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Arafat a été empoisonné : on a même la date du forfait !

Menahem Macina - © upjf.org

Toujours est-il que le journal arabe Al-Hayat, basé à Londres (1), relaie, dans son édition du 20 décembre 2004, les accusations d’empoisonnement de Yasser Arafat, formulées par Ahmad Abdul Rahman, qui fut Secrétaire du cabinet du leader palestinien défunt.

Le Palestine Media Center (PMC) s’en fait l’écho sur son site, dans un éditorial non signé, intitulé « Ahmad Abdul Rahman : Arafat a été empoisonné le 25 septembre 2003 » http://www.palestine-pmc.com/details.asp?cat=1&amp ;id=758 .

« Quelque chose d’étrange est arrivé à Y. Arafat, il y a environ un an », confie-t-il. « C’était le 25 septembre 2003. Le président avait serré les mains d’une trentaine de personnes, avant de sortir pour aller vomir. C’est à partir de ce moment que l’état de santé du président a commencé à se détériorer lentement. »

A ce terminus a quo de l’étiologie du cas de la mort ’mystérieuse’ d’Arafat viennent s’ajouter des précisions sur les visiteurs :
« Arafat avait serré les mains de gens qui étaient venus lui exprimer leur solidarité dans son lieu de réclusion. Il s’agissait d’un mélange de Palestiniens, d’étrangers et d’Israéliens. »
Mais oui. Les Israéliens étaient là !

Abdul Rahman rappelle incidemment que, plus tard, Arafat s’était demandé à haute voix :
« Se pourrait-il qu’ils m’aient eu ? [Voilà un « ils » bien transparent !] Est-il possible que dix docteurs ne puissent découvrir de quoi je souffre ? »

Et l’homme de commenter :
« Le président a été exposé à quelque chose, et j’incline à croire que cela pourrait être du gaz, ou quelque chose d’autre. Je ne connais pas tous les types de poisons, mais il y en a quelque 700 qui sont inconnus ? La dernière fois qu’il est tombé malade, le 12 octobre 2004, il a eu les mêmes symptômes : refus de manger et tous les symptômes de la grippe sans grippe. »

L’auteur de l’article mis en ligne sur le site de Palestine Media Center, va plus loin. Il rappelle, comme en passant, que, deux semaines avant la visite des supporters, évoquée par Abdul Rahman, le cabinet d’Ariel Sharon avait pris la décision d’expulser Arafat de son quartier général de Ramallah. Le verbe anglais utilisé par le rédacteur est « remove », et il l’assortit de guillemets, comme pour bien signifier ce qu’il faut entendre par ce mot. On sait, en effet, que l’un des sens de « remove » est ’liquider’ par le meurtre. Et qu’on n’aille surtout pas croire que l’incongruité d’une telle déclaration israélienne - censée « annoncer », de manière allusive, l’empoisonnement d’Arafat - aurait dû dissuader les théoriciens de la thèse du complot d’utiliser une aussi ridicule ’évidence’. Nous ne sommes pas au pays de Descartes, mais au Proche-Orient, lieu de naissance des Contes des Mille et une Nuits ?

L’auteur du libelle qui s’affiche sans pudeur sur le site du PMC insiste sur le fait que la croyance en un empoisonnement du dirigeant historique palestinien est très répandue parmi les membres de l’appareil politique. A cet effet, il cite Faruq Al-Qaddumi, successeur d’Arafat à la tête du Fatah, qui déclarait à des journalistes, au cours d’une conférence de presse conjointe avec le ministre des affaires étrangères libanais, Mahmoud Hammoud :
« Sa mort est due au poison. Tous les traitements et les examens médicaux ont exclus toutes les maladies auxquelles on pouvait penser : telles la leucémie ou le Sida ? Pourquoi toutes les plaquettes de sang ont-elles continué à se désintégrer ? Il n’y a pas d’autre raison. »

L’auteur appelle ensuite à la rescousse Nasser Al-Kidwa, neveu d’Arafat et délégué de l’OLP à l’ONU, qui résumait, à la normande, son point de vue sur la question, en ces termes :
« Nous n’avons pas de preuve suggérant qu’il ait été empoisonné. [Mais] nous n’avons pas de preuve certaine du contraire. »

Enfin, il invoque le témoignage du docteur Ashraf Al-Kurdi, qui fut le médecin attitré d’Arafat, et qui déplore :
« Les médecins français auraient dû procéder à une autopsie pour déterminer si un empoisonnement a été la cause de la mort ou non. »

En attendant d’en savoir plus sur ce nouveau mystère et possible assassinat - de la main de vous savez qui -, l’Autorité Nationale Palestinienne a promis de rendre publiques les causes de la mort d’Arafat et a constitué une commission d’enquête à cet effet.

En Europe, et plus particulièrement en France, on a coutume d’ironiser sur les commissions d’enquête. C’est, affirment les sceptiques, le moyen le plus sûr de gagner du temps, en attendant qu’une affaire explosive ne soit plus à la Une de l’actualité, voire de l’enterrer , ajoutent les cyniques.

Un point au moins de ce persiflage s’est déjà vérifié : ni Arafat, ni sa mort ne font plus les manchettes de la presse. Et il est vraisemblable que l’enquête n’aboutira à rien de substantiel, dans un sens ou un autre, et que son résultat sera aussi sûrement enterré que le corps de la ’victime’.

L’ennui, c’est que les rumeurs ont la vie dure et survivent souvent très longtemps à la disparition de ce qui leur a donné naissance. Les Juifs, au fil des siècles, et Israël, depuis des décennies, en savent quelque chose.

Le pire, c’est que, dans ce cas de figure, notre culpabilité ne fait déjà aucun doute pour l’opinion publique arabe. En effet, non seulement ce jury populaire - aux dimensions de la Oumma - a devant lui l’objet du délit : le corps empoisonné du ’martyr’ Arafat, mais encore, la date du forfait (2), perpétré par on sait bien qui .


Notes

(1) Je dépends ici de la version qui figure, en anglais, sur le site PMC (Palestine Media Center), sous le titre : « Ahmad Abdul Rahman : Arafat Was Poisoned on September 25, 2003 » <http://www.palestine-pmc.com/details.asp?cat=1&amp ;id=758> .

(2) Rappel (ci-dessus, 3ème paragraphe) : « C’était le 25 septembre 2003. Le président avait serré les mains d’une trentaine de personnes, avant de sortir pour aller vomir. C’est à partir de ce moment que l’état de santé du président a commencé à se détériorer lentement. »



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