De qui se moque-t-on ?

par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

lundi 21 janvier 2008

De son propre chef, la porte-parole du Quai d’Orsay, se faisant l’écho de certaines in formations relayées par les médias, a cru devoir, lors de son point de presse du 21 janvier, faire la déclaration suivante, à propos de Gaza « La France déplore vivement la décision prise par le gouvernement israélien de mettre en oeuvre le blocus de Gaza qui a pour conséquence, notamment, la coupure de l’alimentation en électricité. Nous exprimons notre très vive préoccupation face à la situation humanitaire à Gaza. Les mesures mises en oeuvre conduisent à punir collectivement l’ensemble de la population civile, déjà très affectée. La France appelle à la réouverture des points de passage et à la reprise immédiate des livraisons de fioul afin de permettre le redémarrage de la centrale électrique ». :


Enfin - il était temps - la diplomate française a, quand même, ajouté : « La France réitère sa condamnation de toutes les formes de violence et appelle avec la même fermeté à la cessation des tirs de roquettes. Il n’y a pas de solution militaire à cette situation ».

Or, la veille, dimanche soir 20 janvier, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, avait pourtant diffusé un communiqué, en réponse aux comptes-rendus des médias concernant les coupures d’électricité à Gaza, selon lequel : « La fourniture d’électricité à Gaza par les réseaux israélien et égyptien (respectivement 124 Megawatts et 17 Megawatts) continue de façon ininterrompue. Ces 141 Megawatts représentent environ 70% des besoins en électricité de Gaza ».

Et les autorités israéliennes précisaient qu’ « alors que la fourniture en carburant par Israël à la bande de Gaza a en effet été réduite -en raison des attaques de roquettes du Hamas, le détournement de ce carburant des générateurs d’électricité domestiques vers d’autres utilisations est une décision pleine et entière du Hamas, décision apparemment prise dans un esprit de propagande destiné aux médias ».

Car, selon le communiqué israélien : « il est remarquable de noter que tandis que la population de Gaza demeure dans le noir, les générateurs électriques des industries de fabrication de roquettes du Hamas continuent de fonctionner sans diminution de régime ».

Pour Israël, « la plainte du Hamas selon laquelle il y a une crise humanitaire à Gaza est largement exagérée. Il n’y a pas carence de produits alimentaires de base, et les malades de Gaza qui ont besoin de soins dans des hôpitaux israéliens continuent d’être admis en Israël ».

Et le communiqué de l’Ambassade d’Israël à Paris, reprenant le texte rendu public à Jérusalem, renvoyait à une déclaration de Miko Tsarfati, le président du comité des travailleurs de la Israel Electric Corporation (IEC, compagnie nationale israélienne d’électricité), qui fournit, donc, encore près de 70% de l’électricité à la bande de Gaza.

Miko Tsarfati se dit indigné par la plainte palestinienne. « C’est une feinte palestinienne, dit-il. Personne n’a cessé de fournir de l’électricité à la bande de Gaza », soulignant que les employés travaillent nuit et jour dans une station électrique à Ashkelon, se mettent eux-mêmes en danger d’être touchés par des roquettes Qassam tirés sur cette zone. Et la compagnie d’électricité enverrait des gens réparer les coupures d’électricité causées par des salves de roquettes Qassam tirées tous les jours sur Sdérot et les environs, et plus d‘un travailleur aurait déjà été blessé dans ces attaques.

On est alors en droit de se demander si le Quai d’Orsay ne se moque pas du monde.

Car de deux choses l’une : ou les informations fournies par Israël seraient inexactes et alors, ayant été données dimanche, lundi, la porte-parole du ministère français ne pouvant les ignorer, aurait dû s’y référer et les mettre en doute ou alors - ce qui est plus que vraisemblable - les autorités françaises reprennent leur fâcheuse habitude d’ « aboyer avec la meute », sans vérifier leurs informations.

On attend des explications.


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