Sur fond de désinformation virulente, Steve Bannon, choisi comme conseiller principal pour la Maison Blanche par le Président élu Donald Trump, est taxé d’antisémitisme

Hélène Keller-Lind

vendredi 18 novembre 2016, par Desinfos

Tout ce que fait Donald Trump est bien évidemment examiné à la loupe. Le plus souvent pour trouver la faille, voire l’inventer, notamment par les médias ou les Démocrates américains et leurs amis, forts marris qu’ils sont de la défaite électorale d’Hillary Clinton. Ou au contraire par ceux espérant trouver des alliances en se méprenant sur la nature des choses. Ainsi en va-t-il pour Stephen Bannon que le Président élu a choisi comme chef stratège et conseiller principal pour la Maison Blanche. Antisémite, suprémaciste, complotiste, entend-on ici et là. Y compris dans le monde juif de gauche. Mais des voix, et non des moindres, se font entendre pour démentir la litanie d’accusations. Chez les Juifs mais pas seulement.


Choisi pour un poste clef à la Maison Blanche, Stephen Bannon est diabolisé

Les rumeurs ont commencé avant même le communiqué de presse du13 novembre 2016 soit publié sur le site du Président élu, Donald Trump, annonçant que celui qui avait aidé à conduire la campagne électorale pour lui serait son chef stratège et conseiller principal à la Maison Blanche après son investiture en janvier 2017. Car il se murmurait déjà que Stephen Bannon, homme d’affaires, journaliste, président du site conservateur Breibart News, poste qu’il a laissé pour devenir en août 2016 directeur général de la campagne présidentielle de Donald Trump, campagne qui a conduit ce dernier à la présidence des États-Unis, était pressenti pour ce poste clef. Des rumeurs des deux côtés de l’Atlantique le présentant comme le diable.

Le 17 novembre le Sénateur démocrate Harry Reid, dans un discours officiel, condamnait le soutien apporté par un dirigeant du Ku Klux Klan à Donald Trump. Un soutien pourtant non sollicité et même récusé par ce dernier. - Un autre membre du KKK a, pour sa part, soutenu Hillary Clinton qui n’a pas récusé ce soutien ni sans que cela lui soit reproché-. Le Sénateur accusait aussi Stephen Bannon d’être un « suprémaciste blanc », de « ne pas aimer les juifs », affirmant que depuis l’élection de Donald Trump dans la nuit du 8 novembre 2016, selon un centre les recensant, trois-cent quinze « actes haineux et d’intimidation contre les musulmans, les Hispaniques, les Afro-Americains, les femmes, les LGBT, les juifs et les Indo-Pakistanais » ont été commis. Aucun acte grave pourtant à en croire les exemples qu’il donnait lui-même, se bornant à des paroles. On ignore d’ailleurs si chaque incident a été vérifié ou fait l’objet d’une plainte en bonne et due forme ou si les auteurs ont été identifiés comme supporters de Donald Trump. Ou encore moins que lui ou son entourage aurait incité à commettre de tels actes, ce qui relèverait de l’absurde. On notera aussi que la majorité des actes haineux commis en raison de l’appartenance religieuse des victimes aux États-Unis sont des actes antisémites, soit 52,1%, qui ont préexisté cette campagne électorale. Ce dont le Sénateur Reid se garde bien de parler, pas plus qu’il n’évoque le cas des supporters de Donald Trump qui ont été agressés, parfois violemment, certains agresseurs ayant été arrêtés.

Réponse du juriste Alan Dershowitz

Le Sénateur Reid ne parle pas non plus d’un antisémitisme de gauche pourtant bien ancré qui sévit « depuis une vingtaine d’années », comme le rapporte le juriste très connu, professeur de droit à Harvard, Alan Dershowitz, qui l’évoque en réponse à Harry Reid au cours d’une interview sans concessions, rapportant qu’il est lui-même en butte à des attaques antisémites de la part d’étudiants d’une gauche dure lors de ses cours ou qu’il est assailli de Tweets antisémites après chaque publication de ses articles hebdomadaires pour le Boston Globe. Quant aux soutiens apportés à divers hommes politiques, ils n’en sont pas toujours responsables, souligne-t-il, comme dans le cas du Révérend Al Sharpton, qui milite pour les droits civiques, mais est soutenu par toutes sortes de gens. Alan Dershowitz cite aussi « le représentant démocrate Keith Ellison, candidat à la présidence de la Convention démocrate nationale, un musulman dont nombre de soutiens haïssent les juifs et qui serait plébiscité par le Hamas ». Par ailleurs, le juriste invite le Sénateur à se rendre « dans les campus universitaires pour constater à quel point l’antisémitisme de la gauche y est populaire » en faisant « des zones de danger pour les gens de droite,les chrétiens, et les juifs qui soutiennent Israël ». Le Professeur de droit évoque aussi l’antisémitisme de Black Lives Matter – organisation que soutient Hillary Clinton – dont il apprécie le concept mais ne peut soutenir en raison de leur antisémitisme flagrant. Si une droite dure a pu être encouragée, dit-il, elle n’a pas encore rattrapé la gauche dure et son antisémitisme qui existe de longue date conclut-il.

Pour se faire une idée de l’étendue et de l’ampleur de l’antisémitisme qui sévit dans les campus universitaires américains, sous couvert d’anti-sionisme, émanant d’organisations mais aussi parfois d’enseignants, il faut suivre le travail remarquable de Canary Mission. Qui consacre un chapitre à l’antisémitisme et au soutien au terrorisme exprimé librement au sein d’universités sans que cela ait ému grand nombre de médias à ce jour....

Une accusation pourtant invraisemblable


Dès le départ l’accusation d’antisémitisme lancée contre Steve Bannon laissait quelque peu dubitatif car on connaît les positions de Donald Trump sur ce point : sur le plan personnel il avait épaulé sa fille Ivanka lors sa conversion au judaïsme de celle-ci et il entretient les meilleurs rapport avec le mari de celle-ci , le brillant homme d’affaires Jered Kushner. Un gendre qui figure avec sa fille et ses fils dans son équipe de transition avant son entrée à la Maison Blanche en janvier prochain. Ce qui avait provoqué un autre tollé, bien entendu. Alors qu’ils l’ont épaulé tout au long d’une campagne difficile et que personne n’a trouvé à redire à la présence de Bill et Chelsea Clinton dans la campagne de la candidate démocrate. On imagine mal Donald Trump nommer un antisémite dans ces conditions. D’ailleurs on ne trouve rien qui puisse confirmer cette accusation si on creuse, mis à part les déclarations de son ex-femme faites lors de leur divorce. Elle prétendait qu’il aurait dit ne pas vouloir envoyer ses filles dans une école privée où il y avait des élèves juives. Une accusation faite dans de telles circonstances n’emporte pas la conviction du juriste Alan Dershowitz qui met en garde contre une utilisation infondée de ce terme.

Par ailleurs, le 11 novembre Donald Trump, interrogé sur Israël par le quotidien Israel Hayom , déclarait « j’aime et je respecte Israël et ses citoyens » faisait l’éloge des valeurs que partagent les États-Unis et Israël, »comme la liberté de parole, la liberté de culte et l’importance de créer des opportunités pour que tous ses citoyens puissent poursuivre leurs rêves ». Israël, « seule vraie démocratie et défenseur des droits de l’homme au Moyen-Orient ». Il déclarait que seules des négociations directes entre Israël et les Palestiniens pourront aboutir à la paix, sans que rien ne soit imposé, estimant que son « administration pourra jouer un rôle important pour aider les parties à y parvenir », concluant que « Israël et le peuple juif le méritent amplement. ».

On sait aussi que Benyamin Netanyahu avait félicité très chaleureusement Donald Trump lors de son élection. Quelques jours plus tard il notait en ouverture de la réunion hebdomadaire du cabinet ministériel du 13 novembre 2016, qu’au cours d’une conversation avec le Président élu, Donald Trump, celui-ci avait « exprimé sa profonde amitié pour Israël, une amitié qui le caractérise et, qui caractérise aussi l’équipe autour de lui, depuis de nombreuses années. ».

Comment, dès lors, imaginer un seul instant, que Donald Trump choisirait un raciste et un antisémite pour un poste important à la Maison Blanche...

Soutien du « rabbin le plus célèbre d’Amérique », accusations de Jonathan Greenblatt de l’ADL, proche de Barack Obama

Sur ce point, d’ailleurs, dans une lettre de soutien à Steve Bannon, publiée par ’the Algemeiner’, Shmuley Boteach, surnommé,« le rabbin le plus célèbre des États-Unis par le Washinton Post », écrivait : « en tant que conseiller matrimonial je sais que dans un divorce des choses dures sont parfois alléguées. Cela mis à part, je ne pense pas que le media même le plus hostile puisse montrer une seule raison de le considérer comme antisémite. » Cette lettre étant adressée le 16 novembre 2016 au Directeur de l’Anti-Defamation League -ADL-, Jonathan Greenblatt, l’un des accusateurs de Steve Bannon. Qui avait déploré sa nomination, accusant Breitbart d’être le site le plus important de ’l’alt-right’ – droite alternative- un groupe informel de nationalistes blancs et d’antisémites et de racistes assumés ».. Cette accusation voulant qu’il soit un « suprémaciste blanc » est souvent entendue chez ceux qui le critiquent. D’autant plus étonnant que le rabbin Boteach poursuit en soulignant qu’il est ami depuis des années avec Joel Pollack, « un rédacteur en chef à Breitbart ». Or « Joel est l’un des Juifs les plus fiers que je connais et l’un des premiers à se battre pour Israël dans les médias nationaux. » Il ajoute : « Il me dit que Bannon lui a montré, ainsi qu’aux nombreux autres Juifs employés par Breitbart, surtout ceux qui sont pratiquants, une incroyable sensibilité et flexibilité pour les aider à respecter le Shabbat et les fêtes juives. » Il rappelle aussi que ce media « a été l’une des premières publications aux États-Unis qui s’est vigoureusement opposée à un accord nucléaire avec l’Iran avec ces cent cinquante milliards de dollars donnés aux mollahs sanguinaires qui font la promesse génocidaire de perpétrer une seconde Shoah du peuple juif. »

On notera que Jonathan Greenblatt était Directeur du Bureau de l’innovation sociale et de la participation sociale à la Maison Blanche avant de prendre la direction de l’ADL et que le Président Obama le félicitait chaleureusement en novembre 2014 dans un communiqué lors de sa nomination à ce poste. Cette proximité avec Barack Obama et donc avec Hillary Clinton n’est sans doute pas anodine.

La 14 novembre, s’appuyant sur la condamnation de l’ADL, J Street, organisation américaine qui se dit pro-israélienne mais a souvent démontré le contraire, en appelait aux membres du Congrès pour se prononcer contre sa nomination. J Street avait d’ailleurs réalisé une vidéo anti-Trump pendant la campagne électorale qui, de fait, montrait l’attachement du candidat à Israël....

Soutien sans faille de Morton A.Klein, président de ZOA, à un « patriote américain »

Le Président de l’Organisation sioniste américaine – ZOA-, Morton A.Klein, répondait à l’ADL en déplorant que l’organisation se livre à une telle « diffamation contre Stephen Bannon, nommé par le Président élu Trump et son entreprise Breitbart. L’ADL et Greenblatt – les -ont de fait accusé ’d’antisémitisme’ et de haine d’Israël . »
En réalité, comme l’a écrit l’auteur pro-Israélien et juif pratiquant Joel B. Pollak, M.Bannon « est un patriote américain qui défend Israël et a une profonde empathie pour le peuple juif ».
L’analyse des articles de Breitbart par ZOA confirment l’amitié et l’impartialité de M.Bannon et de Breitbart envers Israël et les juifs. Les accuser d’antisémitisme est orwellien. En fait Breitbart se bat courageusement contre l’antisémitisme. » Suivent quelques exemples.

Pour David Horowitz on est dans « le fantasme paranoïaque » ridicule

Pour l’auteur et essayiste renommé, David Horowitz, ces accusations sont tout simplement « ridicules » et relèvent de « fantasmes paranoïaques ». Il souligne, par exemple, que l’on a taxé Steve Bannon d’antisémitisme à propos d’un article que lui-même a écrit et qui a été publié par Breibart ! Il accuse des médias de gauche dont le Huffington Post ou la chaîne CNN d’être coupables de cette « hystérie anti-Bannon », un homme qu’il connaît bien et apprécie, ce qui « montre que la gauche a perdu tout contact avec le peuple américain et la réalité. » Steve Bannon étant « quelqu’un de bien » devenu le bouc émissaire du moment d’une gauche rendue furieuse « pour avoir perdu la Maison Blanche ». On sait d’ailleurs que les médias principaux américains ont copieusement désinformé pendant toute la campagne électorale, vilipendant Donald Trump et soutenant Hillary Clinton.. Une désinformation qui se poursuit avec un acharnement redoutable.

« Je suis noir et je sais que Steve Bannon n’est pas un suprémaciste blanc »

Herman Cain, Républicain, auteur et homme d’affaires et de radio rejette catégoriquement, lui aussi, ces accusations. « Je connais Steve Bannon, je suis noir et je sais que Steve Bannon n’est pas un suprémaciste blanc... » - vidéo dans le texte -. Selon lui les élus libéraux qui demandent actuellement à Donald Trump de renvoyer Steve Bannon qui a contribué à sa victoire « sont tout simplement ridicules,.. ils n’ont rien d’autre pour essayer de ralentir la marche de Donald Trump ».

Les noms donnés ici ne sont pas une liste exhaustive. Bien d’autres personnalités, comme ici, ont condamné ces accusations infondées dont le but est très clairement de déstabiliser le Président élu. Un déni des règles de démocratie évident et scandaleux...

Un soutien venu de Samarie

Autre soutien exprimé depuis la Samarie par Yossi Daga, élu président du Conseil régional de la région du Shomron en 2015, et membre éminent du Likud. Dans une lettre adressée à Steve Bannon rendue publique, il félicite Donald Trump et Steve Bannon, précisant « nous savons que vous êtes un fervent supporter d’Israël et un véritable ami du peuple juif...cela m’a attristé d’apprendre qu’une campagne de dénigrement sans fondement est menée contre vous par des opposants politiques qui refusent d’accepter la réalité et d’avoir perdu des élections justes et démocratiques. Je suis content que dans la région du Shomron nous avons été les premiers à soutenir ouvertement la campagne de Donald Trump...je ne réjouis qu’après huit années nous avons maintenant des gens honnêtes comme vous à Washington... ».

Philippe Karsenty remet quelques pendules à l’heure en toute connaissance de cause

Côté hexagonal, Philippe Karsenty, qui doit assister au dîner annuel de l’Organisation sioniste d’Amérique – ZOA- ce 20 novembre, fait, quant à lui, ces remarques : ZOA est « l’organisation juive américaine la plus engagée dans la défense des valeurs que nous chérissons, » et « l’associé de Steve Bannon dans Breitbart.com, Joel Pollak, est un ami de longue date. Lorsque Joel Pollak étudiait à Harvard, il m’avait invité à y effectuer une conférence devant sa classe et son professeur, le très respecté et démocrate, Alan Dershowitz ». « JoelPollak avait écrit à la fin de mon procès contre France 2 et Charles Enderlin : Karsenty : Al-Dura Video Remains ’An Antisemitic Blood Libel. »
À cette occasion Philippe Karsenty rencontrera à New York « certains membres de la prochaine administration Trump dans laquelle se trouvent déjà sélectionnés des gens » qu’il connaît et apprécie. Steve Bannon a été invité au dîner.

À propos de l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, Philippe Karsenty déplore « la campagne de propagande de l’intégralité des médias français », - qui ont donc emboîté le pas aux grands médias américains, de gauche pour la plupart, -, et une « propagande post-élection qui n’a rien à envier à celle qui a accompagné toute la campagne présidentielle américaine ». –->http://www.huffingtonpost.fr/2016/1...]. Il exprime sa : « satisfaction de voir enfin le bout du tunnel avec le départ de Barack Obama et son remplacement par un homme – qui, certes, n’est pas parfait - mais qui saura « Make America Great Again »… rendre à l’Amérique sa puissance, sa grandeur et sa capacité de dissuasion dans un monde de plus en plus hostile. » Il ajoute : « Si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à vous procurer « Après Obama, Trump ? » de Guy Millière. ».

Le prochain épisode de la guerre post élections menée contre le Président élu Donald Trump est déjà entamé avec sa nomination au poste de Conseiller pour la sécurité nationale de l’ancien général et responsable de services de sécurité Michael Flynn. Le fait que celui-ci ait été fermement opposé à Barack Obama y étant sans doute pour quelque chose...


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