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Candeur ou mauvaise foi ?

Par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international,

Il n’y a, certes, aucune raison de mettre en doute l’information brute donnée par le journaliste français, qui reprend les informations publiées par le journal israélien Haaretz et confirmées par les autorités militaires israéliennes.

De fait, dès le 13 octobre dernier, Israël avait pris des dispositions, qui ne devaient, toutefois, entrer en application que six mois plus tard, permettant d’arrêter puis d’expulser les personnes résidant en Cisjordanie sans autorisation.

Avant d’évoquer les commentaires du correspondant du Monde , signalons la réaction du Quai d’Orsay.

A la question : « Quelle est votre réaction au plan israélien d’expulser des milliers de Palestiniens de la Cisjordanie, révélé hier, sous prétexte qu’ils sont « infiltrés » et n’ont pas par conséquent le droit d’y résider ? » (souligné par nous).

Le diplomate français a répondu : « Nous sommes très préoccupés par la récente décision des autorités israéliennes de modifier les règles d’expulsion des ressortissants palestiniens séjournant en Cisjordanie.. Nous appelons les autorités israéliennes, conformément au droit international, à respecter la liberté de résidence des Palestiniens en Cisjordanie et à leur permettre de circuler librement au sein des Territoires palestiniens » (souligné par nous).

Curieux « rappel à l’ordre », alors que, précisément, en admettant que formellement, la 4ème convention de Genève sur la protection des personnes civiles en temps de guerre, c’est à dire sur le statut des populations civiles en territoire occupé, s’applique bien en l’espèce, Israël est, au contraire, tenu de prendre toutes dispositions pour assurer le maintien de l’ordre (ex. :article 64).

Et c’est là qu’il s’agit de démystifier l’opération d’intoxication entreprise par le journal français, qui a, au moins, réussi à intoxiquer le porte-parole du Quai d’Orsay.

Car quelle est la raison de cette réglementation ?

Il s’agit de permettre aux responsables locaux de l’armée israélienne, comme d’ailleurs Laurent Zecchini l’indique, au passage, d’ordonner l’expulsion d’un « infiltré », ce qui n’est nullement un prétexte, quand on sait que le Hamas, non content d’avoir placé la bande de Gaza, sous sa botte, aimerait bien pouvoir en faire autant avec la Cisjordanie.

D’ailleurs, Laurent Zecchini est bien obligé de signaler, que comme le lui a fait remarquer un « haut fonctionnaire israélien » cette « politique d’expulsion des Gazaouis » est « discrètement soutenue par le Fatah ».

Effectivement, l’Autorité (sic) palestinienne, qui s’appuie sur le Fatah, se préoccupe, légitimement, des prochaines élections municipales palestiniennes, qui se dérouleront, en juillet prochain, et, dans cette perspective, manifeste, sans doute, son souci de ne pas se voir contester par des « infiltrés » à la solde du Hamas.

Ces derniers temps, l’armée israélienne a dû intervenir pour démanteler plusieurs réseaux en Cisjordanie, qui échappaient à la surveillance de l’Autorité (sic) palestinienne.

Et d’ailleurs le journaliste du Monde rapporte l’explication que lui a donnée un officier israélien : « D’un côté nous avons un partenaire avec lequel nous coopérons, de l’autre, nous avons un ennemi ».

Il ne s’agit donc pas, contrairement, à la question fielleuse par laquelle débute le reportage de Laurent Zecchini de savoir si « la politique du gouvernement israélien vise…..à rendre définitive la séparation de fait entre la Cisjordanie et la bande de Gaza », mais d’empêcher la contamination de la Cisjordanie par le Hamas.

La preuve en est, c’est que la directive militaire en question n’a aucun caractère d’automaticité, mais elle donne « toute latitude » aux commandants locaux de l’armée israélienne pour ordonner l’expulsion d’ « infiltrés », donc au cas par cas.

Ainsi l’évaluation de « dizaines de milliers de déportations » évoquée par Haaretz (une fois de plus ce journal n’hésite pas, par sa légèreté, à donner des armes aux adversaires d’Israël, indépendamment du fait que le journaliste français reprend l’expression – consacrée en anglais – de « deported » au lieu de sa traduction française d’ « expulsé ») est, selon un porte-parole de l’armée, cité par Laurent Zecchini, « exagéré(e) ». Il ne s’agirait que de « milliers ».

La différence est importante et pourtant, le journaliste français qui s’efforce de donner la parole aux autorités israéliennes ne peut, toutefois, pas s’empêcher de dramatiser, lorsqu’il écrit « ces expulsions pourraient potentiellement être massives ».

Et, bien évidemment, le diplomate du Quai d’Orsay, soucieux, comme à son habitude, depuis quelque temps, de « charger la barque israélienne » a pris des chimères pour une réalité et a, totalement, voulu ignorer les raisons de cette directive.

Que ne dirait pas le porte-parole du Quai si Israël, faute d’avoir pris des mesures préventives permettant d’écarter de Cisjordanie des fauteurs de troubles, était obligé d’intervenir pour rétablir l’ordre par la force, devant l’incapacité du Fatah ?

A croire – mais n’a-t-on pas dit que les Français avaient la mémoire courte ? – qu’au Quai d’Orsay on oublie que le Fatah a honteusement capitulé devant le Hamas dans la bande de Gaza, en 2007 ?

Ainsi, même quand Israël veut éviter le pire, il a tort….



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