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Le démantèlement des implantations de Gaza ?

Par Jean Tsadik © Metula News Agency

Cette faiblesse dans la concordance des temps n’est cependant pas une raison suffisante pour ne pas prendre très au sérieux l’interview publiée ce matin par notre confrère Haaretz, dans laquelle Sharon annonce le démantèlement ou déplacement de toutes les 17 implantations juives situées dans la bande de Gaza, ainsi que de 3 autres en Cisjordanie. Pour comprendre la nécessité d’entendre assidûment le propriétaire du ranch des Sycomores, il faut un minimum de connaissance du microcosme politique israélien ainsi que de la sensibilité du public indigène. Lors, dans le cas présent, la déclaration d’intention de Sharon est presque plus significative que l’acte lui-même. C’est un peu comme si le Président Chirac avait annoncé son intention d’octroyer son indépendance à l’Ile de Beauté, c’est un gros coup de tonnerre qui retentit dans l’éther d’hiver.

Au point qu’hier soir déjà, les motions de censure déposées à la Knesset par le parti travailliste et par les ultra orthodoxes séfarades du Shaas n’ont échoué que d’une seule voix chacune. Encore que, pour sauver la face, la majorité a du rameuter à la 90ème minute un député qui passait des vacances, qu’il voulait paisibles, sur les bords de la mer Morte.

Ce matin, on assiste à un véritable déchaînement des passions et à l’apparition du nom du Premier ministre, peint par des militants d’extrême droite à côté d’une Swastika, sur des vitrines de Jérusalem. Un sondage de l’institut Dahaf, pour le Yedioth Aharonot, montrait, dans le même temps, que 59% des Israéliens soutenaient la position de Sharon quant à l’abandon des implantations, contre 34% des sondés qui s’y opposaient.


L’expression rupestre de l’extrême droite israélienne : Du déjà vu à Paris, par le même genre de cerveaux simplificateurs.

Au-delà de ce rapport de forces, qui illustre correctement le sentiment assez constant du public face à la question des implantations, se profilent des questions beaucoup plus politiques, qui menacent la stabilité de l’actuel gouvernement. Des composants d’icelui, comme l’Union nationale et le parti national-religieux du Mafdal, représentants du mouvement des implantations, ne pourront pas rester indéfiniment dans la coalition, ce qui signifie que l’on pourrait assister à un renversement des alliances, sans convocation d’élections législatives anticipées. On assisterait à un recentrage du gouvernement, avec le départ des ministres de la droite dure, laïque et religieuse, et avec leur remplacement par des ministres travaillistes. Un tel agrégat, compte tenu du désistement prévisible de députés situés à la droite du Likoud, jouirait alors d’une majorité de 70 à 75 sièges, sur les 120 que compte le parlement.

L’heure de vérité pour la coalition actuelle, pourrait être très proche. Elle serait liée à la volonté exprimée à Haaretz de monsieur Sharon de présenter son plan de démantèlement au Président Bush, lors de sa visite à Washington prévue dans quelques jours. Pour Effi Eitam, le chef de file du Mafdal, il incombe à Ariel Sharon de faire adopter son plan au sein du gouvernement (où le Premier ministre n’est pas sûr du tout de recueillir le soutien de la majorité des ministres sur cette question) avant de le rendre public sur les rives du Potomac. Sinon, « il ne fait aucun doute qu’un engagement public international de ce genre serait le début de la fin de ce gouvernement ».

Sharon, qui a fait comprendre, dans son entrevue, que fort de l’appui populaire dont il jouit, la coordination de sa politique avec celle de George W. Bush lui importait plus que l’opinion de ses ministres et que celle du comité central du Likoud. Il y a notamment déclaré qu’ « il est important que tout ce que nous faisons fasse partie de la vision de Bush et s’adapte au concept américain ».

Mais aussi, et c’est là qu’il emporte l’adhésion du gros du peuple, lassé de risquer la vie de ses soldats de milice pour garder quelques familles d’edennistes ?, installées sans avenir en face de centaines de milliers de Palestiniens hostiles et agacé de consacrer à la protection de ces personnes et de leurs biens, des sommes astronomiques qui manquent à assurer les engagements fondamentaux de l’Etat envers ses habitants. Aussi, lorsque le Premier ministre, malgré les nombreuses casseroles qu’il traîne à ses souliers et qui suscitent la nausée, s’exclame : « Qu’y pouvons-nous ? Il n’est pas possible de laisser à elle-même la situation existante. Ceci est important et vital dans la perspective sécuritaire et cela doit être fait », il sait qu’il peut aller à la Maison Blanche sans crainte de se retourner.



Note ? 7.500 personnes, réparties dans 17 implantations et gardées par près de 20.000 militaires. Certaines implantations, comme Névé Yam, ne comptent que deux familles, trois à Kerem Atzmona.



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