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« Ce qui s’est passé à Rafah est le début de la troisième Intifada »

Ahmed Youssef, conseiller politique du Hamas.

Ahmed Youssef est le conseiller politique du ministre des Affaires étrangères du Hamas à Gaza. Ce petit homme, rond et avenant, parfaitement anglophone, est souvent présenté comme le «visage souriant» du mouvement islamiste. Entre deux barres chocolatées made in Egypt, il explique la stratégie du Hamas, alors que l’Egypte a convoqué séparément au Caire le président palestinien, Mahmoud Abbas, et ses rivaux du Hamas pour trouver une solution au passage frontalier de Rafah, ouvert de force la semaine dernière.

L’ouverture de la frontière à Rafah est une victoire pour le Hamas. Cette opération a-t-elle été préparée de longue date ? Avez-vous reçu un feu vert de l’Egypte ?

Peu importe les détails. Cela faisait sept mois que la bande de Gaza était soumise à un blocus total. Les gens mouraient de faim, de maladie, ils devenaient fous. Nous devions faire quelque chose pour frapper la conscience du monde, qui est resté indifférent aux souffrances du peuple palestinien. Les Egyptiens ne nous ont pas donné de feu vert mais nous savions qu’ils étaient mécontents du blocus. Ils se sont retrouvés accusés de collaborer à la punition collective de la population de Gaza. Ils devaient défendre leur réputation.

Que veut le Hamas désormais ?

Nous espérons pouvoir ouvrir un passage régulier entre la bande de Gaza et l’Egypte, sans interférence israélienne. L’accord antérieur avait été négocié en 2005 par Mohammed Dahlane [dirigeant du Fatah proche de Mahmoud Abbas, chassé de Gaza par le Hamas en juin, ndlr] avec ses amis américains : il ne nous engage pas. Nous ne voulons plus qu’Israël ait un droit de regard sur notre frontière.

Mahmoud Abbas propose que l’Autorité palestinienne prenne le contrôle de la frontière. L’accepteriez-vous ?

Nous ne connaissons pas les détails de sa proposition. Mais quel que soit l’arrangement trouvé, il devra tenir compte du Hamas. Nous contrôlons la police et la sécurité dans la bande de Gaza. Tout devra donc se faire en coordination avec nous. Ce que je note, c’est que les gens du Fatah, à Ramallah, n’ont pas l’air contents de ce qui vient de se passer. Ce sont même eux les plus embêtés.

Ces événements vont-ils rapprocher ou éloigner encore un peu plus Gaza de la Cisjordanie ?

Nous, au Hamas, nous espérons que le règlement de la question de Rafah permettra de discuter des autres problèmes interpalestiniens et de l’avenir. Dans quelques mois, Mahmoud Abbas réalisera que les Israéliens n’ont rien à lui offrir, que les Américains sont impuissants et que ce soi-disant processus de paix n’en est pas un. Alors, il changera de ton à notre égard.

Ne pensez-vous pas qu’Israël veut se «débarrasser» de la bande de Gaza au profit de l’Egypte ?

Si les Israéliens croient qu’on reviendra à la situation d’avant 1967 [lorsque l’Egypte administrait Gaza], ils s’illusionnent. Ce que nous voulons, c’est une Palestine indépendante. Israël ne peut pas se laver les mains de Gaza. Ils nous occupent et ils portent donc la responsabilité de la situation. S’ils continuent de nous pressurer comme ça, en pensant nous faire courber l’échine, la prochaine fois, nous enverrons un demi-million de Palestiniens forcer le passage d’Erez [qui sépare Israël du nord de la bande de Gaza] et entrer dans ce qu’ils appellent Israël [sic]. Ce qui s’est passé à Rafah est le début de la troisième Intifada.

Pourquoi ne pas cesser les tirs de roquettes contre Israël ?

Ces roquettes, c’est un prétexte pour Israël. Nous avons cessé les attentats-suicides, nous avons respecté quinze mois de trêve, de mars 2005 à juin 2006 [jusqu’à l’enlèvement du caporal israélien Gilad Shalit], cela ne les a pas empêchés de nous bombarder, de massacrer nos civils. Ces deux dernières années, 4 Israéliens ont été tués par des roquettes artisanales alors que 2000 Palestiniens ont été tués. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Tirer des bouquets de fleurs ? Nous tirons des roquettes parce que nous n’avons pas le choix. Donnez-nous des F16 et on bombarderait Tel-Aviv comme eux le font à Gaza !





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