L’incendie criminel de Douma ou comment instrumentaliser la mort d’un enfant

Hélène Keller-Lind

lundi 3 août 2015, par Desinfos

La mort d’un petit enfant dans un incendie criminel révolte. Elle révolte la quasi-totalité des Israéliens. À commencer par le Président d’Israel, le Premier ministre, les ministres, les foules israéliennes qui se sont réunies pour condamner le ou les pyromanes. Au nom des valeurs du judaïsme. L’enquête vient à peine de débuter. Pourtant d’aucuns n’hésitent pas à accuser sans attendre. Les uns des “activites/colons juifs”, les autres donnant carrément un nom, une adresse, le nom de l’épouse de celui dont le procès a été fait en dehors de toute règle de justice. Des organisations politiques internationales instrumentalisent cet acte criminel. Oubliant au passage la liste sans fin des crimes palestiniens.


Un incendie criminel unanimement condamné en Israël

Il avait un an et demie. Il est mort pendant la nuit du 30 au 31 juillet 2015 lors de l’incendie criminel de sa maison à l’entrée du village palestinien de Douma près de Naplouse. Son frère et ses parents ont été grièvement blessés et sont soignés dans des hôpitaux israéliens. Le Président Rivlin et le Premier ministre Netanyahou se sont rendus à leur chevet, ont dit être bouleversés et indignés, condamnant ce crime sans réserves.

Benyamin Netanyahu indiquait avoir demandé aux “responsables de la sécurité et du maintien de l’ordre d’utiliser tous les moyens légaux dont ils disposent pour appréhender les meurtriers et de traiter celui qui a poignardé – il fait référence au criminel qui a poignardé six personnes lors d’une marche gay, deux d’entre elles étant décédées depuis – et les pyromanes avec toute la sévérité de la loi.
Nous sommes décidés à combattre vigoureusement les manifestations de haine, de fanatisme de quelque côté qu’elles viennent. Ce combat nous unit. Ce n’est pas un combat mené pat telle ou telle faction. C’est une question d’humanité fondamentale et est à la base de nos valeurs juives éclairées. Notre politique envers ces crimes est une politique de tolérance zéro”.

Le 2 août, le ministre de la Défense Moshe Ya’alon ordonnait à ses services d’utiliser le principe de détention administrative – détention imédiate sans jugement - envers le ou les pyromanes.

Prenant la parole lors d’une manifestation contre la violence et la haine à Jérusalem, le Président Rivlin évoquait ce crime et celui commis contre six personnes ayant participé à une marche gay ce même 30 juillet. Pour dire son horreur et mettre en garde contre la haine et la terreur. Une autre manifestation avait lieu à Tel Aviv.

Le Président Rivlin dénonçant à la fois un “terrorisme juif”, comme celui qui a tué Muhammad Abu Khdeir – ceux qui sont accusés de son kidnapping et de son meurtre sont en cours de jugement -, en rappelant le nom de quelques unes des nombreuses victimes de ce terrorisme-là : “ Shalhevet Pass – petite fille de dix mois tuée dans sa poussette il y a quatorze ans par un sniper palestinien, membre de l’OLP -, la famille Fogel – les parents et leurs enfants de onze et quatre ans et leur bébé de trois mois tué parce qu’il pleurait, assassinés par deux terroristes palestiniens d’un village voisin -, Adele Biton – décédée en février 2014 à quatre ans des suites de blessures causées par un attentat avec jets de pierres en mars 2013, Eyal, Gil-ad, Naftali – les trois adolescents kidnappés et assassinés à bout portant par des terroristes du Hamas en juin 2014-”. Un “terrorisme juif” marginal, dit-il, mais qui doit être combattu avec la plus grande vigueur. Dans cet “État d’Israel qui a été et continuera d’être un Étt de droit. État d’Israël qui a été et continuera d’être un État de liberté, de tolérance et de justice...”

Ce terrorisme n’a pourtant rien de juif, n’étant le fait que d’une poignée d’individus, s’attaquant à des cultures ou taguant murs ou voitures, en brûlant parfois, et le terrorisme palestinien, bien plus répandu et qui a fait des milliers de victimes israéliennes.

“Judaïsme et humanité”, des termes associés se renforçant l’un l’autre

En effet, rappelait Benyamin Netanyahou le 2 août 2015 à l’ouverture de la réunion hebdomadaire du Cabinet ministériel, “les deux mots judaïsme et humanité sont assossiés et se renforcent l’un l’autre”. Mots gravés, dit-il, “au-dessus de la porte de la maison du grand enseignant qu’eut mon père, le Professeur Joseph Klausner, parmi les historiens les plus exceptionnels du Peuple Juif de l’époque contemporaine”. À qui, étant enfant, il rendait visite les Shabbat. “C’est ce qui nous distingue de nos voisins”, ajoutait-il, “nous déplorons et condamnons ces crimes. Nous poursuivroons les meurtriers jusqu’au bout. Eux donnent le nom de meurtriers d’enfants à des jardins publics. Cette distinction ne peut être brouillée ni dissimulée. Il est important de le dire alors même que nous prononçons ces condamnations et nous unissons contre les criminels au sein de notre peuple”.

Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères israélien soulignait pour sa part “Tu ne tueras point est l’injonction phare des Dix Commandements. Le judaïsme sanctifie la vie et déplore tout ce qui est lié à l’adoration de la mort. Prendre une vie innocente et souiller la morale juive est un acte de terreur impardonable...Nous devons tout faire pour prévenir d’autres atrocités contre des innocents qui que ceux-ci puissent être et là où ils puissent être”.

Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis, aujourd’hui député du parti Kulanu dénonçait “ un acte de terrorisme, terrifiant” des plus “préjudiciables à Israël car il porte tort à notre légitimité internationale ”.

Des propos irréfléchis dommageables facteurs d’antisémitisme

Bien que pour l’heure l’enquête ne soit pas bouclée, qu’il y ait eu sur les lieux du drame des graffiti en hébreu appelant à la “vengeance”, et quand bien même les pyromanes seraient juifs, certains tiennent des propos pour le moins irréfléchis. Ainsi, constate-t-on un glissement surprenant de la part du chef de l’opposition israélienne et dirigeant de l’Union sioniste – de gauche- Yitzhak Herzog qui déclarait lors d’un rassemblement contre la haine à Tel Aviv, que “au nom du peuple juif’, il demandait pardon pour ce meurtre atroce”. Voilà donc le coupable désigné, le peuple juif dans son ensemble...

Or, on sait le prix que paient, pour ne prendre que cet exemple, les Français juifs à cause, justement, de ce type d’amalgame. “En 2014, le nombre d’actes antisémites recensés sur le territoire français a doublé. Il est de 851 contre 423 en 2013. Cela représente une augmentation de 101%. 51% des actes racistes commis en France en 2014 sont dirigés contre des Juifs. Les Juifs représentent un peu moins de 1% de la population française.
Moins de 1% des citoyens du pays est la cible de la moitié des actes racistes commis en France” rappelait le Service de Protection de la Communauté Juive – SPCJ - dans son rapport sur l’antisémisitme pour 2014, réalisé avec le ministère de l’Intérieur.

Dans un communiqué de presse du 13 juillet 2015 le SCPJ dressait ce constat sur l’antisémisitme en France de janvier à mai 2015 :

Que va-t-il se passer aujourd’hui au regard de ce type d’accusation ?
C’est pourtant un blogger français qui publiait dans Times of Israel en français un constat dans lequel il rappelle, entre autres, un crime que même les Palestiniens ne rappellent plus, en amplifie un autre, le rendant pluriel, mélange à ces crimes des histoires de jupes pas assez longues, bref, en remet une couche contre “cette haine contre les juifs de gauche, les homosexuels, les non juifs...”. Et il dénonce sans précaution aucune, sans attendre le resultat de l’enquête, les pyromanes assassins : “des activistes juifs”. Prêcher la haine tout en la dénonçant...

“Tout Juif est une cible légitime”
Le Hamas terroriste, qui n’avait pas attendu ce crime pour traiter tous les Juifs en coupables et donc cibles légitimes de violences en a profité pour renouveler cette injonction.

L’UE et les Nations Unies instrumentalisent ce crime

Quant aux institutions comme l’UE ou les Nations unies, elles se sont empressées d’instrumentaliser ce crime. L’UE en profite pour redire dès le 31 juillet qu’il y a “urgence à trouver une solution politique au conflit palestino-israélien” ainsi que “son opposition forte à la politique de colonisation israélienne”. La veille, son Conseil des Affaires étrangères entendait presser Israël à conclure une “pax palestina”..., cet incendie criminel lui apportant un prétexte pour enfoncer le clou qu’elle ne saurait ignorer. Comme elle ignore l’enseignement à la haine palestinien qu’elle co-finance pourtant. Notamment par le biais du système éducatif de l’Autorité palestinienne que détaille Palestinian Media Watch dans son récent rapport. Ou en glorifiant à tout va les nombreux terroristes palestiniens.

Depuis New York, le 31 juillet 2015 Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies, condamne “le meurtre d’un enfant palestinien” précisant : “ l’échec répété de traiter effectivement les actes de violence répétés des colons ont conduit à un nouvel incident terrible impliquant la mort d’un enfant. Cela doit cesser”. Il condamne “l’absence de processus politique et la politique illégale d’Israël de colonisation ainsi que la pratique dure et qui n’est pas nécessaire de démolition de maisons palestiniennes”, ce qui, selon lui, “a conduit à un extremisme violent des deux côtés”. Oubliant allégrement les centaines d’actes terroristes palestiniens d’avant toute “colonisation” et l’incitation constante à la violence de l’Autorité palestinienne. Il incite “les deux parties à prendre des mesures audacieuses pour retrouver le chemin de la paix”. Envoyé spécial pour le Moyen-Orient et Conseil de Sécurité lui emboîtant le pas. Et préparant avec l’Union européenne à se livrer à un forcing pour contraindre Israël à accepter une “pax palestina”...
Ou comment instrumentaliser un drame.

Côté arabe : où on revoit Khadija Benguenna...

Côté arabe, certains n’hésitent pas à dénoncer celui qui serait coupable, photo à l’appui. Comme le fait Khadija Benguenna, vedette d’Al Jazeera – chaîne quatarie des Frères Musulmans -, journaliste antisémite à ses heures, condamnée par la XVIIème chambre du TGI de Paris dans son procès en diffamation contre l’ancien ambassadeur de Tunisie, Mezri Haddad qui lui reprochait cet antisémitisme. Elle met toutefois le conditionnel par prudence n’hésitant pourtant pas à décliner l’identité du supposé coupable et le 31 juillet à 8 h 09 du matin poste sa photo sur sa page facebook. Post aimé par plus de 30.000 personnes ....
Elle poste aussi une vidéo qui accuse au conditionnel et donne la parole au Premier ministre israélien, se montrant donc moins virulente, précisant, toutefois, que si cette violence “des colons n’est pas nouvelle, personne n’avait été tué par celle-ci jusqu’au 31 juillet 2015”. Alors que, faut-il le redire, aucun coupable n’a été arrêté à ce jour. D’ailleurs la journaliste vedette a-t-elle seulement regardé cette vidéo jusqu’à la fin ?
Un acteur, comédien, tunisien, très suivi, Abdelli Lotfi, lui, va plus loin. Il reprend le 1er août un post de Mounir Kamoun avec la même photo que précédemment mais accompagnée de ce commentaire : “ Ce juif Extrêmiste à brûlé vif un bébé palestinien mais aucune importance pour les Medias...ce n’est pas un extrêmiste musulman,donc inutile d’en parler et de mettre sa tronche d’assassin à la une...”. A 18h le comédien donnait l’identité non seulement de cet “extrémiste” qui, à ce jour, n’a pas été reconnu coupable dans cette affaire, mais aussi son adresse, le nom de son épouse et du père de celle- ci....
Et nous n’en sommes qu’au début...

Deux roquettes ont été tirées depuis la Bande de Gaza. Des violences se sont produites un peu partout en Judée samarie. Deux Palestiniens ont trouvé la mort dans des émeutes...


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