L’anti- sionisme n’est-il que haine ŕ l’état pur ?

Par Judéa PEARL - Traduction : Marc Brzustowski

mardi 17 mars 2009, par Desinfos

Bien sűr. Il est plus nocif que l’antisémitisme, en menaçant les vies et la paix au Moyen-Orient.

En janvier, lors d’un symposium ŕ l’UCLA (orchestré par le Centre d’Etudes sur le Proche-Orient), quatre détracteurs d’Israël, connus de longue date, étaient invités ŕ analyser les conditions des droits de l’homme ŕ Gaza, et ont utilisé cette tribune pour attaquer la légitimité du Sionisme et sa vision d’une solution ŕ deux Etats pour Israël et les Palestiniens.


Ils ont criminalisĂ© l’existence d’IsraĂ«l, dĂ©formĂ© ses motivations profondes et diffamĂ© son caractère, sa naissance et mĂŞme sa conception. A un certain point, ils ont excitĂ© l’assistance par des slogans et aurait notamment scandĂ© « Sionisme Ă©gale Nazisme » et pire encore.
Les dirigeants des organisations juives ont condamnĂ© ce festival de haine comme une dangereuse incitation Ă  l’hystĂ©rie antisĂ©mite, ont soulignĂ© l’effet dĂ©vastateur qu’il avait eu sur les Ă©tudiants de l’UCLA et son impact sur un campus renommĂ© pour son atmosphère ouverte et courtoise. Les organisateurs, dont quelques-uns sont juifs, se sont rĂ©fugiĂ©s derrière la « libertĂ© acadĂ©mique » et l’argument disant que l’antisionisme n’est pas de l’antisĂ©mitisme.

Je soutiens totalement ce slogan, non parce qu’il exonère les antisionistes de l’accusation d’antisémitisme, mais parce que cette distinction nous aide à focaliser notre attention sur son caractère discriminatoire, comme immoral et comme la plus dangereuse expression de l’antisionisme.

L’antisionisme rejette la notion la plus Ă©lĂ©mentaire que les Juifs forment une nation – un destin collectif se nouant Ă  travers une histoire commune- et, par consĂ©quent, dĂ©nie aux Juifs le droit Ă  leur auto-dĂ©termination sur leur lieu de naissance historique. Il poursuit le projet de dĂ©mantèlement de l’Etat-nation juif : IsraĂ«l.
L’antisionisme mĂ©rite son caractère discriminatoire en dĂ©niant au peuple juif ce qu’il accorde aux autres collectivitĂ©s constituĂ©es (par exemple : les Français, Espagnols, Palestiniens), nommĂ©ment, le droit de se forger une nation, l’auto-dĂ©termination et la coexistence lĂ©gitime avec d’autres requĂ©rants indigènes.

L’antisĂ©mitisme rejette les Juifs en tant que membres Ă©gaux de la race humaine ;
l’antisionisme rejette Israël en tant que membre à part entière de la grande famille des nations.

Les Juifs sont-ils une nation ? De nombreux philosophes argueraient que les Juifs constituent d’abord un peuple et secondairement une religion. Par ailleurs, la narration de l’Exode et la vision de la traversĂ©e vers la terre de Canaan se sont imprimĂ©es dans l’esprit du peuple juif avant qu’il reçoive la Torah au Mont SinaĂŻ. Mais, philosophie mise Ă  part, la conviction partagĂ©e de leur Ă©ventuel rapatriement sur leur lieu de naissance historique a constituĂ© le moteur alimentant la persĂ©vĂ©rance et les espĂ©rances juives Ă  travers le pĂ©riple tourmentĂ© qui a commencĂ© avec l’expulsion romaine en l’an 70.

Plus important, l’histoire partagée, et non la religion, est aujourd’hui la force unitaire primordiale au principe de la société laïque, multi- ethnique d’Israël. La majorité de ses membres ne pratique pas les règles religieuses et ne croit pas en une transcendance divine ou dans la vie après la mort. La même chose s’applique au Judaïsme américain, qui est, de même, largement laïque. L’identification à un ethos historique commun, culminant à travers la renaissance de l’Etat d’Israël, est le nœud central de la collectivité juive en Amérique.

Il existe, bien sûr, des Juifs qui sont non-sionistes et même antisionistes. Le culte ultra-orthodoxe de Neturei Karta et le culte gauchiste de Noam Shomsky en sont des exemples notables. Le premier rejette toute tentative terrestre d’interférer avec le projet messianique de D.ieu, alors que le second déteste toutes les formes de nationalisme, et plus spécialement, celles qui réussissent.

Il y a aussi des Juifs qui trouvent difficile de défendre leur identité contre la perversité croissante de la propagande anti-israélienne, et qui, éventuellement cachent, renient ou dénoncent leurs racines juives, en leur préférant la reconnaissance sociale et autres commodités.

Mais ce sont lĂ , au mieux, des minoritĂ©s marginales ; les forces vives de l’identitĂ© juive, actuellement, se nourrissent de l’histoire juive et de ses dĂ©rivĂ©s naturels – l’Etat d’IsraĂ«l, sa lutte pour la survie, ses rĂ©alisations culturelles et scientifiques et son inlassable quĂŞte de la paix.

Selon cette approche de l’idée de nation juive, l’antisionisme est, de plusieurs manières, plus nocif que l’antisémitisme.

Premièrement, l’antisionisme prend pour cible la partie la plus vulnérable du peuple juif, précisément, la population juive d’Israël, donc la sécurité physique et la dignité personnelle dépend de façon cruciale du maintien de la souveraineté d’Israël. Dit de manière brutale, le projet antisioniste d’en finir avec Israël condamne 5 millions et demi d’êtres humains, la plupart d’entre eux réfugiés ou enfants de réfugiés, à vivre éternellement sans défense dans une région où les incitations génocidaires ne sont pas rares.

Deuxièmement, les sociétés modernes ont développé des anticorps contre l’antisémitisme, mais pas contre l’antisionisme. Aujourd’hui, les stéréotypes antisémites provoquent la répulsion chez la plupart des gens de conscience, alors que la rhétorique antisioniste est devenue un signe de sophistication académique et de reconnaissance sociale, dans certains cercles autorisés de l’université américaine et de l’élite médiatique. L’antisionisme se travestit sous la grande cape du débat politique, en s’exonérant du sens et des règles de la civilité qui président au discours interreligieux, pour s’attaquer au symbole le plus cher de l’identité juive.

Finalement, la rhétorique antisioniste est un couteau planté dans le dos du camp de la paix israélien, qui soutient, de façon écrasante, la solution pour deux Etats. Il donne aussi une crédibilité aux ennemis de la coexistence qui proclament que l’éventuelle élimination d’Israël est l’agenda secret de tout Palestinien.

C’est l’antisionisme, dès lors, et non l’antisémitisme qui inflige une menace bien plus dangereuse à la vie, au triomphe historique de la justice et aux efforts de paix au Moyen-Orient.


Judéa PEARL est professeur à l’UCLA (Université de Los Angeles) et Président de la Fondation Daniel PEARL.


Is anti-Zionism hate ?

http://www.latimes.com/news/opinion/commentary/la-oe-pearl15-2009mar15,0,6323783.story

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3688006,00.html


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