Bandeau
DESINFOS.COM
Slogan du site

Depuis Septembre 2000, DESINFOS.com est libre d’accès et gratuit
pour vous donner une véritable information indépendante sur Israël

Kadhafi donne le ton
Source : Jean-Claude Buhrer, Libération

DURBAN : Kadhafi donne le ton : « L’islam régnera sur la planète, comme Allah l’a promis. »

Article mis en ligne le 7 avril 2009

« L’islam régnera sur la planète, comme Allah l’a promis. » A l’approche de la conférence dite d’examen de la mal nommée Conférence mondiale contre le racisme de Durban, qui doit se tenir à Genève, le colonel Kadhafi a donné un avant-goût de ce que promet cette réunion controversée, dont le comité préparatoire est précisément présidé par la Libye, avec l’Iran parmi les vice-présidents.

Dans un discours prononcé le 12 mars àNouakchott en Mauritanie, àl’occasion de la commémoration de la naissance du prophète Mahomet, le guide libyen a pris des accents prophétiques non pas pour évoquer les droits de l’homme, mais « l’universalité de la religion musulmane ». Et de prédire que « l’islam régnera sur la planète, comme Allah l’a promis, les religions qui l’ont précédé ayant expiré, selon la version du prophète Mahomet, dernier messager de Dieu ». Fort de cette certitude, Muammar al-Kadhafi a lancé un appel àl’humanité tout entière àrendre justice au prophète Mahomet en reconnaissant sa religion comme la finalité de celles révélées par ses prédécesseurs que sont Moïse et Jésus. Selon le président libyen :« Le Coran démontre qu’il n’existe pas de divergences entre l’islam et Moïse ainsi que ses proches fidèles, parce qu’ils étaient des musulmans. S’ils avaient vécu du temps de Mahomet, ils auraient cru en lui, tout comme il n’existe pas de problème avec Jésus et les autres prophètes, étant tous des musulmans et Mahomet le sceau des prophètes. » Si discorde il y a, a-t-il ajouté, elle se situe « entre nous et ceux qui ont refusé de suivre Mahomet, qui est un messager des juifs, des chrétiens et de toute l’humanité ». Dans la foulée, le dictateur libyen a encore invité ses coreligionnaires àinstituer un « calendrier musulman àl’image des chrétiens », reprenant une revendication de « scientifiques » et autres dignitaires de l’islam réunis l’an dernier au Qatar lors d’une conférence intitulée « La Mecque, centre du monde, théorie et pratique ». A cette occasion, ils ont appelé àremplacer l’heure GMT du méridien de Greenwich par celle de La Mecque, alléguant que cette ville saoudienne est le vrai centre du monde par « la volonté d’Allah ». S’érigeant en défenseur de l’islam, le nouveau président de l’Union africaine n’a pas manqué de citer la grande contribution de la Mauritanie àla diffusion de l’islam en Afrique, se gardant bien de parler du sort des Noirs maintenus en esclavage par les Maures et toujours victimes de discrimination raciale dans son propre pays.

Abordant l’avenir de l’islam en Europe, le colonel Kadhafi s’est félicité de sa progression croissante avec la présence de millions de musulmans et que « la dynamique des conversions àl’islam se poursuivra avec l’entrée de la Turquie, de l’Albanie et de la Bosnie-Herzégovine dans l’Union européenne ». Quant àl’Afrique et àl’Asie, estime le dirigeant libyen : « Elles s’orientent peu àpeu vers l’islam, sonnant ainsi la fin de certaines religions appelées àêtre remplacées par l’islam, quoi que disent les polythéistes et les incrédules. » A entendre Kadhafi, on est bien loin des illusions entretenues par les promoteurs de l’Alliance des civilisations, cette initiative lancée conjointement par le Premier ministre turc Recep Erdogan et son collègue espagnol José Luis Zapatero suivant une idée de l’ancien président iranien Khatami d’un dialogue entre l’islam et l’Occident. Placé sous l’égide de l’ONU en 2005, ce regroupement a connu une nouvelle consécration avec l’inauguration en grande pompe, àla veille du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme au palais des Nations àGenève, d’une nouvelle salle entièrement rénovée aux frais de l’Espagne et baptisée « Conseil des droits de l’homme et de l’alliance des civilisations ». Comme si cette dernière devait prendre le pas sur un système des droits de l’homme de plus en plus mis àmal et vidé de sa substance…

C’est dans ce contexte de remise en cause de l’universalité des droits de l’homme et de démantèlement des acquis que l’Organisation de la conférence islamique (OCI), forte de 57 membres sur 192 àl’ONU, s’active àfaire entrer la religion dans les instances internationales et àimposer des normes antiblasphème restreignant la liberté d’expression sous couvert de lutte contre « l’islamophobie » et la diffamation des religions, àcommencer par l’islam.

La même présidente libyenne du comité préparatoire de Durban 2 s’était déjàdistinguée alors qu’elle dirigeait en 2003 la Commission des droits de l’homme qui a sombré dans le discrédit, en s’adressant àl’assemblée par ces pieuses paroles : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, je vous salue avec les salutations de l’islam, que la piété de Dieu vous entoure. » Comme si elle se prenait pour une envoyée du ciel. A la fin de la session, Mme Najat al-Hajjaji, avait manÅ“uvré avec ses compères de l’OCI pour empêcher tout débat sur une résolution réclamant la fin des discriminations contre les homosexuels. D’abord en reléguant la question au dernier point de l’ordre du jour, puis en acceptant une suspension de séance pour permettre aux délégués musulmans d’aller faire leur prière, avant de clore la session et d’enterrer ce sujet litigieux.

Oubliant leurs propres principes de séparation du religieux et du temporel, les démocraties et autres pays laïcs s’étaient résignés et ont laissé faire. Comme ils n’ont guère été en mesure jusqu’àprésent de résister àla majorité automatique de l’OCI et de ses affidés qui imposent sa loi au nouveau Conseil et aux travaux préparatoires de Durban 2.

Ainsi, la dernière mouture du projet de déclaration se présente comme une tentative de légitimer des violations flagrantes des droits de l’homme, tout en ignorant les nombreuses victimes du racisme àtravers le monde. Qu’il s’agisse des Noirs exterminés au Darfour, des droits des femmes bafoués en Arabie Saoudite, des homosexuels exécutés en Iran, des Tibétains sous la botte de Pékin, aucune de ces victimes n’est mentionnée dans ce texte. Avec la bénédiction de la Jamahiriya arabe libyenne du colonel Kadhafi et de l’Iran des ayatollahs, Durban 2 est décidément bien mal parti.

Les démocraties sauront-elles se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard, ou accepteront-elles sans broncher de servir de caution aux desseins des dictatures, quitte àse renier et àboire le calice jusqu’àla lie ?