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Geôles arabes

Hicham Ettayebi Ouazzani

lundi 24 mai 2004
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La torture est une pratique courante, et de nombreux Etats arabes, au titre sans doute de l’exception culturelle, s’acharnent à la préserver.

Il faut savoir gré aux Américains de ce que certains de leurs tortionnaires ont fait en Irak. Bien sûr, c’est un sentiment de reconnaissance que l’on ne peut décemment attendre des Irakiens, mais, dans ce cas précis, c’est surtout aux autres Arabes que je pense.

Ceux-là savent que la torture les définit autant comme citoyens de leurs pays que le rire définit l’être humain selon Aristote. C’est une pratique courante, et de nombreux Etats arabes, au titre sans doute de l’exception culturelle, s’acharnent à la préserver.Pour tout dire, peu de pouvoirs dans le monde arabe auraient tenu s’ils n’avaient inscrit sauvagement leur loi d’airain dans le corps de leurs opposants. D’anciens dissidents passés par les geôles de leurs prédécesseurs ou de leurs maîtres la maintiennent, gage de son utilité.

Néanmoins, dans les années à venir, nous continuerons à devoir beaucoup aux Américains. Le choc qu’ils subissent fait vaciller en eux une conception fondamentale de l’ethos national. Celle qui fut proclamée par le secrétaire d’Etat Elihu Root en 1899 durant le conflit contre l’empire espagnol et selon laquelle le soldat américain « est différent des soldats des autres pays tels qu’ils sont depuis l’origine du monde -parce qu’il- est à l’avant-garde de la liberté, de la justice, de la loi, de l’ordre, de la paix et du bonheur ». Cette doctrine de la destinée manifeste, rappelée à l’occasion de toutes les guerres, et qui fait des Etats-Unis une exception morale dans le monde et dans l’histoire, est maintenant en lambeaux. On la rapiécera bien sûr à coups de
« cas isolés », mais elle n’en aura pas moins perdu le lustre des grands jours.

Entre-temps,les Américains seront redevenus des êtres humains.Entendons-nous : c’est d’excès d’humanité qu’ils souffrent. La propension de leurs régimes successifs à se mêler du malheur des autres est aussi pathologique que celle des régimes arabes à ignorer le bonheur des leurs. Cette symétrie aura été pendant des années préjudiciable à beaucoup de projets démocratiques. Même si la plupart des Américains ne s’en rendaient pas compte.

Grâces leur en soient donc rendues, les voilà qui s’éveillent sur ces images embarrassantes. Et, avec les images, vient le savoir.

Que peut-on faire, alors ? Beaucoup. Au lieu de se moquer d’eux, à la manière d’une bonne partie de la presse arabe, on pourrait, par exemple, partager la honte de leurs exactions et leur tendre la main. Peut-être même pourrait-on les inviter à nous aider à extirper ce mal du monde arabe en faisant du rejet de la torture une condition sine qua non de l’obtention du label démocratique (et des lignes de crédit qui s’ensuivent). Ce serait un bon début.

Par la même occasion, peut-être pourrait-on aussi les aider à comprendre que la lutte contre le terrorisme ne peut être menée à coups de lois d’exception liberticides et qu’en aucun cas un sympathisant islamiste ne sera « adouci » et repentant parce qu’on lui aura arraché les ongles et fait manger les oreilles. Ce que semblaient penser leurs dirigeants à l’heure où ils sous-traitaient la torture à certains Etats arabes.

C’est d’ailleurs surtout sur ce dernier point qu’il convient d’insister. Il y a trente ans, l’intelligentsia de gauche dans les pays arabes subissait le sort que subissent de nos jours de nombreux opposants qualifiés d’islamistes. Aujourd’hui, une partie de cette intelligentsia est au pouvoir - au Maroc, par exemple -, et les islamistes décorent les murs des prisons. Rien ne garantit que ces derniers ne seront pas aussi au pouvoir dans trente ans ; ce serait peut-être faire preuve d’un simple bon sens que de veiller à ce qu’ils n’aient pas trop de sujets de rancoeur quand ce moment viendra.

Il ne faut pas s’y tromper. Les geôles dans lesquelles ils croupissent sont bien loin d’être à la hauteur de ces centres de villégiature que décrivait la générale Janis Karpinski en parlant d’Abou Ghraib. Et ces geôles-là sont arabes.


Hicham Ettayebi Ouazzani est journaliste indépendant.


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