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La rumeur de Saint-Jean-D’acre

Par Guy Senbel pour Guysen International News

Provocations et rumeurs surtout ont précipité les violences dans une ville qui a pour particularité d’assurer une cohabitation légendaire. Akko compte 50 000 habitants, deux tiers sont juifs et un tiers arabes ; ils vivent ensemble, incarnent une harmonie

Tout a commencé le 8 octobre au soir, veille du Grand Pardon. Jamel Tawfiq, un Arabe israélien, pénètre au volant de sa voiture, musique à fond, dans le quartier Wolfson du secteur mixte oriental de la ville d’Akko, où les Juifs qui y vivent en majorité, ont commencé les célébrations de la fête de Kippour. Les Juifs prient le conducteur de quitter les lieux. Des insultes répondent aux jets de pierres.

Plusieurs centaines d’Arabes lui portent secours lorsque la rumeur de son lynchage par des Juifs se répand, amplifiée par les haut-parleurs du minaret d’une mosquée de la vieille ville.
Les émeutiers avancent masqués et armés de couteaux et de pierres. Aux cris de « D. est grand » et « Mort aux Juifs », ils vandalisent une centaine de voitures, brisent des dizaines de vitrines. L’expédition vengeresse des émeutiers a des allures de pogroms. Les Juifs, convaincus qu’il s’agit d’une provocation délibérée, réagissent et descendent à leur tour dans la rue pour répondre aux violences.

Le scénario ressemble à s’y méprendre aux émeutes d’octobre 2000, des émeutes identiques qui firent treize morts parmi les Arabes israéliens, et conduisirent à la deuxième Intifada.

Huit ans plus tard, le spectre d’une troisième Intifada engage les responsables politiques et communautaires, arabes et juifs, à condamner les émeutes et les violences intercommunautaires. Voilà pourquoi Ehoud Olmert, Premier ministre démissionnaire, et Tzipi Livni, invitent à « calmer les esprits ». D’ailleurs, les policiers ont reçu l’ordre de ne pas utiliser leurs armes à feu dans l’exercice du maintien de l’ordre. Et la condamnation du conducteur, qui s’est excusé devant la Commission de l’Intérieur du Parlement, est pour le moment une symbolique assignation à résidence. Quant aux émeutiers arrêtés, ils appartiennent aux deux communautés. Ils seront jugés sur leurs actes, non d’après leurs origines. C’est l’application du principe « tolérance zéro » exigé par Ehoud Olmert. Par précaution, la police a d’ailleurs dépêché des renforts dans les autres villes où cohabitent Juifs et Arabes, comme Haïfa, ou Jaffa, qui jouxte Tel-Aviv.

Les responsables gouvernementaux multiplient les déclarations destinées à calmer les esprits, ils invitent les uns et les autres à vivre ensemble. Lundi 13 octobre, Shimon Peres lance un véritable appel à la réconciliation, « Essayez de vivre ensemble en dépit de vos différences. Il y a deux religions, mais une seule loi pour tous ». En écho, le député arabe israélien Abbas Zakour déclare solennellement « Nous, Arabes de Saint-Jean-D’acre, condamnons le conducteur qui est sorti avec sa voiture le soir de Yom Kippour. Il aurait du faire tout son possible pour rentrer chez lui sans voiture dans ce quartier qui est majoritairement juif ».

Alors que les politiques israéliens, arabes et juifs, affirment avec vigueur leur souci de mettre un terme à l’incident, et de tourner une mauvaise page de l’histoire des relations judéo-arabes en Israël, la rumeur de Saint-Jean-D’acre, et les violences qu’elle a suscitées, alimentent toutes les passions politiques dans les pays qui revendiquent des positions extrémistes.

Le Hamas salue la « résistance à l’oppression sioniste », et le Hezbollah évoque « la résistance héroïque visant à protéger leur terre et leur honneur des assauts violents et barbares des sionistes ». Solidaires d’une victime imaginaire, ils interprètent à leur tour une rumeur de lynchage comme une réponse à la politique d’oppression d’Israël à l’égard des Arabes. La Syrie adopte la même position, catégorique et infondée. Damas évoque la volonté israélienne « de vouloir expulser les Arabes de la ville mixte d’Akko » et le journal syrien « Tishrin » renchérit en évoquant la « purification du territoire de toute présence arabe »…

La rumeur de Saint-Jean-D’acre n’aura pas empêché Israël de poursuivre des négociations majeures. Cette semaine, le gouvernement semble vouloir reprendre les négociations pour la libération de Guilad Shalit. Mais ce sont près de mille prisonniers palestiniens que le Hamas exige pour libérer le jeune soldat.

Un tel échange serait sans doute le dernier acte politique d’Ehoud Olmert, ou le premier, en tant que Premier ministre, de Tzipi Livni.

Ce soir, nos pensées vont vers Guilad Shalit, détenu par le Hamas depuis 846 jours, soldat de Tsahal, et dernier otage français.



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