Les jets de bile font rire jaune

Albert Capino

vendredi 20 février 2004

J’ai lu avec attention les arguments invoqués par Dieudonné M’bala M’bala et son avocat - qui est accessoirement aussi celui de José Bové et de Zacharias Moussaoui - pour que le « spectacle » continue.


Le problème avec les provocations du premier et le carriérisme du second est qu’ils sont persuadés l’un comme l’autre que, pour eux, la situation se prête à être bénéfique.

Certes, la publicité qu’ils en recueillent est gratuite mais, du point de vue des résultats, il en va tout autrement.

Assurément, M. M’bala M’bala a indisposé beaucoup de monde avec son sketch du rabbin cagoulé criant « heil Israël », qui n’a amusé que « l’humoriste » et ses inconditionnels. Cela a certainement provoqué des réactions excessives, sans doute parce qu’il persistait dans la provocation et l’insulte, en déclarant notamment qu’il « se torchait avec le drapeau d’Israël » et qu’il « s’asseyait sur la Justice française ».

Mal lui en a pris.

Non pas tant parce que « l’extrême droite religieuse » qu’il désigne comme étant son ennemie jurée en a conçu de la colère, mais plutôt en éveillant la conscience des responsables de salles, culturels, municipaux mais aussi juges, fonctionnaires, qui - contrairement à un Maurice Papon qui ne regrette rien - ont une mémoire, dont les souvenirs cadrent mal avec les déclarations de M. M’bala M’bala sur les « banquiers juifs devenus esclavagistes ».

Et quand M. M’bala M’bala hurle à l’injustice, au « complot » à son encontre, qu’il se présente en victime, déclarant à qui veut l’entendre que des forces obscures ont exercé des pressions pour « l’empêcher d’exercer son métier », il ressent - oh, d’une manière très édulcorée - ce qu’ont eu à subir des centaines de milliers de gens, pour d’autres raisons. Des gens comme vous et moi, qu’on a empêché d’exercer leur métier, qu’on a privé de leurs droits, coupé de leurs contacts, qu’on a affamé, raflés, déportés puis exterminés dans des camps de concentration. Simplement parce qu’ils étaient nés Juifs et qu’un peintre en bâtiments raté, dont on a laissé s’exprimer la haine sans limites, avait décidé qu’ils devaient mourir en tant que tels.

Ce sont ces gens dont Dieudonné M’bala M’bala a insulté la mémoire dans un sketch de mauvais goût et dont il pense qu’il suffit qu’il présente des excuses pour passer l’éponge. Il n’y a guère qu’à Genève, ville qui abrite le siège de la Croix Rouge Internationale, dont la « neutralité » est une véritable vocation, où l’on prétend réussir à estomper des traces qui font tache à l’aide de remords affectés.

Apparemment, à Bruxelles et maintenant à Paris, les gérants des salles concernées ne sont pas de cet avis. Même sous la pression du référé d’heure en heure brandi par l’avocat de la société de production de M. M’bala M’bala, à laquelle s’est ajoutée la menace d’une astreinte de 500.000 Euros, la Direction de l’Olympia - à laquelle je rends hommage - n’a pas cédé.

Depuis la Shoah, on a appris à mieux analyser et identifier les dégâts que peuvent provoquer des individus faussement inoffensifs - dont on commence par rire - qui deviennent dangereux en développant des frustrations malsaines.

Notre Justice s’est vue ainsi dotée d’un arsenal juridique, pour éviter que la liberté d’expression bascule dans l’incitation à la haine. Le parquet n’a pas retenu le caractère d’urgence évoqué par l’avocat du plaignant, ce qui eut pour effet d’annuler la compétence du juge des référés. C’est la Loi et nul ne peut s’y soustraire, même en « s’asseyant dessus »...

Certains relents provoquent suffisamment de dégoût pour en faire une affaire de dignité humaine, d’honneur. Pas d’argent. Ce que M. M’bala M’bala n’a toujours pas compris.

Le sketch de l’arroseur arrosé ne le fait pas rire… le comble, pour un « humoriste » !


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