Chronique de Michaël Bar-Zvi | Kaf Vav Be Elloul 5776 - 29 septembre 2016

jeudi 29 septembre 2016, par Desinfos

Boker tov amis auditeurs de Radio J. Les funérailles de Shimon Peres ce vendredi à Jérusalem seront sans aucun doute un des événements médiatiques de l’année, si l’on en juge par la liste impressionnante des personnalités qui s’y rendront. Pour Israël, Peres était devenu un genre de patriarche, respecté et admiré, surtout depuis qu’il avait quitté la scène politique. Pour le monde il était devenu une icône, un symbole, peut-être même un mythe, mais malgré les louanges sur son côté visionnaire, son aspiration à la paix, son optimisme, peu des leaders qui seront présents à ses obsèques seraient en mesure d’expliquer sa pensée, de définir ses principes politiques, de formuler avec précision ses idées.


Peres a, tout au long de sa carrière, élevé le pragmatisme au rang d’idéal, et placé le compromis comme fondement de son action. Il a réussi à traverser les crises et les tempêtes politiques et surtout à bâtir une carrière politique en n’ayant jamais gagné une seule élection. La seule fois où il arriva en tête d’une élection fut en 1984, sans être pourtant pas en mesure de former le gouvernement et dut se contenter d’un partage du pouvoir avec Itzhak Shamir.

Peres incarne certainement la résilience politique, et curieusement on lui en fait louange, alors que l’on reproche à d’autres de s’accrocher au pouvoir. Personne ne niera l’engagement sioniste de Peres, son indéfectible attachement à la sécurité d’Israël, ou sa grande culture, mais est-il un modèle politique pour les futures générations ? Une fois les hommages rendus, à juste raison, par les Israéliens et par les grands de ce monde, dont certains ne cessent d’agir à l’encontre de la voie qu’il avait tracée, quel sera l’héritage politique de Shimon Peres ?

Il ne suffit pas d’évoquer la paix, un nouveau Proche-Orient, un monde meilleur ou une société juste pour que ces souhaits se réalisent. La gauche israélienne doit retracer son chemin, redéfinir des valeurs, retrouver un chemin, repenser ses objectifs, réincarner une alternative de pouvoir, et surtout revenir dans le cœur des gens, redevenir un parti du peuple.

Il faut espérer qu’elle ne réitérera pas les erreurs qu’elle a commises après la mort tragique d’Itzhak Rabin en voulant la récupérer pour reconstruire sa maison. Rien de pire que de s’approprier la mort d’un leader comme Peres, qui avait réussi, malgré sa carrière politique tortueuse et son impopularité chronique, à se forger une image nationale, au-dessus des partis et des fossés identitaires. Malgré sa vision personnelle sur les grandes questions existentielles qui divisent Israël, Peres avait réussi à sortir de ce carcan idéologique pour devenir une figure paternelle, rassurante et solennelle à la fois, dont chacun peut emprunter le pan qui lui correspond.

Celui qui, pendant longtemps, apparaissait comme un facteur de division, à l’origine de scission et de fractures au sein des différents partis auxquels il appartint, avait fini par devenir un homme de rassemblement, de consensus et d’harmonie. Durer en politique n’est une qualité qui si, au fil du temps, et avec l’expérience, on devient meilleur. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Si l’on en juge par les innombrables déclarations à sa mémoire, on peut penser qu’il trouvera sa place dans le Golgotha des hommes qui ont fait l’histoire d’Israël, à condition que son action ne soit pas récupérée à des fins politiciennes et soumise à des intérêts partisans. Souhaitons que ses héritiers préservent la stature qu’il mérite et ne cèdent pas aux tentatives d’embrigadement dans un camp, contre un autre.

Chana Tova à tous


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