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Les médias, l’autre arme de la guerre du Liban

Paule Gonzales - Le Figaro

vendredi 11 août 2006
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La presse internationale s’applique à déjouer les pièges d’une guerre autant militaire que médiatique. Comme en Irak hier ou au Vietnam en d’autres temps, l’information est une arme pour les protagonistes d’un conflit qui se joue autant sur les terrains d’opération qu’à travers l’opinion publique, avec ce que cela comporte de pièges et autres tentatives de manipulation.

Ce sont deux blogs américains - conservateurs et réputés islamophobes - qui ont dénoncé, cette semaine, la manipulation par un photographe peu scrupuleux de clichés de Reuters en provenance du Liban. L’agence a immédiatement répliqué en licenciant son collaborateur et en effaçant des serveurs l’ensemble de sa production sur dix ans, soit 920 clichés. Ainsi qu’en renforçant les contrôles éditoriaux sur ses desks centraux.

Désormais, la crainte de la manipulation est constante. Après un mois de conflit, la couverture devient de plus en plus compliquée à assurer. Déjà, les médias hésitent à fournir des bilans chiffrés des morts et blessés. « Nous ne donnons aucun chiffre qui n’ait été recoupé au moins deux fois et certifié par des voix officielles », explique Hala Gorani, présentatrice de CNN à Beyrouth depuis le début du conflit et de l’émission « Inside the Middle East ». Les épisodes de Tyr et de Cana et les rectificatifs à la baisse du décompte des victimes ont servi de leçon. A l’origine de ces erreurs, la communication pour le moins orientée du Hezbollah, insistant à l’envi sur les victimes civiles, mais jouant l’omerta quand il s’agit de ses propres combattants. « Nous n’avons pas le droit de les filmer ou de les photographier pas plus que les hôpitaux où ils sont transportés quand ils sont blessés. Le Hezbollah ne veut donner aucun indice qui pourrait informer Israël sur la moindre de ses positions  », témoigne Bruno Stevens, photographe de l’agence Cosmos, présent depuis le début du conflit. « C’est de toute façon l’armée des ombres », insiste Patrick Baz, directeur du desk photo à Beyrouth pour l’Agence France Presse. « Nul ne peut savoir si les hommes que nous avons en face de nous sont de simples sympathisants du Hezbollah, membres de ses services de sécurité, ou activistes de la branche armée  », continue-t-il. Et de dresser un parallèle entre « la guerre du Vietnam qui ne laissait voir que les soldats américains, et le conflit libanais où seule Tsahal reste visible  ».

La situation est telle que des pressions s’exercent même au sein des centres de presse. A l’hotel Rest House de Tyr où se concentrent les grandes chaînes anglo-saxonnes comme la BBC ou CNN, mais aussi arabes telles al- Manar, la chaîne du Hezbollah ou al-Arabyia, la télévision saoudienne, la tension est palpable.

Les pressions du Hezbollah

Antonia Rados, grand reporter à RTLTV, s’interroge sur la présence ambiguë des équipes d’al-Manar. « Ils nous interrogent sur le contenu de nos cassettes et tentent de nous décourager de diffuser les tirs de Katioucha. C’est un sujet diffusé dernièrement par APTV qui a durci l’ambiance  », souligne-t-elle encore.

Côté israélien, la stratégie de communication est plus complexe. Démocratie oblige, Israël laisse la presse circuler comme elle l’entend et accepte que des journalistes suivent certaines opérations. « Il y a toujours eu des journalistes embarqués  », souligne Charles Enderlin, correspondant pour France 2. « Les pools de journalistes sont tirés au sort par l’Association de la presse étrangère elle-même, et l’armée nous fournit des images quand c’est nécessaire  », conclut-il. C’est plutôt à Beyrouth que les journalistes - de CNN à Radio France - s’agacent de l’attitude d’Israël. « Textos, courriels et messages téléphoniques explicatifs et persuasifs se multiplient sur nos téléphones et ordinateurs  », affirme Antoine Perruchot, correspondant à Beyrouth pour la Maison ronde.

Enfin, qu’ils soient à Tyr, à Beyrouth ou sur la ligne de front au Sud-Liban, tous les journalistes se plaignent de la difficulté à se déplacer. Entre les couvre-feux décrétés par les Israéliens et les zones interdites par le Hezbollah - y compris en plein Beyrouth -, la presse semble parfois prise au piège d’une souricière urbaine. Il y a à peine deux jours, la presse internationale basée à Tyr n’avait d’autre choix que de rester cantonnée à l’hôtel ou dans les appartements loués « Il était impossible de sortir de Tyr pour retourner sur Beyrouth  », explique Loïc de la Mornay de France 2, « et, à Tyr même, de circuler autrement qu’à pied. L’armée israélienne nous ayant averti par tracts d’un couvre-feu quasi total  ».

A Beyrouth, ce sont les quartiers tenus par le Hezbollah qui sont inaccessibles. Sauf à céder aux sirènes « des safari tours » proposés par l’organisation elle-même. «  Dès que nous entrons dans ces quartiers nous sommes entourés par une nuée de mobylettes qui nous interdit certains accès  », raconte Patrick Baz. Seule solution, recourir aux journalistes locaux capables de se repérer dans le dédale des ruelles de la capitale.


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