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Discussion à propos du projet pour la paix dans le Golan

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

VOTRE PROPOS SUR « LA MEILLEURE FACON D’AVANCER AVEC LA SYRIE » EST TOUT À FAIT INTÉRESSANT, PAR CETTE VISION À LONG TERME QUE VOUS DÉVELOPPEZ. QUI NE RÊVERAIT PAS D’AVOIR UNE ZONE FRANCHE À SES FRONTIÈRES, UNE ZONE D’ÉCHANGE, UN LIEU DE RENCONTRES ET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL, QUI SERAIT L’EXEMPLE MÊME POUR TOUTE LA REGION.

MALHEUREUSEMENT LES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES AMBIVALENTS, DIVERGENTS ENTRE CES PAYS RIVERAINS QUE VOUS CITEZ, CUMULÉS AVEC LE LOURD CONTENTIEUX POLITIQUE, TOUJOURS IRRÉSOLU, ME FONT CRAINDRE QUE VOTRE PROPOS NE SOIT QU’UNE VISION IDÉELLE - MEME PAS IDÉALE - DE LA SITUATION LOCALE.

COMMENT POUVEZ VOUS AVANCER UNE IDÉE DE ZONE FRANCHE DANS CET ENVIRONNEMENT OU LE NIVEAU DE DÉVELOPPEMENT EST SI DIFFÉRENT ENTRE LES PAYS CITÉS ? C’EST L’ÉCHEC ASSURÉ.

LA CRÉATION D’UNE ZONE FRANCHE PERMET DE DÉVELOPPER DES EMPLOIS, D’INSTALLER DES INDUSTRIES LÀ OÙ IL Y A DE LA MAIN D’OEUVRE DISPONIBLE ET « PEU RÉMUNERABLE » MAIS BIEN EMPLOYABLE. VOYEZ L’EXEMPLE DE DUBAI.

Je note d’emblée une contradiction dans vos propos, Richard : Comme dans l’exemple de Dubaï, le fait qu’il existe « un environnement où le niveau de développement est si différent entre les pays cités » constitue, au contraire, la meilleure raison d’implanter une zone franche entre eux. Cette création serait superfétatoire s’il s’agissait de deux entités économique ayant un développement comparable. On n’implante pas de zone franche entre des pays industrialisés mais on procède à l’instauration d’un espace de libre échange. Et si l’on instaurait un tel régime entre Israël et la Syrie, l’économie syrienne serait rapidement asservie à la machine économique israélienne. C’est également ce qui arriverait, même sans déclarer un espace de libre échange - même en maintenant des taxes sur les produits d’importation - en cas de déclaration de paix sans construire la zone franche que je préconise. Les produits israéliens déferleraient sur la Syrie, tant la différence de développement est tangible et tant la population syrienne a besoin de tout ce qui se fabrique en Israël.

Vous omettez également de remarquer, qu’il existe, dans la région que je considère, objectivement, les conditions que vous jugez favorables à l’implantation d’une zone franche, puisque la Syrie offre une main d’oeuvre disponible et « peu rémunérable », pour utiliser vos termes. Inutile, pour s’en persuader, de s’égarer en supputations futuristes ; il suffit de remarquer, qu’aujourd’hui, 70% des personnes en condition de travailler, dans les cinq villages syriens du Golan, le font en Israël. On observe également : a) que cette coopération s’effectue en parfaite harmonie b) que le niveau de vie de ces Syriens, de par cet échange, est désormais comparable à celui des habitants de leurs voisins de Kiriat Shmona et de Hatzor c) qu’elle a permis à des centaines de Syriens de sortir de leur condition et d’accéder à des professions libérales - en passant par les universités israéliennes, russes et syriennes - ainsi qu’au monde des affaires.

QUELLES RESSOURCES POUR CES ÉTATS EXSANGUES EN TERMES MÊME DE RESSOURCES FINANCIÈRES ?

INSTALLER DES INDUSTRIES SUR CE PLATEAU DU GOLAN, SERAIT-CE VRAIMENT PRÉFÉRABLE QUE D’INSTALLER DES INDUSTRIES DANS LES PAYS RIVERAINS EUX-MÊMES, OÙ LES NIVEAUX DE CHÔMAGE SONT TRÈS ÉLEVÉS, Y COMPRIS EN ISRAEL. OÙ LES NIVEAUX DE FORMATION SONT TRÈS INFÉRIEURS AUX NORMES - Y COMPRIS DANS CERTAINS SECTEURS EN ISRAEL - MAIS OÙ LA MAIN D OEUVRE EST DISPONIBLE.

Vous omettez de signaler, Richard, que des zones industrielles (dans mon plan, je ne parle pas d’une zone franche à caractère principalement « industriel ») ont déjà été implantées - notamment par l’industriel Steph Werteimer - sur la frontière israélo-jordanienne ainsi qu’au point de passage d’Erez, entre Israël et la bande de Gaza. L’avantage de ces zones détaxées a fait ses preuves, offrant aux entrepreneurs israéliens des conditions de coûts de main d’oeuvre et de frais généraux largement plus basses que chez eux - au point de rendre possibles certaines activités, comme le textile, qui ne sont plus rentables en Israël - et des conditions de rémunération notablement plus élevées pour les employés arabes - jusqu’à vingt fois le salaire moyen qu’ils perçoivent en Jordanie et à Gaza - de ces zones privilégiées. La zone d’Erez est si profitable pour les deux parties, qu’elle a partiellement continué à fonctionner malgré l’Intifada et qu’il aura fallu aux organisations terroristes de la prendre spécifiquement pour cible, et à de nombreuses reprises, y perpétrant des assassinats collectifs, afin d’en réduire sensiblement les activités.

N’oublions pas non plus qu’un chômeur, qu’il travaille en Israël ou dans une zone franche limitrophe, n’est plus un chômeur.

Quelles ressources pour ces Etats exsangues, en termes de ressources financières, dites-vous ?

La réponse à cette question me paraît évidente : a) A l’exemple de la bande de Gaza, ce sont les personnes employées à Erez et en Israël, (il y en eut jusqu’à 180’000 !) qui, avec le rapatriement de leurs salaires, formaient l’ossature du tissu économique gazati. b) Comme je l’ai proposé, la Syrie percevrait un impôt, de l’ordre de 10% des bénéfices des entreprises situées dans la zone franche c) Rien n’empêche la Syrie - puisque le contrôle douanier s’effectuerait sur l’actuelle ligne de démarcation Golan-Syrie - de percevoir, en plus, des taxes d’importation sur certains produits échangés dans la zone affranchie. On peut ainsi imaginer que lesdits produits seraient, en fait, réservés aux acheteurs venus des pays riches du Golfe et d’Arabie Saoudite, transformant, pour la Syrie, cette région en outil à employer ses ouvriers, à former ses cadres et à produire des devises. En comparaison des bénéfices nuls pour la Syrie sur les activités rémunératrices actuelles dans la région du Golan et de la productivité très basse de toutes les autres provinces de la Syrie territoriale, l’apport financier direct de la zone franche serait énorme. d) J’ai également suggéré que les entreprises et les magasins hors taxes s’implantant dans ma zone franche aient l’obligation de proposer au moins 10% de produits syriens. Cette mesure a pour finalité de développer les capacités productrices en Syrie, notamment par l’implantation de fabriques par les chaînes de magasins elles-mêmes, comme c’est, par exemple, le cas d’Ikea et de nombreuses sociétés américaines, dans plusieurs pays défavorisés

SUR LE PLAN POLITIQUE, VOUS PROPOSEZ À LA SYRIE DE RETROUVER UNE SOUVERAINETÉ THÉORIQUE, C’EST À DIRE UNE SOUVERAINETÉ SANS ADMINISTRATION ET PRÉSENCE DE L’ÉTAT OU, DE PLUS, LES SYRIENS N’AURAIENT AUCUN DROIT DE S’ INSTALLER. EST-CE CELA LA SOUVERAINETÉ ??

ACCEPTERIEZ-VOUS CETTE SOUVERAINETÉ SUR VOS PROPRES TERRITOIRES ? LA POLITIQUE EST UN PLAT QUI SE PARTAGE DIFFICILEMENT.

Il faut poser tous les éléments de l’équation pour trouver une réponse qui ait un sens, Richard. Il s’agit ici de trouver un compromis applicable à un différend compliqué et dans compromis, il y a l’idée de troc. A bien poser la question, il s’agit, pour Bechar el-Assad, de savoir s’il est préférable d’exercer une souveraineté complète sur une région « morte », qu’il n’est certainement pas près, de surcroît, de récupérer en entier ; sans que cela ne l’aide, d’aucune façon, à rejoindre le concert des nations et à dynamiser son économie ou d’exercer une autorité partielle - à raison d’un tiers des privilèges dans les décisions et de toutes les prérogatives administratives sur les citoyens syriens de la zone franche - en réalisant quelque chose qui propulserait son pays, d’une façon inespérée, dans le système économique global.

Face à cette question, lorsqu’elle est correctement énoncée, je pense qu’à la place de El-Assad, je n’hésiterais pas longtemps.

OU BIEN UN ACCORD ÉQUITABLE EST TROUVÉ AVEC LA SYRIE OU BIEN IL NE PEUT Y AVOIR D’ACCORD. QU’EST CE ? PRÉSERVER PRIORITAIREMENT LES INTÉRÊTS SÉCURITAIRES D’ISRAEL ET RESTITUER LA SOUVERAINETÉ À LA SYRIE. EN UN MOT PARTAGER LE GOLAN, COMME LA SYRIE COMMENCE À L’ACCEPTER, DU BOUT DES LEVRES.

De toutes les façons, Richard, dans le cadre d’un accord de paix entre Jérusalem et Damas, Israël obtiendra de très solides garanties sécuritaires et des concessions territoriales, car aucun gouvernement israélien n’acceptera que la Syrie trempe ses pieds dans l’eau du lac de Tibériade que nous buvons. Le maintien, par Damas, de cette exigence contribuerait à mener à l’impasse tout nouveau processus de négociations. Dans ces conditions, que vous reconnaissez vous-mêmes, vaut-il mieux pour les Syriens partager le Golan ou ouvrir le Golan, entièrement syrien, à une activité rémunératrice et désenclavante ?

AU FOND, SI JE NE PEUX PLUS MANGER DE CERISES DU GOLAN, EH BIEN JE LES FERAI POUSSER AILLEURS EN ISRAEL. OU BIEN, JE LES ACHÈTERAI AUX SYRIENS, A QUI J’AURAI TRANSFÉRÉ LES PLANTATIONS. EN ECHANGE JE LEUR VENDRAI MON SAVOIR-FAIRE AGRICOLE ET INDUSTRIEL. C EST CE QUI SE PASSE POUR TOUTE ÉCONOMIE OUVERTE.

Pourtant, vous savez très bien que dans des conditions d’économie authentiquement ouverte, il ne serait pas question de bénévolat mais de la jungle des intérêts étroits. A ce jeu, l’économie israélienne avalerait la syrienne en moins d’un an. Dois-je vous rappeler que l’industrie syrienne produit moins que la moitié de celle de Haute Galilée à elle seule et que la Haute Galilée est la région la moins industriellement développée d’Israël ?

AU FOND, SI JE NE PEUX PLUS BOIRE DU VIN DU GOLAN ÉLEVÉ EN ISRAEL, JE BOIRAI DU VIN DU GOLAN ÉLEVÉ EN SYRIE, C’EST CELA LE PRIX DE LA PAIX.

C’est plutôt la recette de la misère. En France buvez-vous actuellement beaucoup de vin syrien, provenant des autres provinces de la république syrienne (le plateau du Golan, avec ses 1176 Km représente 0.62% de la superficie de la Syrie) ? Vous habillez-vous dans des vêtements fabriqués à Alep ? Votre ordinateur contient-il un seul composant produit à Damas ?

Ou, est-ce que mon plan ne constituerait-il pas, effectivement, une chance à ne pas manquer pour la population syrienne ? Une chance pour qu’en plus de la paix, de la souveraineté formelle sur le Golan, elle ait enfin une vraie chance de s’en sortir.



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