Ce que Mandela n’a pas dit

Billet de Meïr Waintrater, sur RCJ

mercredi 26 novembre 2008, par Desinfos

Un texte circule sur Internet depuis quelque semaines. Il porte la signature de Nelson Mandela, le héros de la lutte contre l’apartheid sud-africain. Ce texte est la traduction française d’une lettre adressée au journaliste du « New York Times » Thomas Friedman. Il dénonce la politique de l’État d’Israël comme une politique raciste, une politique d’apartheid, et il exige le droit au retour des réfugiés palestiniens. Sur Internet, ce texte provoque des réactions enthousiastes dans les milieux pro-palestiniens. Le problème est que c’est un faux.


En fait, il s’agit là d’une vieille histoire. Le 30 mars 2001, un journaliste palestinien vivant aux Pays-Bas publie cette prétendue « lettre de Mandela » sur le forum Internet de Thomas Friedman. Le journaliste, nommé Arjan El Fassed, ne prétend pas que la lettre soit authentique. Bien au contraire. El Fassed a recours à un genre littéraire pratiqué par Friedman, celui de la fausse lettre.

Mais le document circule sur Internet et, de fil en aiguille, on oublie son origine et des gens croient que c’est vraiment Mandela qui s’exprime. La lettre est publiée dans le quotidien palestinien « Al-Kuds », et le directeur d’« Al-Kuds » la transmet à ses collègues israéliens de « Haaretz », pour qu’ils la publient eux aussi. Les journalistes de « Haaretz » font leur métier : ils téléphonent en Afrique du Sud pour vérifier, et ils découvrent le pot aux roses.

« Haaretz » publie tout cela, l’auteur du texte s’explique, et tout rentre dans l’ordre. C’était en septembre 2002. (Nous l’avions raconté, à l’époque, dans « L’Arche ».)

Six ans plus tard, en août 2008, une militante antisioniste française nommée Mireille Rumeau découvre le texte anglais de la prétendue lettre de Mandela. Elle en fait une traduction française, aussitôt publiée sur le site Euro-Palestine et reprise un peu partout dans la galaxie Internet par des gens qui croient détenir un document authentique. Et c’est reparti pour un tour.

Au XIXe siècle, aux Etats-Unis, un homme qui exhibait des attractions dans des foires avait déclaré : « Un nouveau gogo naît à chaque minute ». Dans le monde de la propagande, aujourd’hui, il en va de même. À chaque minute naît une nouvelle fable antisioniste, et on ne compte plus les gogos qui s’y laissent prendre.


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