En Afghanistan, la décapitation de passagers d’un bus déclenche des manifestations anti-talibans sans précédent depuis le 11 septembre

MEMRI | Middle East Media Research Institute

mardi 4 novembre 2008, par Desinfos

Le 16 octobre 2008, des talibans de la province méridionale de Kandahar ont attaqué un bus et tué 27 passagers. Leurs corps ont été retrouvés trois jours plus tard, certains décapités. La façon dont les meurtres ont été commis a pour la première fois soulevé l’opinion publique contre les talibans en Afghanistan.


Tout en confirmant que les talibans se sont emparés d’un bus dans le district de Maiwand de la province de Kandahar, un porte-parole taliban a affirmé qu’il n’y avait pas de civils dans le bus. Youssouf Ahmadi a expliqué que le bus transportait des renforts de l’Armée nationale afghane vers la province peu contrôlée d’Helmand. (1)

Cette déclaration a été démentie par le gouvernement afghan. Le ministre de la Défense afghan a clairement affirmé que les passagers du bus n’étaient pas des troupes.

Des enquêtes de médias indépendants ont révélé que les 27 passagers, originaires de la province orientale afghane de Laghman, étaient des civils en partance pour l´Iran, où ils allaient travailler. La découverte du meurtre de 27 civils innocents par les talibans a déclenché des manifestations anti-talibans, fait sans précédent en Afghanistan depuis 2001. Les manifestations se sont dernièrement propagées à d’autres provinces.

Les talibans accusés d’être inhumains, non-islamiques et anti-Etat

Au lendemain de la découverte des corps, des centaines de personnes ont envahi les rues de la province orientale de Laghman, d’où étaient originaires les travailleurs, pour manifester contre les talibans. Abdullah, un habitant de la région qui a rejoint les manifestants dans la capitale provinciale de Mehtar Lam, raconte aux journalistes que les victimes étaient d’innocents ouvriers en route pour l’Iran, à la recherche d’un travail. (2) Il est fréquent que des Afghans sans emploi pénètrent illégalement en Iran afin d´y chercher un moyen de subsistance.

Rapidement, les manifestations anti-talibans se sont étendues à la province orientale de Paktia. A Gardez, la capitale provinciale, des centaines d’habitants sont descendus dans les rues, scandant des slogans contre les « éléments anti-Etat ». (3) Ils ont été rejoints par des chefs tribaux, des religieux de la ville de Gardez et Abdul Rahman Mangal, vice-gouverneur de la province de Paktia.

Les manifestants ont qualifié le meurtre d’innocents de « non-islamique et inhumain, le fait des ennemis du pays ». (4) Ils ont exigé que les talibans cessent immédiatement de répandre le sang afghan.

Les manifestations anti-talibans se répandent dans les provinces de Kunar, Khost et Bamian

Fin octobre, les manifestations anti-talibans liées au meurtre des passagers du bus avaient gagné les provinces de Kunar, de Khost et de Bamian, les habitants, les étudiants et les chefs tribaux les ayant rejointes. (5)

Dans la province orientale de Kunar, des activistes de l’Organisation de la jeunesse islamique, un groupe de jeunesse local, ont organisé une manifestation dans la ville d´Asadabad afin de condamner les meurtres. Des centaines de manifestants, dont des étudiants et des chefs tribaux, ont arpenté les rues, scandant des slogans contre les talibans.

A Khost, capitale de la province du même nom, un grand nombre de personnes, dont des étudiants et des soldats de l’Armée nationale afghane, ont tenu un rassemblement public et condamné le meurtre des travailleurs par les talibans. Un rassemblement semblable a eu été tenu dans la province centrale de Bamian, où de nombreux citoyens de tous les milieux sociaux ont accusé les talibans de cruauté.

Selon d’autres informations mises en ligne sur le site Internet en pachto Benawa.com, les familles des victimes de la province de Laghman ont également organisé une manifestation, faisant le serment de venger les 27 ouvriers assassinés. Durant la manifestation, les familles ont été rejointes par des habitants condamnant les meurtres et offrant leur aide au gouvernement pour éliminer les talibans. (6)

A la fin du mois d’octobre, les manifestations se poursuivaient dans différentes régions d’Afghanistan. A Kaboul, la capitale afghane, les religieux du ministère de l’Hajj et de l’Auqaf sont apparus publiquement pour protester contre les talibans. Exprimant leur sympathie pour les familles des victimes, ils ont estimé que les meurtres et les enlèvements de civils afghans et de travailleurs étrangers étaient réminiscents de la terrible guerre civile des années 1990. (7)

Dénonçant les meurtres et enlèvements de civils et de travailleurs étrangers comme étant non-islamiques et contraires à la tradition afghane, les dignitaires religieux ont souligné qu’il était de la responsabilité de tous les musulmans de


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