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Les services secrets israéliens, une conférence avec, en filigrane, la position actuelle du Quai d’Orsay

Hélène Keller-Lind

Trois services secrets entre succès et échecs s’inscrivant dans une réelle démocratie

En présentant le conférencier, Charles Meyer, Vice-Président exécutif de l’Association France-Israël, faisait état de son amertume, son indignation même, concernant les récentes déclarations du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui mettait Israël « au cœur des conflits au Moyen-Orient ». « Une offense majeure à l’intelligence » soulignait-il, évoquant les milliers de morts Chiites ou Sunnites victimes de ces conflits sans qu’Israël y soit pour quoi que ce soit.

Le conférencier, David Elkaim, chargé de cours à Sciences Po, chercheur au CF2R, bien que détaché au Ministère des Affaires étrangères, disait ne pas pouvoir s’exprimer sur la ligne du Quai d’Orsay, ne travaillant pas sur ce sujet. Pour dresser ensuite un état des lieux des trois services de renseignement israéliens, le Shin Bet ou Shabak, chargé de la sécurité intérieure, du contre-espionnage, actif en Judée Samarie et Gaza, AMAL, le renseignement militaire qui évalue les menaces extérieures, effectue des opérations spéciales en territoire ennemi, est chargé d’une censure militaire de plus en plus souvent contournée, et enfin le Mossad, né avant même la création d’Israël, œuvrant à l’étranger, parfois en dehors du cadre légal, chargé des contacts diplomatiques avec des pays n’ayant pas de relations diplomatiques officielles avec Israël.

L’occasion de rappeler les plus grands succès de ces services, mais aussi leurs plus grands échecs. Avec, chaque fois des leçons tirées par la démocratie israélienne, et des répercussions y compris au plus haut niveau de l’état. A ce propos David Elkaim confirmait, par exemple, - si besoin était et contrairement à la rumeur - qu’Israël n’avait pas été l’auteur des massacres de Sabra et Chatila, mais que les services secrets qui connaissaient la situation, savaient que les Maronites étaient fragilisés, n’ayant « pas réagi assez vite et assez fort », Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, avait été contraint de démissionner. En effet, « un cinquième de la population israélienne » était descendue dans la rue pour manifester contre ces massacres. David Elkaim soulignant « qu’il n’y a pas beaucoup de pays où ça se passe comme ça... ».

Le conférencier notait également que pour parer aux conséquences potentiellement préjudiciables de l’afflux de renseignements parfois contradictoires de ces trois services Israël a décidé de faire du patron du Mossad le Coordinateur des renseignements chargé de faire le tri et de les évaluer.

La situation géo-politique vue par le conférencier, vision proche de celle du Quai d’Orsay

Dans une seconde partie David Elkaim abordait la situation géo-politique telle qu’elle s’est développée depuis la fin des années 90, les espoirs suscités par Oslo puis une deuxième Intifada ayant fait que « pendant dix ans rien ne s’est passé et plus grave, le camp de la paix en Israël a été fragilisé ». Il évoquait « un compromis qui n’était pas très loin sous Olmert » et « les paramètres connus comme paramètres Clinton, soit un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, avec Jérusalem-Est pour capitale et des échanges de territoires mutuellement acceptés par rapport aux ligne de 67 ». Paramètres nécessaires pour parvenir à la paix, selon lui, seule une volonté politique n’étant pas au rendez-vous.

David Elkaim soulignant alors ce qu’il considère sans doute comme les avantages de ces paramètres, ce qui, finalement, correspond à la ligne du Quai d’Orsay. A savoir : dans les échanges de territoires envisagés 80 % des Israéliens vivant au-delà de la Ligne Verte ne seraient pas déplacés, 80.000 personnes étant à rapatrier en Israël. Quant aux réfugiés, Israël, dit-il, accepte à titre humanitaire le retour de « vrais réfugiés » âgés de plus de 75 ans et leur famille, soit quelque 100.000 personnes. Le reste des 4 millions et demie de Palestiniens concernés – n’ayant de fait le statut de « réfugié » que grâce aux statuts particuliers de l’UNRWA faisant de ce titre un titre héréditaire dans le seul cas palestinien et dont ne bénéficie aucun autre groupe – pourrait devenir citoyens de cet État palestinien, être absorbé dans leur pays de naissance et de résidence ou dans des pays d’accueil tiers comme le Canada ou l’Australie.

Ayant la même analyse que le Quai d’Orsay, David Elkaim avertissait qu’une « solution à deux États est de plus en plus compliquée », citant, d’une part « la montée du Hamas », d’autre part, « Bennett qui fait partie de la coalition gouvernementale israélienne et ne veut pas d’un État palestinien ». Faisant état, a contrario, de l’Initiative Arabe de 2002, endossée en 2005 par la communauté internationale, promettant à Israël, en cas d’accord, une normalisation avec les pays arabes...David Elkaim faisant état d’un « isolement actuel d’Israël », « d’un paquet de pays qui ont reconnu l’État palestinien...la Chambre des Communes du Royaume-Uni qui a adopté une résolution » dans ce sens, « d’un durcissement de l’UE, avec des accords scientifiques mais des clauses » les limitant car ne s’appliquant pas « à la Cisjordanie »...Le conférencier faisant aussi état « d’une continuité assez forte » de la diplomatie française concernant Israël « par-delà les alternances, avec des différences peut-être au niveau de la formulation mais pas au fond ».

Autre avertissement : si un projet de résolution circule aujourd’hui à l’ONU pour reconnaître un État palestinien, il sera bloqué par un veto américain, mais qu’en serait-il après les élections de mi-mandat aux USA ? Autre risque : Les Palestiniens pourraient entreprendre une guerre légale contre Israël en utilisant des instruments juridiques internationaux auxquels ils n’ont pas eu recours à ce jour.

Enfin le conférencier détaillait les quatre scénarios possibles actuellement selon lui. Premièrement une « réelle reprise », l’Autorité palestinienne devant obtenir quelque chose face au Hamas, d’autant que l’Iran n’est plus un facteur bloquant « avec des charters d’hommes d’affaires qui se rendent en Iran ». François Hollande s’étant d’ailleurs entretenu avec Rohani. « Israël peut s’il y a une volonté politique » affirmait-il.

Second scénario : « Abbas accepte un accord au rabais. Ce qui ne serait satisfaisant pour personne si Gaza n’est pas réglé. Ce qui n’est pas impossible si Abbas obtient quelque chose. Le Plan « Coca-Cola » prévoit des milliards versés par les États-Unis et l’Arabie Saoudite »

Troisième scénario : « les négociations échouent. Kerry et Obama laissent tomber, appliquant leur logique de redéploiement en Asie\Pacifique. Les Palestiniens entament leur guerre légale. Cela accentue l’isolement d’Israël ».

Quatrième scénario : « Encore pire. Abbas rend les clefs, Israël gère. Les frustrations de la population palestinienne peuvent aboutir à une troisième Intifada. Pour la deuxième Intifada on a dit que c’était de la faute des Palestiniens. Pour une troisième ce serait Israël qui serait condamné ».

Une session de questions réponses, voire déclarations a suivi cet exposé. Souvent houleuse. David Elkaim précisant alors qu’il estime qu’avec Daesh à ses frontières, vouloir garder le statut quo est un mauvais calcul pour Israël. Qui doit négocier avec les représentants légitimes des Palestiniens, mais refuse de négocier avec la coalition – rappelons que le Hamas qui fait partie de cette coalition est un mouvement terroriste et reconnu comme tel. De plus, faute d’élections en temps et en heure, la légitimité des représentants palestiniens qu’ils appartiennent au Fatah ou au Hamas est plus que contestable – David Elkaim préconise pourtant une reprise des négociations d’autant que, selon lui, « dans le monde arabo-musulman il y a aussi des gens raisonnables....le défi étant que les modérés se parlent....et à un moment il faut trancher.. ».

Or, les modérés ne sont pas au pouvoir chez les Palestiniens...

Or, qu’on le veuille ou non, ce ne sont pas les modérés qui sont au pouvoir chez les Palestiniens. Un simple coup d’œil aux dernières livraisons de la télévision officielle palestinienne en convaincra quiconque...www.palwatch.org. La plus récente datant du 20 octobre 2014. On y voit que les écoliers palestiniens apprennent qu’Israël n’existe pas mais qu’il s’agit de terres occupées qui seront récupérées par la grâce d’Allah

« Les services secrets israéliens, les meilleurs services du monde ? »

Eric Dénécé, David Elkaim, Éditions Tallandier, paru avril 2014, 320 pages, 21,50
On notera que dans l’ouvrage, s’appuyant sur nombre d’annexes, l’accent est mis sur ces services bien plus que sur cette analyse géo-politique.



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