Proche orient : le Figaro toujours hémiplégique

J-Ph Katz

mardi 24 juin 2008

Dans la tribune de Renaud Girard du 20 juin intitulée « Brise d’espoir au Proche Orient », on peut noter qu’à aucun moment le moindre grief ne concerne les responsables palestiniens. Le journaliste liste les raisons d’être pessimiste ou optimiste, mais seuls Bush et Israël ont droit à des reproches.


La guerre d’Irak serait à nouveau la meilleure nouvelle parvenue à Téhéran depuis longtemps, et Israël serait bien inspiré de stopper la « colonisation ». On a déjà lu ces arguments mille fois.
Plus étrange, Renaud Girard regrette la déclaration d’Obama en faveur de Jérusalem, capitale unifiée d’Israël. « où est donc la place pour al-Qods, la capitale de l’État palestinien que le monde entier appelle de ses vœux ? ».
Je ne savais pas que les éditorialistes du Figaro parlaient au nom « du monde entier », ce qui révèle plutôt la situation désastreuse de l’image d’Israël en France.

Ensuite, il est tout de même curieux d’accorder autant de crédit à la religiosité palestinienne et aussi peu aux israéliens. Que Hébron revienne dans le futur à un état palestinien ne chagrine personne que je sache.

Autre refrain repris par le journaliste : « Sur les 120 députés de la Knesset, seulement un petit tiers approuve la solution raisonnable du retour aux frontières de 1967 légèrement aménagées et de la constitution d’un État palestinien sur la Cisjordanie et Gaza (ce qu’on appelle les paramètres Clinton), soit 22 % du territoire de la Palestine mandataire (Israël plus les Territoires palestiniens). »

A nouveau, Renaud Girard parle au nom de nous tous avec le terme « raisonnable ». Mais plus perfide, il revient à la Palestine mandataire des Britanniques pour nous glisser le chiffre de 22% alors que les paramètres Clinton parlent en % des territoires de 1967. Evidemment, 22% c’est pas grand chose. Même ça, la Knesset ne veut pas le donner aux palestiniens. Quels radins, ces Israéliens...
On pourrait aussi le mesurer en % du califat Ottoman pour réduire encore la peau de chagrin.

Israël a déjà donné la preuve qu’en cas de paix, il est prêt à céder des territoires (le Sinaï, une paille pour les anti-sionistes, mais qui reviendra d’actualité si l’islamisme radical prend le pouvoir un jour en Egypte, le Sud Liban avec toutes les déconvenues survenues ensuite, et même le Golan dans un cadre très précis).
Mais non, cela ne suffit pas, Israël doit encore se déposséder de terres pour respecter des frontières devenues sacrées, celles de 1967, alors même qu’elles sont nées des guerres successives. Que donnent les autorités palestiniennes en échange ? Renaud Girard nous le dit : une lettre de Guilad Shalit, les cadavres des 2 soldats enlevés au Liban, ainsi qu’une trêve généreusement proposée par le Hamas. On remercie chaleureusement le Hamas pour sa main tendue, c’est impressionnant.

A nouveau, dans le Figaro comme ailleurs, les soi-disant spécialistes de la région chaussent leurs bottes des 7 lieux communs. Ils pointent du doigt Israël et les USA, et ne bronchent pas devant les exactions du Hamas ou du Hezbollah. Ils passent les chrétiens par pertes et profits (ils pourront toujours se réfugier en Israël, sans savoir si les lieux saints leur seront ouverts en cas de réussite des espoirs de Renaud Girard), tout comme les homosexuels gazaouites, les femmes adultères, les enfants kamikazes, etc. Mieux, il paraît évident aux yeux des éditorialistes français qu’on doive se faire sauter dans un bus si on ne récupère pas intégralement Jerusalem Est. On a tous connu des enfants-bombes qui se sacrifient généreusement pour Berlin ou Nicosie...

La brise d’espoir serait plutôt celle du rééquilibrage des discours, et on peut penser qu’elle est très légère. Si même Obama, le candidat adoré de la gauche française, devient sioniste, où va-t-on ?


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