Encore la faute d’Israël ?

Par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

lundi 30 mars 2009, par Desinfos

Comme chacun sait, les poursuites engagées par la Cour pénale internationale contre le président soudanais Bechir ont provoqué l’expulsion des ONG travaillant au Darfour. Mais, on est en droit de se demander en quoi Israël pourrait ętre, particuličrement, concerné par cette affaire, pour qu’elle soit évoquée ici-męme. Tout simplement parce que cet aspect du problčme a été évoqué au cours du dernier point de presse du Quai d’Orsay, vendredi 27 mars.


En effet, de façon tout Ă  fait « innocente » le porte-parole du Quai d’Orsay a Ă©tĂ© interrogĂ© sur « une attaque (qui) s’est dĂ©roulĂ©e Ă  l’Est du Soudan le mois dernier ».

Les medias ont, en effet, fait état de la destruction d’un convoi de camions, qui transportaient des armes, très vraisemblablement, à destination de l’Egypte en vue de les acheminer dans la bande de Gaza.

Très prudemment, le diplomate français n’a pu que rĂ©pondre : « Nous n’avons pas eu confirmation de cette attaque ».

Cette rĂ©ponse n’a pas pour autant satisfait la curiositĂ© de son interlocuteur qui a, derechef, poursuivi : « Dans le cas oĂą cette attaque est confirmĂ©e, est-ce que cela ne complique pas la tâche des Nations unies et des organisations humanitaires ? Le prĂ©sident Bechir veut montrer que son pays est visĂ© par des attaques de l’Occident, notamment d’IsraĂ«l.

Nous y voilĂ .

Qu’on ait – un jour – la preuve qu’Israël soit ou non officiellement impliqué dans cette destruction, importe peu.

Il suffit qu’effectivement Israël ait tout lieu d’être satisfait que le Hamas ne soit pas en mesure de reconstituer – et développer – son potentiel de nuisance pour qu’il soit mis en cause et accusé, en quelque sorte, de contribuer à accroître la misère de la population..

A la différence de certains ministre français qui s’aventurent, parfois, à prononcer des paroles susceptibles de provoquer des remous, le diplomate chargé de faire connaître la position officielle du ministère des affaires étrangères est, lui, beaucoup plus prudent, au risque de passer pour un benêt.

Il se contente de dire : « Nous ne disposons pas Ă  ce stade de tous les Ă©lĂ©ments d’apprĂ©ciation nĂ©cessaires pour formuler des commentaires ».

Car, lorsque son interlocuteur, toujours sur la brèche, lui rĂ©plique : « Les Etats-Unis dĂ©clarent de leur cĂ´tĂ© que ce n’est pas l’Occident qui a attaquĂ© le Soudan mais l’armĂ©e israĂ©lienne. Comment pouvez-vous ne pas ĂŞtre au courant ? », il se voit rĂ©pondre : « Je n’ai sans doute pas les informations que vous avez. Je n’ai vu aucune confirmation amĂ©ricaine sur le sujet ».

Et le « journaliste » que le sort du convoi de contrebande d’armes intĂ©resse, apparemment, au plus haut point, de poursuivre son interrogatoire » : « Confirmez-vous qu’il y a eu des morts durant ces attaques d’origine inconnue ? »

Mais, il devra rester sur sa faim et Ă  cet Ă©gard nous ne rĂ©sistons pas au plaisir de reproduire la suite du dialogue entre « le curieux et le naĂŻf ».

« Non. Nous n’avons eu aucune confirmation Ă  ce sujet » rĂ©pond le diplomate.

Et son interlocuteur de poursuivre : « Si les autoritĂ©s soudanaises confirment cette attaque, ne prenez-vous pas ces informations au sĂ©rieux ? »

Comme s’il ne devait pas savoir que la prudence est la qualité première exigée d’un diplomate.

« Attendons qu’il y ait des confirmations qui soient convergentes ».

Et notre « curieux » de demander une prĂ©cision : « De qui, des services secrets ? »

Et le « naĂŻf » de rester sur son quant Ă  soi : « Il nous appartiendra de communiquer Ă  ce sujet quand nous aurons des confirmations convergentes, fiables ».

Du coup, le « curieux » – qui n’en pense, certainement, pas moins – ne peut donc pas, expressĂ©ment, accuser, de plus IsraĂ«l, d’être Ă  l’origine de la mort d’ « innocents » convoyeurs.

Mais, le doute susbsiste….


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