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“ROUGE EDEN” de Pierre J.B. Benichou, excellent polar, mais aussi grand roman historique et philosophique

Hélène Keller-Lind

C’est un roman très riche que ce second ouvrage de Pierre J.B. Benichou publié chez Belfond, avec ce polar écrit dans les règles de l’art : Birdy, un assassin de masse qui a tué plus d’une centaine de jeunes femmes dans des conditions atroces, clame son innocence, accusant son âme de ces crimes, tout en racontant son parcours à un pasteur venu l’accompagner en ce qui sera vraisemblablement sa dernière nuit sur terre. Ils vont parler des circonstances difficiles de l’enfance du condamné, de son grand-père brutal mais tant aimé, de sa mère, effacée, son beau-père, de ses réussites, ses « expériences », de foi, du sens de la vie, de promesse de paradis ou d’enfer, de ce qui suit la mort, de réincarnation, le pasteur se faisant violence pour entendre parfois le pire. Ces échanges, cette nuit-là, en 1991 dans un pénitencier de Floride seront le fil de l’histoire jusqu’à son dénouement.

Mais, très vite, l’auteur nos emmène dans un autre lieu, un autre temps, le Moscou de 1933, avec la faim, la sinistre Guépéou, mais aussi un relatif privilégié, un universitaire, le professeur Timofey Bogaievski et sa famille. On est alors en pleine effervescence scientifique et les bouleversements de la physique nous sont racontés avec passion. Pourtant cette quiétude de la famille Bogaievski ne durera pas, le professeur étant happé dans un engrenage infernal qui nous entraînera dans l’univers des déportations vers la Sibérie. Avec ce train, microcosme soviétique, fait de souffrances, de peurs, de cruauté, avec quelques rares éclairs de joies sur fond de mort. Comme cette rencontre entre le professeur et le très attachant sage, Izaak Rotenberg, modeste herboriste et professeur de Torah, qui lui raconte la saga de sa famille, entre Varsovie, Bessarabie, Judée Samarie, Biélorussie, Ukraine, fuyant encore et encore l’antisémitisme, ses massacres et pogroms, les Juifs, faussement accusés par « Les Protocoles des Sages de Sion », sollicités à la fois par le mouvement sioniste, le Bund ou les Bolcheviks. Izaak fait découvrir au professeur, qui en ignorait tout, cette histoire, le monde de la Yeshiva et de la « recherche, », ce merveilleux « trait d’union entre la science et la foi ». Le vieil homme raconte aussi le retour de « la nation juive à Jérusalem » que prévoyait un grand kabbaliste du douzième siècle, Judah Ben Samuel. Les deux hommes, l’un athée, l’autre croyant, tous deux assoiffés de savoir, trouvant d’improbables correspondances entre mécanique quantique et kabbale et parlant de Dieu, d’Einstein, de religion ou de l’importance de la vie. Izaak concluant, au bout d’un long cheminement, que « Dieu est un....tout est dans tout...et chaque homme est un univers en lui-même ».

Il y a aussi dans ce train qui parcourt l’Union soviétique, traverse l’Oural et plusieurs chapitres de « Rouge Eden », leurs compagnons d’infortune, Dimitri, Gregorii, Vladimir, Anna et quelques autres, l’histoire de chacun s’inscrivant dans l’Histoire. Il y a la mort, le camp de Tomsk, en Sibérie, ses responsables débordés, ses chiens, ses policiers qui tirent sur les prisonniers, et, au bout du voyage, des péniches qui mènent les survivants sur cette île déserte en partie boisée, entre les bras d’un fleuve aux eaux gelées, où rien être ne vit, avec pour tout viatique de la farine en vrac, souvent mêlée à de la boue glacée ou du sang, ou le corps des morts qui est dévoré...

On retrouve aussi Natalia, la femme du professeur, et leur fils Nikolaï, devenus des parias à la suite de l’arrestation du professeur, aidés à Moscou dans un premier temps par l’épouse d’une autre victime de la Guépéou, Helene Senokosof, puis en fuite, dans un autre train, qui les emmène à Leningrad où ils échappent à la police grâce à l’Union Générale des Combattants Russes et à ses réseaux, une autre page d’histoire passionnante, avant de passer de manière inespérée en Finlande puis de partir aux États-Unis grâce aux contacts qu’avait Timofey Bogaievski avec des scientifiques, dont Einstein, installés en Amérique. Leur fils y deviendra un étudiant et un scientifique brillant, dont le destin croisa un jour celui d’un autre protagoniste de cette histoire. C’est dans l’épilogue que l’on comprendra que, en effet, « tout est dans tout ».

Interrogé sur le sens de son titre, le romancier explique : « Rouge, pour le communisme, mais aussi le sang des victimes. Éden, pour l’après vie. Après tout, les communistes (rouge) n’ont ils pas promis le paradis (Éden) au peuple. Mais cette promesse n’a fait qu’entraîner des agissements à coté desquels les meurtres abominables d’un tueur en série sadique paraissent presque anodins... Rouge Éden sonnait mieux que "Éden Rouge », car Rouge serait alors la couleur de l’Éden, alors qu’un Éden Rouge n’en serait qu’un parmi plusieurs ».

Dans sa note en fin d’ouvrage on découvre pourquoi l’auteur, au-delà de ses talents de romancier, qui donne vie à tant de personnages, a pu dresser des tableaux si précis de pages importantes d’Histoire.

« Rouge Eden », publié par Belfond, sorti le 2 février 2017, 416 pages, 19,50 €, disponible aussi en ’epub’ en ligne, pour 13,99 € http://www.belfond.fr/livre/litterature-contemporaine/rouge-eden-pierre-jb-benichou



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