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La France dans la mauvaise direction ?

Par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international.

C’est le moment que choisit Le Monde pour jouer, à nouveau, le rôle de « journal officieux » du Quai d’Orsay, qui fut le sien dans le passé, et d’indiquer, à la « Une » de son numéro daté du 27 janvier, que « Paris pousse l’Europe à avoir une attitude plus souple avec le Hamas ».

Or, sur son site Internet, en vis à vis avec le texte de ses correspondants à Bruxelles, le journal français rapporte que le commissaire européen au développement, Louis Michel, a exclu, lundi 26 janvier, lors d’une visite à Gaza, tout dialogue entre l’Union européenne et le Hamas. « Le Hamas est un mouvement terroriste. Il a raté une opportunité d’être un interlocuteur de la communauté internationale et il a été ce faisant indiscutablement un élément de la division du peuple palestinien », a déclaré M. Michel à la presse à Gaza. « On ne peut pas discuter avec un mouvement terroriste qui utilise le terrorisme comme moyen. Nous ne pouvons accepter que la manière dont le Hamas se comporte soit confondue avec de la résistance. Quand on tue des civils innocents, ce n’est pas de la résistance, c’est du terrorisme », a-t-il ajouté.

Pour être complet, Le Monde aurait pu rapporter, également, comme le fait le site du Nouvel Obs qu’en visite à Jabaliya dans la bande de Gaza, Louis Michel a affirmé que le Hamas avait une « responsabilité écrasante » dans la guerre qui a ravagé le territoire palestinien, « Si on veut que l’UE puisse relancer un dialogue politique un peu minimal avec des chances d’apaisement et des chances d’aller vers la paix, il faut aussi que le Hamas accepte les deux petites conditions qu’on a formulées : un le droit à l’existence d’Israël et deux qu’il abandonne la lutte armée, la dimension terroriste de sa démarche », a-t-il ajouté.
On aurait pu, également, rappeler la 3ème condition : respecter les accords passés précédemment.

En tout état de cause, pour quelqu’un qui, comme le rappelle RTLInfo.be était « monté au créneau contre l’offensive israélienne », c’est un « retournement de veste ».

Mais – et cette fois c’est inquiétant – on serait presque tenté – si on ne connaissait pas les circonvolutions habituelles de Bernard Kouchner – de parler également de « retournement de veste » de la part de la France.

Déjà, dans Le Point du 22 janvier, un reportage tendancieux, car ne donnant la parole qu’à des pacifistes israéliens et au n° 2 du Likoud, comme antidote, avait fait une allusion au fait que lors de son récent passage à Jérusalem « Nicolas Sarkozy a déclaré qu’un gouvernement d’union ne serait plus boycotté par l’Europe comme en 2006 ».

C’était déjà délivrer, par avance, sans condition, un brevet de respectabilité au Hamas.

Lors de son point de presse du 23 janvier, le porte-parole du Quai d’Orsay déclarait : « Nous souhaitons que ces cycles de destruction-reconstruction cessent. Pour cela, il faut mettre en place les éléments constitutifs d’un règlement durable, il faut relancer le processus de paix, s’atteler à l’objectif de création d’un Etat palestinien viable et démocratique, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël. Les efforts que nous menons actuellement visent à briser ce cycle ».

Formules quelques peu absconses que l’interlocuteur spécialiste des questions « vicieuses » sur le Moyen-Orient lui demanda d’éclaircir : « Concernant le Hamas, j’ai bien compris que la position de la France avait changé de manière très subtile mais elle ne représente qu’un/vingt-septième d’un des membres du Quartet. Je souhaite savoir si la France va faire pression sur le Quartet pour qu’il change de position et qu’il soit prêt à parler au Hamas sans que le Hamas reconnaisse Israël ? » (souligné par nous)

Réponse toute diplomatique : « Pression n’est pas le mot approprié. Nous ferons part de nos vues sur cette question. La France n’entretient pas de dialogue avec le Hamas, ce qui ne l’empêche pas de faire passer des messages au Hamas par l’intermédiaire de pays ou d’acteurs qui entretiennent ce dialogue. Nous avons dit que nous serions disposés à discuter directement avec le Hamas dès lors que ce mouvement respectera le processus de paix .

Nous allons exprimer à nouveau cette position, notamment lundi à l’occasion du CAGRE. Une ligne commune sera dégagée suite aux échanges entre les vingt-sept ministres. C’est cette ligne commune qui sera ensuite défendue par la présidence de l’Union européenne, avec Javier Solana, en tant que représentant de l’Union européenne dans le Quartet » (souligné par nous).
De fait, le porte-parole du Quai d’Orsay de préciser, à la suite d’autres questions tendant à le pousser dans ses derniers retranchements : « Nous serons disposés à travailler avec un gouvernement d’entente nationale palestinien qui respecterait les principes du processus de paix . Dès lors qu’il s’engagerait sur cette voie, nous serions disposés à travailler avec l’ensemble du gouvernement (souligné par nous).
Or, cette formule est tout à fait imprécise, alors que les trois conditions posées par l’Union européenne, dès l’arrivée au pouvoir du Hamas, en 2006, étaient très claires.

Et, à cet égard, notre inquiétude est aggravée par les précisions apportées par Le Monde .

Dans la perspective de la réunion des 27 ministres des affaires étrangères, « Paris s’est mis à plaider discrètement pour une forme d’ouverture en direction du mouvement islamiste », car « l’idée est de rompre avec l’ostracisme dans lequel le Hamas est tenu officiellement ».

« Un glissement a eu lieu dans le vocabulaire officiel français. Le Hamas est désormais qualifié d’« interlocuteur », terme employé par le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner. Le Quai d’Orsay met en outre l’accent, depuis plusieurs jours, sur l’une des trois conditions fixées au Hamas pour qu’un dialogue puisse s’enclencher : la renonciation à la violence. Celle-ci est décrite comme « l’élément fondamental » ».

De là à considérer que le fait d’accepter simplement l’idée d’un cessez-le-feu (le Hamas serait d’accord pour un an…..ce qui ne manquera pas d’entraîner l’enthousiasme de Bernard Kouchner, alors que le précédent n’avait duré que six mois…) serait suffisant, du moins pour l’horizon limité de la diplomatie française.

Même le commissaire européen Louis Michel, peu enclin à manifester une grande sympathie pour Israël, réclamait la reconnaissance de l’Etat d’Israël.
Un cessez-le-feu de x mois, une trêve de y années n’ont aucun sens.
On ne peut, quand même pas, demander aux Israéliens de faire confiance à des gens, qui se bornent à repousser de quelques mois, voire de quelques années leur objectif de les tuer.

Seuls des simples d’esprit peuvent imaginer que « si le Hamas acceptait le processus de paix cela équivaudrait à une forme de reconnaissance d’Israël ».
Tel est pourtant l’espoir de la diplomatie française, rapporté par Le Monde, qui se doit cependant d’ajouter que selon un diplomate : « Du moins faudrait-il faire preuve de créativité, en jouant sur les flous ».

Décidément, paraphrasant ce que Clemenceau aurait dit (« la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier à des militaires »), on serait tenté de dire que la recherche de la paix au Proche-Orient est une chose trop sérieuse pour la confier à des diplomates français, voire au ministre français des affaires étrangères.



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