Le plan B des Palestiniens : « La solution ? Un Etat unique, désionisé, laïque et démocratique » ...

Interview exclusive - Salah Salah ( Ex-dirigeant du FPLP ) - Le Temps (Tunis)

samedi 17 juin 2006

Voir en ligne : Lire : http://www.letemps.com.tn/

Membre fondateur du FPLP, élément important de la direction et du Bureau Politique de l’Organisation jusqu’en 93, premier responsable pendant très longtemps de la région Liban-Syrie, représentant des réfugiés au Conseil National Palestinien jusqu’à ce jour.


Il est, officiellement, normalement « retiré des affaires » du parti. Il dirige une ONG palestinienne, A.J.I.A.L : éducation, formation des jeunes, gestion de crèches, organisation de camps internationaux d’été, pour les échanges et les chantiers de volontaires. Il faut savoir qu’il reste une personnalité absolument incontournable pour tout ce qui concerne les Palestiniens du Liban et d’ailleurs : il suffit de passer un bon moment avec lui pour s’apercevoir qu’il est consulté aussi bien par des ministres libanais en activité que par des responsables palestiniens très , très haut placés....

• Un rapide état des lieux presque quinze ans après Oslo.....

— - Dans cet accord, mort-né, les réfugiés étaient de toutes les façons ignorés. Beaucoup y ont cru, pensant qu’Israël allait appliquer les différentes clauses. Voyez où nous en sommes : Gaza et les territoires sont devenus une immense prison, une Autorité sans pouvoir, un gouvernement qui n’a aucune idée de ce qu’il a à faire, Hamas ne s’attendait pas à être majoritaire, une population sans devenir, un mur ségrégationniste qui se construit au déni de toutes les lois internationales, et des réfugiés privés de l’ensemble des droits garantis par la Déclaration Universelle, sans couverture sociale, sans rien. En plus de toutes les interdictions : aussi bien de travailler que d’introduire même des fils électriques dans les camps.....Voilà où nous en sommes.

• Et la résolution 1559 concernant le désarmement des Palestiniens du Liban ??

— - C’est du bluff, une exagération. Une façon de nous montrer comme une force dangereuse, pour le Liban et pour Israël. Tout le monde sait que cela a été réglé avec les Libanais depuis 1991. S’il y a quelques traces d’armes légères à l’intérieur des camps d’ Errachidiya et de Aïn El Helwé, cela ne présente aucun danger pour la sécurité du Liban.

• Que faire alors de tous ces réfugiés ??

— - Le combat permanent pour le retour est la seule solution. Ni émigration, ni naturalisation. Ni rester « réfugié » d’ailleurs. Mais maintenir notre identité et se battre malgré les différentes « solutions » proposées. Israël ne veut en aucune façon entendre parler de cette idée de « retour ». Pourtant, presque 70% de la Cisjordanie est « vide », capable de recevoir cette population. Combien de centaines de milliers « d’émigrés » de religion juive originaires des pays de l’Est, et d’ailleurs, sont-ils venus s’implanter en colonies dans les territoires occupés depuis 67 ??.
« Le retour », et rien d’autre, pour tous les réfugiés palestiniens.

• Comment voyez-vous l’avenir ?

— - Ecoutez, lorsque nous avons commencé à nous organiser, le monde était encore sous la coupe de la terrible machine de propagande sioniste, avec toute la mauvaise conscience qu’avaient les peuples d’Europe. Puis on a commencé à faire parler de nous, de notre existence, de nos droits. Toutes les solutions ont jusqu’à ce jour échoué. Ahmed Choukaïri voulait « jeter les juifs à la mer », on sait ce que cela a donné et le fiasco politique qui s’en suivit. Le rêve sioniste du « Grand Israël, du Nil à l’Euphrate » est aujourd’hui une utopie. Les accords d’Oslo, instituant deux « Etats », est une escroquerie, il suffit de voir le contrôle absolu d’Israël sur toute la vie économique de Gaza et des territoires. Il n’ y a pas « deux » Etats mais un seul emprisonnant l’autre, et pour le limiter à la seule bande de Gaza , et complètement assiégé en plus !!!!

• La solution alors ??

— - Elle passe par une longue lutte politique. Dans un premier temps retrouver la Palestine dans les frontières de 67. Puis, et l’idée n’est pas nouvelle mais « enterrée », elle est là depuis 1970, reprise par l’OLP en 74, puis dernièrement à Genève : l’établissement en Palestine d’un Etat désionisé, laïque, démocratique, à égalité de droits pour toutes les confessions. C’est une solution difficile à faire accepter quand on voit les rapports de force dans la région et l’émergence de tous ces mouvements religieux, des deux côtés. Les forces de paix, les forces de gauche, israéliennes, palestiniennes et arabes doivent imposer cette vision. L’opinion publique mondiale ne peut qu’y adhérer. Et Israël ne pourra rien contre cette proposition juste, pour tous.
Entretien dirigé par Fatah THABET


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