.

De fait, lisant son discours Ă  la tribune de Genève, Ahmadinejad a prononcĂ© le mot « holocauste » (on peut supposer qu’il ne pensait pas y mettre une majuscule), bien que la traduction de PressTV ait ensuite biffĂ© le mot. Mais il a Ă©vitĂ©, Ă  la dernière minute, de prononcer les adjectifs « ambigu et douteux ». Si l’« holocauste » Ă©tait selon Ahmadinejad un « prĂ©texte » Ă  la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l, le flou subsiste quant Ă  la rĂ©alitĂ© de l’évĂ©nement en question. Ce doute est, si l’on en croit les journalistes prĂ©sents Ă  Genève, le fruit d’une rencontre de dernière minute entre le prĂ©sident iranien et le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations unies, au cours de laquelle Ahmadinejad aurait Ă©tĂ© convaincu de ne pas aborder trop explicitement cette question qui fâche.

Voici donc, selon la version anglaise de PressTV, ce que Mahmoud Ahmadinejad a dit Ă  Genève. DĂ©nonçant « un certain nombre de pays puissants » qui gèrent les affaires du monde en « se basant sur leurs propres intĂ©rĂŞts », il dĂ©clare :

« Ă€ la suite de la seconde guerre mondiale, elles ont recouru Ă  l’agression militaire pour transformer toute une nation en peuple sans abri sous le prĂ©texte de la souffrance juive et ils ont envoyĂ© des immigrants d’Europe, des États-Unis et d’autres parties du monde pour mettre sur pied un gouvernement totalement raciste en Palestine occupĂ©e. Et, pour compenser les terribles consĂ©quences du racisme en Europe, ils ont aidĂ© Ă  amener au pouvoir le rĂ©gime le plus cruel et le plus rĂ©pressif en Palestine. »

Nous suivons ici la traduction française publiĂ©e le 22 avril par Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplomatique, sur son blog Nouvelles d’Orient. Pour M. Gresh, qui se dĂ©finit comme « spĂ©cialiste du Proche-Orient », le texte de PressTV reprĂ©sente l’« intervention intĂ©grale » du prĂ©sident iranien. Dans une chronique au titre particulièrement violent, « Durban II, dĂ©lire et dĂ©sinformation », M. Gresh s’en prend aux journalistes occidentaux qu’il accuse de « dĂ©former [l]es propos » d’Ahmadinejad. Ce dernier a renoncĂ© aux mots « ambigu et douteux », donc tout est bien qui finit bien, et seuls des esprits chagrins ou des experts en « dĂ©lire et dĂ©sinformation » y trouveront Ă  redire.

Ne chipotons pas sur le mot « holocauste » (avec ou sans majuscule) qui, figurant dans la version Ă©crite originelle, puis effectivement prononcĂ© par Ahmadinejad Ă  la tribune, a disparu de la version tardive mise en ligne par les propagandistes de PressTV et fidèlement traduite par Alain Gresh [2]. Demandons-nous plutĂ´t lequel, du discours rĂ©digĂ© Ă  TĂ©hĂ©ran et de la version amendĂ©e in extremis Ă  Genève, est le « vrai » discours d’Ahmadinejad, c’est-Ă -dire l’expression des sentiments profonds du pouvoir iranien actuel.

Quand Ahmadinejad Ă©crit que l’État d’IsraĂ«l (il n’emploie Ă©videmment pas le mot) a Ă©tĂ© crĂ©Ă© « sous le prĂ©texte de la souffrance juive et de la question ambiguĂ« et douteuse de l’holocauste », qu’il fait diffuser ce texte en version anglaise par ses reprĂ©sentants officiels aux Nations unies, et qu’à la dernière minute il consent Ă  en retrancher deux adjectifs, oĂą faut-il voir la vĂ©ritĂ© de ce qui se dit et se pense Ă  TĂ©hĂ©ran ? Dans le texte originel, mĂ»rement pesĂ© et mĂ©ditĂ©, ou dans le correctif improvisĂ© Ă  Genève ? Pour tout esprit honnĂŞte, la rĂ©ponse Ă  cette question ne devrait faire aucun doute, surtout au vu de ce qui se dit et s’écrit en ce moment mĂŞme en Iran, et dont nous reproduisons quelques exemples en complĂ©ment Ă  cet article.

Mais restons au discours d’Ahmadinejad Ă  Genève. Le monde entier, obnubilĂ© par le nĂ©gationnisme dont le rĂ©gime iranien a fait sa marque de fabrique, s’est polarisĂ© sur le passage du discours relatif au « prĂ©texte » de « l’holocauste ». Du coup, on a nĂ©gligĂ© un passage bien plus long, dont une partie a aussi Ă©tĂ© omise Ă  la dernière minute par Ahmadinejad. Dans ce passage il n’est pas question de « l’holocauste », mais sa tonalitĂ© est bien plus Ă©pouvantable encore. Il s’agit d’un discours proprement antisĂ©mite, fondĂ© sur les dubies conspirationnistes dans la veine des Protocoles des Sages de Sion. Certes, le mot « Juifs » est remplacĂ© par le mot « sionistes » ; mais un enfant de cinq ans comprend de quoi il ressort. Voici ce passage du discours d’Ahmadinejad, qui suit immĂ©diatement le passage dont nous avons parlĂ© plus haut.

« Le Conseil de sĂ©curitĂ© a contribuĂ© Ă  la stabilisation du rĂ©gime sioniste et a soutenu les sionistes durant les soixante dernières annĂ©es, leur donnant un feu vert pour poursuivre leurs crimes.

Il est d’autant plus regrettable qu’un certain nombre de gouvernements occidentaux, avec les États-Unis, se soient engagés à défendre ces individus racistes responsables de génocide, alors même que la conscience éveillée et les esprits libres du monde entier condamnent les crimes sionistes d’agression, de massacres et autres brutalités commises lors des bombardements de civils à Gaza. Ces gouvernements ont toujours soutenu ou sont restés silencieux face aux actes infâmes du régime sioniste.

Fort malheureusement la raison de leur soutien et de leur silence est que le sionisme Ă©goĂŻste et barbare est parvenu Ă  pĂ©nĂ©trer profondĂ©ment leur structure politique et Ă©conomique, ce qui inclut leur lĂ©gislation, leurs mĂ©dias de masse, leurs entreprises, leur système financier et leurs agences de sĂ©curitĂ© et de renseignement. Ils ont imposĂ© leur domination au point que rien ne puisse ĂŞtre fait contre leur volontĂ©. Dans certains pays, mĂŞme les changements de gouvernement ne font jamais flĂ©chir le soutien aux sionistes, bien qu’ils soient tous conscients de leurs crimes : cela est en soi fort regrettable.

Tant que la domination sioniste se maintiendra, de nombreux pays, gouvernements et nations ne seront jamais en mesure de jouir de la libertĂ©, de l’indĂ©pendance et de la sĂ©curitĂ©. Tant qu’ils seront au sommet du pouvoir, la justice ne triomphera jamais dans le monde et la dignitĂ© humaine continuera d’être offensĂ©e et piĂ©tinĂ©e. Il est grand temps que l’idĂ©al du sionisme, qui constitue le paroxysme du racisme, soit brisĂ©. »

Qui sont donc ces « sionistes » omniprĂ©sents, capables de « pĂ©nĂ©trer profondĂ©ment » la « structure politique et Ă©conomique » des pays occidentaux, y compris « leur lĂ©gislation, leurs mĂ©dias de masse, leurs entreprises, leur système financier et leurs agences de sĂ©curitĂ© et de renseignement » ? Comment imposent-ils leur « domination » dans « de nombreux pays », au point que leurs habitants ne peuvent « jouir de la libertĂ©, de l’indĂ©pendance et de la sĂ©curitĂ© » ? Ă€ quoi les reconnaĂ®t-on, puisqu’ils sont « au sommet du pouvoir » ? Mahmoud Ahmadinejad a certainement la rĂ©ponse Ă  ces questions, puisque le passage ci-dessus figure dans le discours traduit, imprimĂ© et diffusĂ© en son nom par la Mission permanente de la RĂ©publique islamique d’Iran auprès des Nations unies.

Pour le premier passage, nous avions eu recours aux services du traducteur bĂ©nĂ©vole Alain Gresh. Pour ce passage-ci, notre collaborateur, aussi involontaire que le premier, se nomme Thierry Meyssan. Le journaliste conspirationniste, qui vit dĂ©sormais au Liban, continue d’alimenter son site internet Voltairenet.org (ex-« RĂ©seau Voltaire ») en articles oĂą il dĂ©voile, outre l’« effroyable imposture » du 11-Septembre, les innombrables complots ourdis par un Empire que dirigent des puissances occultes et oĂą le « sionisme » joue un rĂ´le de premier plan. Le discours d’Ahmadinejad Ă©tait donc pain bĂ©nit, et Meyssan ne pouvait manquer de le reproduire. Cependant, les circonstances ont donnĂ© Ă  cette reproduction un relief particulier.

Il faut dire que le site Voltairenet.org existe, pour des raisons qui tiennent peut-ĂŞtre Ă  ses sources de financement, en plusieurs langues. Sur le site de langue anglaise, on trouve Ă  la date du 22 avril 2009 une version du discours qui est strictement conforme Ă  celle de PressTV. Sur le site de langue française, en revanche, le texte publiĂ© est datĂ© du 20 avril, jour oĂą Ahmadinejad a pris la parole. Et il repose sur la première version, celle qui a Ă©tĂ© distribuĂ©e par les Iraniens Ă  Genève – Ă  une exception près : l’expression « sous le prĂ©texte de la souffrance juive et de la question ambiguĂ« et douteuse de l’holocauste » est devenue « sous prĂ©texte des souffrances juives et des abus sur la question de l’Holocauste » [3].

C’est ainsi que le lecteur de Voltairenet.org a droit, selon sa langue, Ă  la version originale du discours prononcĂ© par Ahmadinejad Ă  Genève (en français et en espagnol), ou Ă  la version aseptisĂ©e de ce mĂŞme discours publiĂ©e par PressTV (en anglais et en italien)… Le dĂ©veloppement sur « la domination sioniste » figure dans la version originale. Dans la version aseptisĂ©e, la partie du discours commençant par « Fort malheureusement » a disparu de manière inopinĂ©e. Des « actes infâmes du rĂ©gime sioniste » on passe directement Ă  « l’attaque U.S. contre l’Irak » et Ă  « l’invasion de l’Afghanistan » (on y apprend que celle-ci a Ă©tĂ© « planifiĂ©e par les sionistes et leurs alliĂ©s de l’administration U.S. d’alors »).

Continuons à lire le texte d’Ahmadinejad. L’orateur revient à son thème de prédilection, sans la moindre autocensure. Désormais, toutes les versions concordent – celle d’avant le discours et celle d’après le discours.

« Aujourd’hui la communautĂ© humaine est confrontĂ©e Ă  un genre de racisme qui a terni l’image de l’humanitĂ© au dĂ©but du troisième millĂ©naire. Le mot “sionisme” [NDLR : en fait, Ahmadinejad parle ici du “sionisme mondial” : voir la note 3 en fin de cet article] incarne un racisme qui a faussement recours Ă  la religion et abuse du sentiment religieux pour cacher sa haine et son horrible visage.

Il est cependant très important de souligner les objectifs politiques de certaines des puissances mondiales et ceux qui contrôlent des intérêts économiques, des richesses énormes dans le monde. Ils mobilisent toutes leurs ressources, dont leur influence économique, politique et médiatique mondiale pour apporter leur soutien au régime sioniste et s’efforcent singulièrement d’atténuer l’indignité et la disgrâce de ce régime.

Ce n’est pas uniquement une question d’ignorance et il est impossible de dompter de tels phénomènes par de simples messages culturels. Des efforts doivent être déployés afin de mettre un terme aux abus, par les sionistes et leurs soutiens, à l’encontre de la volonté politique et internationale et, en respect de la volonté et des aspirations des nations, les gouvernements doivent être encouragés et soutenus dans leurs combats visant à éradiquer ce racisme barbare, à avancer vers une réforme des mécanismes internationaux actuels.

Vous ĂŞtes, sans aucun doute, tous informĂ©s des complots de certains pouvoirs et des cercles sionistes contre les objectifs et les aspirations de cette confĂ©rence. Malheureusement beaucoup d’informations peuvent ĂŞtre diffusĂ©es dans un but de soutien au sionisme et Ă  ses crimes, et il en va de la responsabilitĂ© des honorables reprĂ©sentants des nations de faire le jour sur ces campagnes qui sont en opposition avec les valeurs et principes humains. »

Un lecteur innocent ne verra lĂ  rien d’autre qu’une attaque en règle contre le « racisme » de l’État israĂ©lien. Un lecteur un peu plus subtil, informĂ© par les passages du mĂŞme discours que nous avons citĂ©s prĂ©cĂ©demment, s’interrogera sur l’identitĂ© de « ceux qui contrĂ´lent des intĂ©rĂŞts Ă©conomiques, des richesses Ă©normes dans le monde » et qui « mobilisent toutes leurs ressources, dont leur influence Ă©conomique, politique et mĂ©diatique mondiale pour apporter leur soutien au rĂ©gime sioniste »â€¦

Ă€ la vĂ©ritĂ©, il ne faut pas ĂŞtre grand clerc pour comprendre que la fantasmagorie antisĂ©mite se dĂ©ploie ici dans toute sa brutalitĂ©. Partant de lĂ , on est en droit de se poser des questions quant au discernement – ou Ă  l’honnĂŞtetĂ© intellectuelle – dont ont fait preuve les commentateurs français qui ont balayĂ© d’un revers de la main les objections au discours de Mahmoud Ahmadinejad. On est mĂŞme en droit de se demander de quelle manière ces mĂŞmes commentateurs comprennent les discours, somme toute très semblables Ă  celui de Mahmoud Ahmadinejad, prononcĂ©s par les « antisionistes » français que sont DieudonnĂ©, Alain Soral et Yahia Gouasmi. Lorsque ce dernier – prĂ©sident du Parti anti-sioniste, du Centre Zahra et de la FĂ©dĂ©ration chiite de France – dĂ©clare sous le regard approbateur de ses deux comparses que « le sionisme a gangrenĂ© notre sociĂ©tĂ© », qu’il « gère les mĂ©dias » et qu’il « gère l’éducation de nos enfants », il ne fait rien d’autre que reprendre, dans le contexte français, le discours dont Mahmoud Ahmadinejad Ă©tait porteur devant une confĂ©rence des Nations unies Ă  Genève.

Contrairement Ă  l’impression que certains ont voulu donner lors de la ConfĂ©rence « Durban 2 », les enjeux ne se limitent pas au Proche-Orient, et ce qui est en cause n’est pas seulement le conflit israĂ©lo-palestinien. Car faire montre de la moindre indulgence envers les propos du prĂ©sident iranien, c’est entĂ©riner par avance les propos – voire les actes – de ses adeptes et imitateurs un peu partout dans le monde. Y compris en France.

NOTES

1. Selon les comptes rendus de la confĂ©rence qui ont Ă©tĂ© publiĂ©s, les dĂ©lĂ©guĂ©s des 24 pays suivants ont quittĂ© la salle après le commencement du discours de Mahmoud Ahmadinejad : Autriche, Belgique, Bulgarie, Chypre, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Portugal, RĂ©publique tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Saint-Kitt et Neviss, Slovaquie, SlovĂ©nie, Suède. Neuf pays avaient par avance boycottĂ© la confĂ©rence, pour les mĂŞmes raisons : l’Allemagne, l’Australie, le Canada, les États-Unis, IsraĂ«l, l’Italie, la Nouvelle-ZĂ©lande, les Pays-Bas et la Pologne. On remarque que tous les pays membres de l’Union europĂ©enne qui n’ont pas boycottĂ© la confĂ©rence se sont retirĂ©s de celle-ci lors du discours d’Ahmadinejad. La RĂ©publique tchèque (qui assume la prĂ©sidence tournante de l’Union europĂ©enne) dĂ©cidera de se retirer dĂ©finitivement de la confĂ©rence après le discours ; les autres pays europĂ©ens reprendront leur place dans la salle après le discours du prĂ©sident iranien.

2. Par ailleurs, Alain Gresh se livre Ă  une petite rectification amusante dans le vocabulaire des traducteurs iraniens. Le discours de Mahmoud Ahmadinejad se rĂ©fère, dans la version initiale comme dans la version « corrigĂ©e », aux « migrants » que les grandes puissances ont envoyĂ©s en Palestine pour y fonder l’État d’IsraĂ«l. Mais le mot « migrants » a, dans la langue française contemporaine, une connotation positive liĂ©e aux tribulations des non-EuropĂ©ens en recherche d’un lieu oĂą vivre et travailler. Les « migrants » du discours iranien sont donc devenus, sur le blog du Monde diplomatique, des « immigrants ».

3. Pour ĂŞtre prĂ©cis, il est un autre endroit oĂą la traduction publiĂ©e par Thierry Meyssan s’écarte de l’original. On lit chez Meyssan : « Le mot “sionisme” incarne un racisme (…) ». Or le texte anglais diffusĂ© par les Iraniens, aussi bien dans la version originelle que dans la version ultĂ©rieure de PressTV, dit que le « World Zionism », c’est-Ă -dire le « sionisme mondial », est une incarnation du racisme (une formulation tout Ă  fait conforme au conspirationnisme antisĂ©mite qui imprègne le discours d’Ahmadinejad). Pourquoi cet Ă©cart subit ? Une explication pourrait ĂŞtre que Thierry Meyssan, ou celui qui a effectuĂ© pour lui une traduction de l’anglais vers le français, a pris peur devant cette violence verbale. Une explication plus triviale tiendrait Ă  une confusion entre les mots anglais world (« monde ») et word (« mot »).

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Reproduction librement autorisée sur Internet, à la condition que soient reprises les mentions ci-dessus.


RĂ©actions :

Bonjour, en rĂ©ponse Ă  l’article « Le vrai discours de Mahmoud Ahmadinejad et ce qu’il signifie pour les Juifs de France », je voudrais publier ceci :

En rĂ©alitĂ© ce dĂ©bat, qui semblerait selon votre article traiter de problèmes de fond, n’est pas un problème socio-culturel. Il n’y a pas de haine raciale, et l’affirmer ne serait que l’attiser. Nous sommes dans une sociĂ©tĂ© moderne et si Israel est capable d’attiser la haine envers le peuple d’Israel, c’est bien par ses propres dĂ©cisions. En l’occurence, le seul mouvement attisant cette haine en France est celui du MDI, condamnable. Le mouvement Anti-Sioniste est lui bien un mouvement politique. Le protagoniste Ă  l’origine de ce mouvement s’est lui mĂŞme concertĂ© Ă  de nombreuses reprises avec des rabbins, notament lors de l’accueil de reprĂ©sentants de Neturei Karta, mouvement juif orthodoxe.

Il en va d’ailleurs du respect des nations entre elles que nous, citoyens de ces nations, ayons un avis objectif des propos tenus par nos dirigeants et de la situation historique des faits. Pour ce qui est du dĂ©bat historique de l’Holocaust (avec le H selon l’usage), le dĂ©bat s’est tenu et les conclusions sont celles que peu connaissent. Etaler ce dĂ©bat ici est dĂ©placĂ©, je pense que la formule du prĂ©sident iranien est la meilleure, au risque de paraitre « antisĂ©mite », puisque l’ont peut visiblement tout ranger derrière ce mot.

De plus il est vraiment malvenu d’utiliser des formules telles que « un enfant de cinq ans comprend de quoi il ressort », c’est dĂ©saxer le dĂ©bat dans une vision monochromatique des intervenants en les caricaturant malsainement selon le principe du bon/mĂ©chant. Pour rĂ©pondre aussi Ă  une des interrogations formulĂ©es dans l’article, il existe des activistes sionistes dĂ©complexĂ©s, agissant pour le compte d’Israel et formant les hommes politique amĂ©ricains. On peut ainsi citer l’AIPAC.

Faisont preuve de bonne foi et oeuvrons pour l’avenir de nos nations, au delĂ  des conflits actuels et en essayant de ne pas envoyer tout le monde au front.

« Matthieu Sunrise of the Phoenix »



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