Le paradoxe de « l’impérialisme » israélien

JP KATZ

mercredi 31 août 2016, par Desinfos

Longtemps les antisionistes ont utilisé l’argument de l’impérialisme de l’état juif pour justifier leur détestation. Il y avait là une survivance de l’époque coloniale, une violence politique sous-jacente au moment où les états européens se réunissaient pacifiquement dans un ensemble nommé Union Européenne, avec un flou artistique entretenu sur la valeur et la réalité des frontières.
Mieux, les antisionistes pointaient du doigt les conquêtes « illégales » d’Israël autrefois au Sinaï, au Liban, puis dans les territoires dits occupés. Plus ces lieux se raréfient (même Gaza est dorénavant maître de son destin), plus l’enquête est minutieuse. Jérusalem est observée à la loupe, presque immeuble par immeuble, tout comme la Judée Samarie.


Mais cette doxa de l’impérialisme ne fonctionne plus au moment de la disparition des accords Sykes Picots. En effet, chacun peut noter que les frontières disparaissent au Proche et Moyen Orient au profit de sphères religieuses ou ethniques. L’impérialisme n’est pas sioniste mais chiite, sunnite, turc... Le seul pays qui revendique des frontières immémoriales, c’est Israël. Le plus mortel de ces nouveaux impérialismes est celui du djihad qui s’exporte avec violence et applique le nettoyage ethnique radical. Il n’a pas de frontière, il a un projet.

Les antisionistes qui s’offusquaient de la dimension religieuse de l’état d’Israël, anachronisme désuet à l’ère de l’Europe politique, doivent bien convenir que ce n’est rien à côté du souffle brûlant venu d’Irak, de Syrie ou d’Iran.

Pire, ce souffle politico-religieux anime les jeunesses européennes qui mettent à mal le modèle progressiste. L’impérialisme s’invite dans nos pays post modernes et rejoue une pièce oubliée. Le refus de voir cette réalité est tel, que la seule réponse partagée au terrorisme djihadisme est l’amour de l’autre et des apéros en terrasse.

L’internationale sioniste est un mythe, celle du djihadisme une réalité chaque jour confirmée. Mais Israël possède du coup un avantage sur les européens : il connaît parfaitement ses frontières. Le problème des anti-impérialistes, c’est qu’ils ne sauront même pas quand ils reculeront, où ils reculeront, ni pourquoi. Chloroformés par des décennies de pacifisme et de culture du compromis, les européens sont toujours en retard sur le processus en marche, soumis à des discours discordants rendus possibles par une liberté d’expression subtilement instrumentalisée, et désignés comme les responsables du chaos moyen oriental.

Non concerné par l’ex-Union de la Méditerranée, non concerné par l’élargissement de l’Union Européenne, non concerné par les coalitions à l’œuvre en Syrie et en Irak, Israël constitue en vérité l’un des rares états nations non-impérialistes par essence.


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