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Etat palestinien : ne pas confondre vitesse et précipitation

par David Ruzié ; professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

Et la réponse - édifiante, à notre avis - a été : « J’ai déjà répondu » ( ??) « à cette question, mais je vous remercie de me la poser de nouveau, car cela me donne l’occasion de vous redire que c’est à l'initiative de M. Bernard Kouchner que la conférence s’appelle ainsi. C’est pour marquer clairement notre objectif, qui est aussi celui de tous les participants à la Conférence  : contribuer à la construction d’un Etat palestinien. Vous avez raison de le souligner. Cela marque bien que cette conférence vise à apporter un soutien financier, mais aussi un soutien politique à l'Etat palestinien  » (souligné par nous).

Nous ne doutons pas qu’il s’agit là d’une initiative de l’ancien french doctor, qui n’en est pas à sa première improvisation hasardeuse, depuis qu’il est en poste au Quai d’Orsay, mais nous ne sommes pas certain que « tous les participants à la Conférence », soient d’accord pour confondre vitesse et précipitation.

Car, comme nous l’avons déjà souligné, ici même, à diverses reprises, la création d’un Etat palestinien ne peut être le fruit d’une génération spontanée, voire autoproclamée.

Certes, on doit constater qu’en moins d’un demi-siècle est apparue la revendication d’une identité nationale palestinienne, encore qu’il ne soit pas très clair qu’il ne s’agisse pas, en réalité, s’une simple composante de l’umma (peuple) arabe, Mais après tout, on parle bien d’un « peuple syrien », d’un peuple égyptien etc.... (l’existence d’un « peuple libanais, en revanche, semble contesté, ne serait-ce qu’à en juger par le comportement du voisin syrien).

Loin de nous de mettre en doute l’utilité de la conférence de « donateurs », dont la France a pris l’initiative. Nous pensons, en effet, qu’il est opportun de permettre à l’Autorité (sic) palestinienne d’établir, effectivement, cette autorité qui, précisément, lui fait défaut. Car, la tâche de toute « autorité publique », pour être reconnue comme légitime, est de veiller à satisfaire les besoins de la population, qui lui est subordonnée.

Or, il est évident que l’économie des Territoires est dans un tel état de délabrement, dû essentiellement à la corruption qui a gangrené jusqu’à présent ladite « Autorité palestinienne » qu’une aide économique massive de l’extérieur s’avère indispensable.

Encore faut-il s’assurer - et c’est la raison pour laquelle Israël tient à veiller que cette aide ne soit pas accordée au « gouvernement » palestinien, dont l’objectif est toujours la disparition - même si ce n’est qu’à terme - de l’Etat d’Israël.

Il est normal que les contribuables des pays donateurs ne soient pas amenés à armer les bras d’assassins.

Si donc, l’objectif initial de la Conférence était parfaitement louable, il n’en est plus de même avec cette dérive initiée par la France (même et surtout si on peut penser que Bernard Kouchner n’a pu prendre cette initiative sans en référer à l’Elysée...).

L’une des première questions - certes délicate, mais indispensable - sera pour les deux parties intéressées de se mettre d’accord sur les limites respectives du territoire relevant de leur autorité.

De notre point de vue, il est tout à fait illégitime de vouloir « mettre la charrue avant les bœufs » en reconnaissant un « Etat palestinien », dont on ne pourrait pas définir, en même temps les limites du territoire.

Et la réponse d’attente faite par le porte-parole du Quai d’Orsay à la question : « Cela veut dire que la France va utiliser à partir du 17 décembre cette dénomination d’Etat palestinien à la place d’Autorité palestinienne ou Territoires palestiniens ? » n’en est que plus inquiétante.

« Attendons de voir les résultats de la conférence. Vous avez bien compris que nous parlons ici d’un objectif ».

Espérons qu’après le dîner informel de dimanche soir, que le ministre français offrira aux représentants des Etats et institutions internationales participant à la conférence, qui débutera le lendemain, la digestion ne les empêchera pas de garder la tête froide lors de la discussion.

Il y a urgence à aider économique le peuple palestinien eu égard au fait que « ventre affamé n’a pas d’oreilles » (il serait plus exact de dire que dans un état de pauvreté, la population ne peut résister aux tentations des solutions extrêmes ».

Mais de là à anticiper sur les négociations de bonne foi que les représentants légitimes des deux communautés ont encore récemment décidé d’ouvrir, il y a un abîme qu’il y a lieu de ne pas franchir.



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