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Chronique de Michaël Bar-Zvi | Vav be Hechvan 5774 - 10 octobre 2013

Lors de la dernière conférence organisée par l’Institut de recherches sur la sécurité d’Israël, l’ancien chef du Mossad Zvi Zamir a refusé de siéger à la même table ronde que l’ancien chef de renseignements Eli Zeira, un des principaux généraux tenus pour responsables du revers militaire de Tsahal dans les premières heures de cette guerre. Ce dernier avait été accusé de n’avoir pas transmis à ses supérieurs des informations cruciales confirmant les attaques égyptiennes et syriennes. Son explication des événements ne satisfait pas plus aujourd’hui qu’hier les familles endeuillées.

Pourtant il reconnait avoir été prisonnier d’une conception, à savoir qu’une agression arabe se transformerait rapidement pour eux en une défaite cuisante.

Les forces en présence sur le canal de Suez, rappelons-le, en octobre 1000 soldats israéliens face à 100.000 égyptiens. Mais au-delà de ces chiffres, il y a surtout la mauvaise évaluation de la volonté de l’ennemi à combattre un ennemi qui l’a humilié dans les conflits précédents et de retrouver une forme d’honneur par les armes. Cependant le véritable échec de cette guerre est à la fois stratégique et politique.

Le gouvernement israélien avait été clairement informé de l’attaque qui se préparait par deux sources dont la fiabilité ne pouvait être mise en doute : le roi Hussein de Jordanie, et un diplomate égyptien proche de Sadate, Achraf Marouan, décédé en 2007 et dont certains estiment qu’il était un agent double. Celui-ci donna, quarante heures avant l’heure H prévue, toutes les informations. Ce laps de temps était largement suffisant pour permettre à l’aviation israélienne d’intervenir préventivement.

Comment expliquer cette passivité ? Plusieurs raisons ont été avancées : la crainte d’un mauvais résultat aux élections prévues quelques semaines plus tard, les dissensions internes au sein du parti travailliste entre les successeurs potentiels à Golda Meir, mais aussi et cela me semble la principale cause de la décision, la promesse indirecte aux Etats-Unis de ne pas être les premiers à tirer.

Il faut se rappeler le contexte de l’époque, l’administration Nixon a cessé toute activité diplomatique au Proche-Orient, car elle est prise dans le tourbillon de l’affaire de Watergate, qui amènera la démission du président américain. Soumis aux enquêteurs, Nixon donne carte blanche à Kissinger, dont l’approche cynique estime qu’un Israël affaibli et exsangue sera prêt à des concessions. Il conditionnera son aide militaire déterminante à ce chantage politique. Israël est aujourd’hui devant le même raisonnement, face à ses différents ennemis et l’on comprend pourquoi le débat sur la guerre de Kippour reste d’une brûlante actualité.

Avons-nous vraiment tiré les leçons morales et politiques de ce dur traumatisme ?



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