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Beaucoup de bruit pour pas grand-chose….

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

Certes, sur le plan politique, ce geste est de nature à rompre l’isolement dont fait, souvent, l’objet Israël sur la scène internationale, où mis à part le soutien indéfectible des Etats-Unis, rares sont les pays (ex. : Australie, Canada) qui lui apportent, notamment, aux Nations Unies, un soutien appuyé.

Même la France, suivant les moments, apparaît tiraillée entre l’empathie avérée du président Sarkozy et la réserve, pour ne pas dire l’hostilité traditionnelle, du Quai d’Orsay.

A cet égard, l’attitude fréquemment divergente adoptée d’une part, par l’ambassadeur en Israël (en poste à Tel Aviv) et le Consul général à Jérusalem est tout à fait révélatrice de cette dichotomie de la politique française.

Certes, les médias anti-israéliens et les organisations palestiniennes se sont empressés de crier à la « capitulation devant Israël », alors que ce qu’il est convenu d’appeler le « rehaussement du dialogue politique entre l’Union européenne et Israël » ne présente nullement ce caractère, non seulement quant à son contenu, mais, également et surtout, quant à son contexte.

Sur le fond, Israël passerait, pour reprendre la formule de Michel Bôle-Richard, correspondant à Jérusalem, du journal Le Monde , dans le numéro daté des 21-22 décembre, du statut d’associé établi en 1995, et entré en vigueur en 2000, à celui de « partenaire privilégié ». Cela se traduira, notamment, selon le résumé qu’en a fait le journaliste du Monde , par trois réunions annuelles au niveau des ministres des affaires étrangères, une coopération plus étroite en matière de sécurité, un dialogue sur les questions stratégiques, la possibilité d’organiser des sommets de chefs d’Etat et de gouvernements sur des questions spécifiques, une intensification du dialogue ministériel et parlementaire.

Sur ce dernier point, on s’étonnera de cet engagement pris par le Conseil affaires générales et relations extérieures s’agissant d’orienter les travaux du Parlement européen, jaloux de son indépendance et d’ailleurs peu animé, généralement, d’une empathie à l’égard d’Israël.

Mais, surtout, il ne s’agit que de discussions et non de plans d’action commune.

Sans doute, le document consacré aux rapports avec Israël est il relativement développé, mais le renforcement des relations avec Israël s’inscrit dans le cadre plus large du « Renforcement des relations de l’Union européenne avec ses partenaires méditerranéens » et si les Etats concernés (Maroc, Tunisie, Jordanie, Algérie, Libye, Egypte et Syrie) ne font l’objet que de quelques lignes, déjà l’approfondissement des relations avec l’Autorité palestinienne donne lieu à davantage de précisions.

Il est vrai que comme le rappelle Michel Bôle-Richard, Bernard Kouchner a fait remarquer que « le rehaussement des relations avec la Palestine allait suivre », « ce qui sera plus difficile, car les Palestiniens n’ont pas d’Etat ».

De plus, le contexte atténue sensiblement l’impression favorable qui se dégage de la lecture des divers niveaux de discussions, qui s’ouvrent au dialogue entre l’Union européenne et Israël.

Ainsi, dans les « Résultats du Conseil affaires générales et relations extérieures » de la réunion des 8-9 décembre dernier, rédigés par la présidence (française) de l’Union européenne, il est indiqué que « les ministres ont validé le principe du renforcement de la relation entre l’Union européenne et Israël, en particulier en matière de dialogue politique, et insisté pour que cet approfondissement incite les autorités israéliennes à faire plus pour améliorer les conditions de vie sur le terrain (gel immédiat de la colonisation, ouverture des points de passage vers Gaza , allègement des restrictions à la circulation qui étouffent l'économie et entravent la vie quotidienne des Palestiniens) » (souligné par nous).

Et dans les Conclusions du Conseil sur le Processus de paix au Proche-Orient, l’attitude est encore plus ferme car « l’Union européenne insiste pour que la situation sur le terrain change significativement, conformément aux engagements pris au titre de la feuille de route, pour renforcer la confiance mutuelle » (souligné par nous).

Heureusement, pour une fois, en premier lieu « l’Union européenne condamne toutes les violences spécialement à Gaza ainsi que les tirs de roquettes contre la population civile, qui doivent totalement cesser ; la lutte contre le terrorisme doit être poursuivie sans relâche. Le caporal Gilad Shalit doit être libéré sans condition ».

Mais immédiatement après, « L’UE reste profondément préoccupée par l’accélération récente de l’extension des colonies de peuplement. Il est urgent de mettre fin à la poursuite de la colonisation, ce qui inclut l’expansion naturelle, y compris à Jérusalem-Est . Celle-ci est contraire au droit international et elle compromet la création d’un Etat palestinien viable. Les entraves à la circulation vers les Territoires palestiniens occupés et à l’intérieur de ceux-ci doivent être levées, notamment pour favoriser le développement économique. La situation humanitaire à Gaza doit s’améliorer de toute urgence, grâce à la poursuite de la trêve, à la réouverture des points de passage et à la fourniture des biens et services au bénéfice de la population. La capacité des agences en charge de l’assistance, notamment de l’UNRWA, à fournir leur aide doit être assurée. Il importe enfin que les prisonniers palestiniens soient libérés en plus grand nombre, en priorité les mineurs » (souligné par nous).

Certes, n’y a t-il aucun lien entre le renforcement des relations avec Israël et les négociations de paix, mais seulement une déclaration parallèle.

Toutefois, Michel Bôle-Richard ne manque pas de se référer à de hauts responsables européens, qui ont fait valoir que « ce rapprochement permettrait à l’UE d’influer sur le cours du processus de paix » et le journaliste du Monde d’intituler son analyse « le pari israélien de l’Union européenne ».

Aussi, les dirigeants israéliens risquent d’être souvent mis sur le gril au cours des multiples réunions à divers niveaux programmés à compter d’avril prochain, c’est à dire au lendemain de l’arrivée vraisemblable d’une nouvelle équipe gouvernementale.

C’est là au moins une éventualité tout aussi vraisemblable que les bénéfices réels escomptés des modalités du rehaussement du dialogue politique.



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