Aux dirigeants du Parti Socialiste

Liliane Messika - info@primo-europe.org

mercredi 18 février 2004

Messieurs,
En avril 2002, pour la première fois de ma vie, pour la première fois en trente ans, je n’ai pas voté socialiste.


J’avais lu les « consignes » de Monsieur Boniface, à l’époque conseiller de Lionel Jospin, qui proposait de communautariser notre pays en instituant un vote ethnique.

Peu importe que M. Boniface ait proposé de sacrifier les Français de confession juive au détriment des Français musulmans : il aurait incontestablement eu la même attitude dans l’autre sens si les proportions avaient été inversées.

Ce qui m’a écoeurée, en l’espèce, est le peu de cas fait par ce monsieur des valeurs républicaines.

Doit-on rappeler à ce monsieur que « liberté » signifie y compris liberté pour certains, qu’ils soient musulmans ou non, de soutenir la cause palestinienne - ce que, à ma connaissance, il ne leur dénie pas - et liberté pour d’autres, quelle que soit leur confession, de soutenir l’existence de l’état d’Israël - ce que Monsieur Boniface considère comme incompatible avec le bénéfice des droits offerts par la République à ses citoyens ?

Faut-il rappeler à ce monsieur, qui conseillait le Premier Ministre avec tant de légèreté, que « égalité » signifie que les citoyens, y compris de confession juive, bénéficient des droits inaliénables de leur citoyenneté, même si leurs opinions sont contraires à celles de Monsieur Boniface et qu’il est anti-constitutionnel de les sommer par voie de presse de se désolidariser de la politique d’un pays étranger ?

Monsieur Boniface n’appartient plus au parti socialiste, et les démocrates sincères s’en félicitent. Toutefois, alors qu’il se livrait à ces sordides calculs aussi peu moraux qu’électoraux, quelques députés socialistes sauvaient l’honneur du parti en faisant passer les principes avant les calculs.

« Un peuple qui fait passer ses privilèges avant ses principes est un peuple qui perd très vite les uns et les autres » disait Dwight Eisenhower, président des Etats-Unis à une époque où leur interventionnisme a sauvé notre pays de la barbarie du Troisième Reich.

Monsieur François Zimeray, député socialiste européen a sauvé, aux yeux de nombre de Français respectueux de la justice, l’honneur de son parti en demandant une enquête sur l’utilisation des fonds que NOS impôts permettaient de verser à l’Autorité Palestinienne.

En effet, les pays arabes ayant suspendu leur participation à ce financement au motif qu’il ne servait qu’à alimenter une corruption galopante, des papiers très compromettants ayant été saisis dans les bureaux du dirigeant de l’Autorité Palestinienne, une enquête aurait dû être déclenchée automatiquement :

Or cette enquête n’a pas été lancée automatiquement comme cela aurait du être le cas, mais à la suite de marchandages et d’échanges de civilités entre factions au sein du Parlement Européen, ce qu’en tant que citoyenne, je trouve dommageable pour l’institution elle-même.

Aujourd’hui, l’OLAF rend publics de premiers résultats qui vont dans le sens des soupçons des pays arabes ET DE MONSIEUR ZIMERAY, seul député socialiste, seul député français, qui a soutenu l’initiative de recherche de la vérité quelle qu’elle soit.

Est-ce pour cette raison que son parti se propose de lui retirer l’investiture pour les prochaines élections européennes ? Je ne peux imaginer que ce soit en raison de ses origines ou croyances, que je ne connais pas et ne veux pas connaître.

Je ne peux imaginer que c’est parce qu’il est resté seul debout, armé de ses convictions quand tous ses collègues rampaient, cédant à l’électoralisme populiste et à la bassesse : ce contraste n’a pas dû procurer au député Zimeray que des amis...

Un seul être vous manquera, Messieurs les socialistes, et vos urnes seront dépeuplées par tous ceux qui voient en cet homme honnête une solution pour voter QUAND MÊME socialiste.

Recevez, Messieurs, l’expression de ma déception profonde.

Liliane Messika, électrice dans les Hauts de Seine, ex-sympathisante socialiste


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