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Récents litiges frontaliers entre Syrie et Liban

Éric Verdeil -

vendredi 4 août 2006
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Plusieurs litiges frontaliers entre Syrie et Liban sont apparus à la suite du retrait israélien du Liban Sud (2000), puis à l’occasion du retrait de l’armée syrienne en 2005. Ces problèmes sont une illustration concrète des difficultés du Liban à cerner les limites de son territoire.

Les fermes de Shebaa

1. Localisation des litiges à la frontière libano-syrienne

Le problème de Shebaa a émergé dans l’actualité géopolitique au moment du retrait israélien (mai 2000). Il s’agit d’une région quasiment déserte, située sur la retombée méridionale du Jabal al-Sheikh, plus connue sous le nom biblique de mont Hermon. Lorsque l’armée israélienne s’est retirée jusqu’à la ligne bleue délimitée par l’ONU, la zone des fermes de Shebaa (25 km2) n’a pas fait partie du périmètre évacué. Pour Israël, il s’agissait d’un territoire occupé en 1967. De surcroît, les cartes des armées libanaise comme syrienne la situaient en Syrie. Pourtant, l’État libanais et le Hezbollah ont immédiatement revendiqué cette zone. La Syrie a d’ailleurs toujours soutenu, oralement, cette demande. Mais en l’absence d’un accord bilatéral explicite, la situation a été considérée par l’ONU comme suffisamment floue pour qu’il ne soit pas fait droit à la revendication libanaise.

En réalité, l’affaire de Shebaa est ancienne et a fait l’objet de nombreuses discussions entre la Syrie et le Liban dans les années 1950 et 1960. Alors que la Syrie affirmait sa souveraineté sur cette zone, le Liban mettait en avant le fait que les terres relevaient du village de Shebaa (figure 1). Un chercheur israélien qui a eu accès aux archives du Mandat français signale des erreurs et des négligences du Service cartographique de l’armée française qui expliqueraient que les tracés établis à l’époque excluent les fermes de Shebaa du territoire libanais. Cependant, en l’absence d’un bornage établi par une commission et approuvé par les deux parties, jamais un accord officiel n’a mis un terme au litige (Kaufman, 2002). Et, de ce fait, le problème de Shebaa a refait surface après 2000. La conséquence directe de ce dernier épisode a été le maintien d’un front actif entre le Hezbollah et Israël, ce qui a été interprété comme une manoeuvre de la Syrie pour maintenir la pression au Liban alors que le retrait israélien lui ôtait un argument de poids (Picard, 2000).

Deir al-Achayer, Kfarqouq... et les autres ?

2. La région de Deir al-Achayer

Au début du mois de mai 2005, au lendemain du retrait syrien du Liban, deux problèmes comparables ont émergé dans un autre secteur frontalier, dans le caza de Rachaya. Cette région du versant oriental de l’Anti-Liban, sèche, peu peuplée, où de nombreuses routes finissent en pistes cahotantes, est compartimentée par une succession de chaînons aux altitudes comprises entre 1 300 et 1 700 m. L’armée syrienne est demeurée dans un hameau proche du village de Deir al- Achayer. À Kfarqouq, des villageois se sont plaints qu’elle serait restée dans plusieurs lieux-dits dépendant de la localité. Le premier cas a provoqué une polémique au Liban. Le gouvernement avait promis de régler très rapidement la question, avant d’en rabattre en constatant que la commission libanosyrienne chargée de l’affaire validait plutôt la position syrienne.

Il n’a pas, en revanche, réagi officiellement au sujet de Kfarqouq (L’Orient-Le Jour, 2 mai 2005, 4 mai 2005, 11 mai 2005 ; The Daily Star, 4 mai 2005 ; Entretien avec N. Miqati, Premier ministre, Le Monde, le 2 mai 2005). Le 23 mai, la mission de vérification de l’ONU a certifié le retrait syrien, sauf dans le cas litigieux de Deir al-Achayer. Kfarqouq n’est pas mentionné dans son rapport. (1)

De fait, les tracés frontaliers sur les cartes officielles syriennes et libanaises présentent, dans le détail, nombre de divergences (figures 2 et 3).

Dans le secteur de Deir al-Achyer, plusieurs zones litigieuses apparaissent. Au lieu-dit Mazraat Deir al-Achayer sur la carte syrienne, nommé Mazraat al-Selsilla sur les cartes du cadastre libanais, le tracé syrien de la frontière effectue un rentrant de plusieurs kilomètres dans ce que la carte libanaise considère comme partie du territoire national. D’autres incongruités apparaissent comme la route entre Masnaa et Damas qui semble, sur les cartes officielles libanaises, quitter le territoire libanais, puis y repasser lorsqu’elle emprunte la gorge du Wadi al-Karn (figure 2). Selon une carte de M.F. Davie (2004), un accord libano-syrien aurait attribué au Liban la zone des fermes de Deir al-Achayer avant 1975. Sur les cartes datant du Mandat français, le tracé frontalier attribue la zone au Liban. Les éditions successives des cartes syriennes au 1/750 000 montrent que la modification dans le tracé de la frontière au niveau de Deir al-Achyer s’est produite entre 1971 et 1981. (2)

À Kfarqouq, les cartes syriennes et libanaises, du moins les éditions consultées pour cette note, sont d’accord sur le tracé frontalier, et la raison de la présence syrienne n’est pas éclaircie au moment où j’écris. L’absence d’accord bilatéral sur le tracé frontalier explique cette situation d’incertitude, reproduite au fil des années sur les cartes officielles des deux pays. L’étonnant est que la question n’émerge qu’aujourd’hui dans le débat.

3a. Carte routière et touristique du Liban, 1/200 000
(Direction des affaires géographiques, Armée Libanaise, 1966) 3b. Damas, 1/500 000
(Mû’assassat al-amat lil masâha,
mustalahat al tubughrafia, 2000)

En effet, les sources libanaises elles-mêmes sont divergentes quant au tracé de la frontière (figure 1). Une équipe franco-libanaise cherchant à établir une base de données des circonscriptions foncières (CF) libanaises a abouti à la mise en évidence de plusieurs types de divergences entre les cartes topographiques et les documents cadastraux (Bakhos et al., 2004). Ainsi, à plusieurs endroits, le tracé frontalier établi à partir des cartes topographiques libanaises déborde les limites officielles des circonscriptions foncières. Inversement, dans quelques cas, les circonscriptions libanaises semblent déborder de la frontière. Par ailleurs, le cadastre a lui-même classé certaines zones comme litigieuses, ce qui signifie que les juges fonciers ne sont pas parvenus à déterminer de quelles circonscriptions foncières elles dépendent.

Certains tracés peuvent d’ailleurs concerner deux localités libanaises, d’autres faire l’objet d’un litige entre une localité syrienne et une localité libanaise. Ainsi en est-il justement, selon cette source, de la zone Mazraat Deir al-Achayer (les fermes de Deir al-Achayer), où des Libanais comme des Syriens détiennent des titres de propriété comme syriens détiennent des titres de propriété. D’autres litiges pourraient ainsi survenir dans l’avenir, comme l’indique le journaliste Nicholas Blanford (The Daily Star, 4 mai 2005).

De tels litiges sont fréquents dans la région, et elle n’en a pas le monopole. Ils sont souvent un héritage des reconfigurations territoriales de l’époque coloniale mais aussi des processus antagonistes de construction nationale. Leur résolution passe par la mise en place de commissions mixtes, chargées de définir un tracé commun, et suppose une forte volonté politique d’apaisement. C’est ainsi que cette année même, la Syrie et la Jordanie ont conclu un accord pour mettre fin à un empiétement de 125 km2 de la Syrie en territoire jordanien (The Daily Star, 1er octobre 2004 et 1er mars 2005). La question des litiges frontaliers entre le Liban et la Syrie est donc l’occasion de voir dans quelle mesure les deux Etats entendent normaliser leurs relations, au lendemain du retrait syrien du pays du Cèdre.


Références bibliographiques

BAKHOS Walid, FAOUR Ghaleb, HUYBRECHTS Eric, VERDEIL Eric (2004) « L’Atlas des localités du Liban : méthode d’établissement et premiers apports d’une base de données géoréférencée des unités cartographiques élémentaires du Liban ». Lebanese Scientific Journal, vol. 5, n° 2, p. 37-56.

DAVIE Michael F. (2004). « De la carte au territoire national : L’invention du Liban », in BORD J.-P., BADUEL R.P., Les Cartes de la connaissance. Paris-Tours : Karthala-URBAMA, 689 p., p. 489-505, ISBN : 2-84586-488-4.

KAUFMAN Asher (2002). « Who Owns the Shebaa Farms ? Chronicle of a Territorial Dispute ». Middle East Journal, vol. 56 N°4, p. 576-596.

PICARD Elizabeth (2000). « Autorité et souveraineté de l’État à l’épreuve du Liban Sud ». Maghreb Machrek Monde Arabe, n° 169, p. 32-42.


Notes

1. http://www.un.org/apps/newsFr/story...

2. Cf. cartes Damas, dressée par le service géographique des Forces françaises du Levant, 1945 ; Syrie-Liban, 1/750 000, Idârat al masâhat al aaskaria bi dimachq, éditions de 1971 et de 1981.


voir la carte officiel de l’ONU de la région


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