Le Sommet de Doha : une défaite pour le camp égypto-saoudien

De : Y. Yehoshua | MEMRI

samedi 11 avril 2009, par Desinfos

Dans l´expectative du Sommet de Doha de fin mars 2009, l´Egypte et l´Arabie saoudite avait posé comme condition ŕ leur présence la non participation du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Parallčlement, l´Arabie saoudite et la Syrie avaient tenu plusieurs réunions au plus haut niveau pour tenter d´apaiser les tensions entre leurs deux pays. Il s´agissait aussi pour l´Arabie saoudite de tenter de faire passer la Syrie du camp iranien au camp arabe.


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Lors de ces entretiens, les deux côtés s´étaient entendus sur la formulation de la déclaration devant être prononcée pour conclure le Sommet de Doha, ce qui avait même fait l´objet d´un article de presse à la veille du Sommet. Malgré ces aménagements, le président égyptien Hosni Moubarak a décidé de ne pas participer au Sommet (officiellement en raison de désaccords avec le Qatar), envoyant un ministre de moindre importance représenter l´Egypte. En revanche, l´Arabie saoudite était représentée par le roi Abdallah d´Arabie saoudite en personne.

Les pressions égypto-saoudiennes ont permis d´empêcher l´envoi d´une invitation au président iranien et aux représentants du Hamas, qui avaient été invités au précédent Sommet de Doha (janvier 2009). Toutefois, le déroulement du Sommet et la déclaration finale, ainsi que les déclarations du président iranien Bashar Al-Assad et d´autres intervenants syriens après le Sommet, mettent en évidence la défaite de l´Arabie saoudite et de l´Egypte.

Le président syrien Bashar Al-Assad, hôte du précédent Sommet de la Ligue arabe à Damas, et l´Emir du Qatar Hamad bin Khalifa Aal Thani, hôte du dernier sommet, ont prononcé des discours exprimant avec force la position de l´axe Iran-Syrie-Qatar. En revanche, le roi Abdallah d´Arabie saoudite ne s´est pas exprimé. Le dirigeant libyen Kadhafi a même lancé des insultes à l´encontre du roi. Malgré cela, ce dernier s´est consécutivement entretenu avec lui, face à l´insistance de l´Emir du Qatar.

Le Premier ministre qatari et ministre des Affaires étrangères Hamad bin Jasim bin Jaber Aal Thani a évoqué le fait que le président iranien et les dirigeants du Hamas n´avaient pas été invités au Sommet, précisant que ce qui était déterminant n´était pas la présence ou l´absence de ces derniers, mais les causes qu´ils représentaient, qui devaient être entendues au Sommet. (1) Et de fait, le déroulement du Sommet révèle que l´influence iranienne y était très forte. (2)

Après le Sommet, le prĂ©sident syrien l´a qualifiĂ© de « sommet le plus rĂ©ussi des vingt dernières annĂ©es ». (3) Le camp irano-syrien peut en effet se vanter des succès suivants :

1) La « menace iranienne » n´a Ă  aucun moment Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e, alors que celle-ci se trouve au cĹ“ur de l´alliance Ă©gypto-saoudienne et a engendrĂ© une guerre froide entre les deux camps opposĂ©s. (4)

2) Des conditions ont Ă©tĂ© ajoutĂ©es Ă  l´Initiative de paix saoudienne, la rendant conditionnelle non plus uniquement de l´acceptation d´IsraĂ«l, mais Ă©galement Ă  un commencement d´application par IsraĂ«l des obligations dĂ©coulant des documents faisant autoritĂ© selon l´Initiative : les RĂ©solutions de l´ONU 242 et 338 (qui, contrairement Ă  l´Initiative elle-mĂŞme, n´engagent pas tous les Etats arabes Ă  la normalisation). (5)

3) L´accent a té mis sur l´option de la résistance dans le discours de Bashar Al-Assad.

Les jours suivants, des responsables syriens ont formulĂ© la position arabe adoptĂ©e au Sommet conformĂ©ment Ă  l´approche de l´axe irano-syrien, sans recevoir de rĂ©action des Saoudiens. Ainsi, le prĂ©sident Al-Assad a dĂ©clarĂ© : « [A Doha], nous avons dit que [l´Initiative de paix arabe] a Ă©tĂ© suspendue, qu´elle est morte. La vĂ©ritĂ© est qu´elle est [bien] suspendue et morte. » (6) Assad a prĂ©cisĂ© que, en rendant l´Initiative conditionnelle Ă  l´accord d´IsraĂ«l, les Arabes l´avaient dĂ©jĂ  suspendue dans les faits. La ministre syrienne Buthaina Sha´ban, conseillère politique et mĂ©diatique d´Assad, a dĂ©clarĂ© au quotidien saoudien Al-Watan que « la situation actuelle nĂ©cessite un retour aux RĂ©solutions 242 et 338. » (7)

Revenant sur le Sommet de Doha, le quotidien iranien Kayhan affirme que l´Arabie saoudite s´est vue forcée de se montrer conciliante à l´égard de la Syrie et du Qatar et d´accepter ces deux pays comme un axe arabe émergeant, et que le retraite saoudienne de son ancien positionnement anti-iranien révèle la faiblesse de son régime. (8)

Des experts saoudiens de renom, comme Abdel Rahman Al-Rashed, directeur gĂ©nĂ©ral de la tĂ©lĂ©vision Al-Arabiya, ou encore Tareq Al-Homayed, rĂ©dacteur en chef d´Al-Sharq Al-Awsat, se sont dĂ©clarĂ©s déçus par les Sommet et ont appelĂ© Ă  l´annulation des prochains sommets arabes (le prochain devant se rĂ©unir en Libye). Al-Rashed a mĂŞme affirmĂ© que le prĂ©sident Ă©gyptien Hosni Moubarak avait bien fait de ne pas s´y rendre, estimant : « Les Arabes n´ont pas besoin de sommets. Ils ont besoin de pain, de travail et de paix. » (9)


Consulter le rapport intĂ©gral en anglais, contenant des dĂ©clarations de dirigeants arabes et iraniens sur le Sommet de Doha : http://memri.org/bin/latestnews.cgi?ID=IA51009.


Notes :

1] Al-Jazeera TV, 28 mars 2009.

[2] Voir l´article de Zuhair Kseibati´s dans Al-Hayat (Londres), 2 avril 2009.

[3] Al-Sharq (Qatar), 2 avril 2009.

[4] Voir l´EnquĂŞte et analyse n° 492 de MEMRI « An Escalating Regional Cold War - Part 1 : The 2009 Gaza War, » 2 fĂ©vrier 2009, http://www.memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA49209.

[5] La capitulation de l´Arabie saoudite face aux pressions syriennes et iraniennes avant et pendant le Sommet nĂ©cessite une explication, vu qu´elle intervient après de longs mois oĂą l´Arabie saoudite n´a cessĂ© de manifester son soutien Ă  l´Initiative (mĂŞme pendant la Guerre de Gaza), rĂ©sistant aux appels Ă  s´en retirer. Ce changement pourrait s´expliquer par l´un des facteurs suivants : l´agitation sociale au sein du Royaume ces dernières semaines, la faiblesse du roi Abdullah, l´ajustement Ă  la politique du prĂ©sident amĂ©ricain Barack Obama, encourageant le dialogue avec la Syrie et l´Iran, la victoire Ă©lectorale de la droite en IsraĂ«l.

[6] Al-Sharq (Qatar), 2 avril 2009.

[7] Al-Watan (Arabie saoudite), 1er avril 2009.

[8] Kayhan (Iran), 5 avril 2009.

[9] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 1er avril 2009


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