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Pourquoi la lutte contre l’antisémitisme peut échouer

Shmuel Trigano

C’est la façon de considérer la nature du phénomène contre lequel on lutte qui est erronée. Le problème que pose l’antisémitisme ne relève ni du « racisme », ni de la « tension intra-communautaire » ni d’un dispositif de « sécurité ». Il pose un problème politique et national, en ce sens que des intentions agressives répétitives, pouvant aller jusqu’au meurtre, émanent de certains milieux de la population française prenant pour cible une partie de la population clairement identifiée comme juive. C’est une forme de guerre civile potentielle qui est en germe dans l’antisémitisme. Il ébranle en effet le pacte de fraternité et de concitoyenneté qui fait la nation. C’est en ce sens qu’il met en jeu l’État et la communauté des citoyens. Or, c’est là où le bât blesse car l’État n’assume pas ses responsabilités politiques. L’affaire Merah et ses suites (augmentation des actes antisémites) ont montré que dans la population où se développe l’antisémitisme se trouvent des milieux inspirés par l’islam et le djihad, un constat jusqu’alors interdit car politiquement incorrect.

C’est en fait ce que l’État « pensait » auparavant sans le dire, en adoptant le leurre des « tensions intra-communautaires » là où il s’agissait d’antisémitisme et en cornaquant le « dialogue judéo-musulman » à travers forces cérémonies spectaculaires de « pacification ». Si l’islam inspire des djihadistes français, ce n’est pas tant comme religion que l’islam doit répondre mais comme partie de la nation. Ce n’est pas la bonne volonté des musulmans envers les Juifs qui est mise en jeu du fait de l’existence de ce djihadisme dans leurs rangs mais leur volonté et leur capacité d’être des concitoyens, membres de la nation.

Quand l’État accuse le coup parce que les choses deviennent évidentes (affaire Mérah), il opte pour la politique de la compassion et du discours sécuritaire. Or cela ne résout rien. En effet, la compassion de l’opinion, si elle est bien venue, est aussi objectivement un leurre si elle reste persuadée de la culpabilité d’Israël et donc d’une quelconque légitimité du discours néo-antisémite. L’antisionisme, est le cheval de Troie de sa justification morale car la cause palestinienne est réputée juste. C’est le cœur de la banalisation du nouvel antisémitisme.

Et là, nous touchons à l’erreur de stratégie commise par un grand secteur de l’opinion juive qui refuse le combat sur ce plan là. Au lieu de pourfendre ces accusations, fondées sur une falsification de la réalité objective, elle proclame avec une naïveté confondante et pathétique son désir de paix, son engagement pour « deux États », jusqu’à faire la promotion de ses ennemis déclarés, en ouvrant une avenue à leur triomphe. Elle se prête naturellement au spectacle de la pacification communautaire et s’enivre de la compassion. Elle invoque la République comme principe – et c’est d’une certaine façon aussi ce que je fais – mais est-ce réaliste ? La République dans son sens classique ne connaît pas de « Juifs » ni de « musulmans » mais uniquement des « citoyens », et cela n’aide pas à cerner le problème. Il suffit de se rappeler les deux semaines indignes pendant lesquelles l’opinion s’est demandée si le meurtre d’Ilan Halimi était antisémite et de voir la difficulté du tribunal à qualifier un acte d’« antisémite ». Il y a fort à craindre que même cette République-là n’existe plus, quand elle patronne le soutien d’une puissance musulmane comme le Qatar au bénéfice des seuls musulmans des banlieues… Le multiculturalisme est désormais à l’œuvre et les Juifs y sont en minorité. Le déni du réel n’est pas une politique mais quand la réalité politique le pratique, le principe de réalité devient chancelant !

  • A partir d’un article dans Actualité Juive le 12 avril 2013.


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