La guerre du Liban (2006) et le droit humanitaire

par David Ruziť, professeur ťmťrite des universitťs, spťcialiste de droit international

lundi 10 septembre 2007

A quelques jours d’intervalle Human Rights Watch (HRW) a rendu publics deux rapports ťtablis sur le comportement des deux principales parties dans ce qu’il est convenu d’appeler la ę Guerre du Liban Ľ, qui eut lieu durant l’ťtť 2006


Rappelons que cette organisation non gouvernementale, bas√©e aux Etats-Unis, se consacre, depuis 1978, √† la protection de ce qu’il est convenu d’appeler, en anglais, les droits humains (ce qu’en fran√ßais on continue √† qualifier de « droits de l’homme ») des peuples du monde entier.

La date de 1978 correspond √† la signature de l’Acte final d’Helsinki, le 1e ao√Ľt 1975, entre 35 pays (Etats-Unis, Canada et 33 pays d’Europe) participant √† une conf√©rence sur la s√©curit√© et la coop√©ration en Europe et qui, dans le cadre d’une d√©tente amorc√©e, en 1973, entre l’Est et l’Ouest, s’entendirent sur une s√©rie d’√©nonc√©s portant sur une vari√©t√© de th√®mes : la s√©curit√©, les √©changes √©conomiques, la coop√©ration scientifique et technologique, le respect des droits de l’Homme, les relations entre l’Est et l’Ouest.

C’est dans le prolongement de l’acte final d’Helsinki qu’a √©t√© cr√©√©e, par la suite, l’Organisation sur la s√©curit√© et la coop√©ration en Europe, qui regroupe, actuellement, 56 Etats et qui traite concr√®tement de diverses situations. en rapport avec ses objectifs.

Human Rights Watch poursuit donc une mission non-gouvernementale de surveillance dans le domaine des droits de l’homme.

Il est int√©ressant de signaler que, pour une fois, √† propos d’une m√™me situation - la guerre du Liban, en 2006 - la chronologie a √©t√© respect√©e, puisque l’organisation a rendu public la premi√®re partie de son enqu√™te qui concernait le comportement du Hezbollah qui, ne l’oublions pas, car trop de gens ont tendance √† l’oublier, a √©t√© √† l’origine du d√©clenchement de cette guerre (enl√®vement de soldats isra√©liens et tirs incessants de roquettes sur la Galil√©e).

Comme l’a fort bien r√©sum√©, Mouna Na√Įm, correspondante du journal Le Monde (num√©ro dat√© du 31 ao√Ľt 2007), pourtant peu suspecte de sympathie pour Isra√ęl, le rapport en question « √©pingle le Hezbollah pour crimes de guerre √† l’√©t√© 2006 ».

D’apr√®s HRW, des combattants du Hezbollah sont coupables de crimes de guerre pour avoir vis√© les populations civiles isra√©liennes, « parfois, volontairement, de l’aveu m√™me, en pleine guerre, de dirigeants du parti de D’...en riposte aux attaques isra√©liennes... » Et m√™me « dans certains cas pour obliger Isra√ęl √† d√©clencher une offensive terrestre » qui aurait donn√© l’avantage aux combattants du parti.

Dans ces conditions, on comprend que le Hezbollah ait empêché HRW de donner une conférence de presse pour présenter publiquement son rapport.

On ne sera pas non plus surpris que le premier ministre libanais, dont le parti pris farouchement isra√©lien est bien connu, ait « d√©plor√© » que HRW « n’ait pas commenc√© par Isra√ęl, pour montrer l’horreur des crimes commis contre les civils libanais ».

C’est ce qui s’appelle ne pas manquer d’audace.

On ne peut que regretter que le chef d’un gouvernement responsable d’un pays, avec lequel pourtant Isra√ęl n’est pas en guerre, ait l’outrecuidance de soutenir que « c’est le Liban qui est la victime de la violation par Isra√ęl de tous les usages et conventions internationaux » (soulign√© par nous).

La semaine suivante, plus pr√©cis√©ment, jeudi 6 septembre, HRW « se devait » de respecter le sacro-saint parall√©lisme dans les condamnations et selon le compte rendu apparu dans les m√©dias, Isra√ęl est accus√©, dans son rapport, « d’avoir attaqu√© sans distinction civils et combattants au Liban en 2006 ».

HRW, oubliant , volontairement, d’√©voquer les conditions dans lesquelles les rampes de lancement de roquettes √©taient install√©es par le Hezbollah, camoufl√©es parmi les habitations civiles, reproche le « non-respect fr√©quent par Isra√ęl d’une obligation fondamentale des lois de la guerre : le devoir de faire la distinction entre les cibles militaires, qui peuvent √™tre attaqu√©es et les civils qui ne doivent pas √™tre vis√©s ».

C’est aller un peu vite en besogne que de reprocher √† Isra√ęl une « irresponsable indiff√©rence quant au sort des civils libanais ».

Isra√ęl √©tait en √©tat de l√©gitime d√©fense en ripostant aux tirs dirig√©s contre son territoire.

D’ailleurs, HRW est bien oblig√©e de reconna√ģtre qu’Isra√ęl a lanc√© des appels aux civils d’√©vacuer le Liban sud, mais n’h√©site pas √† lui reprocher « qu’il savait qu’ils ne l’avaient pas fait ».

De fait, la responsabilit√© de cette √©vacuation - √† d√©faut de s’√™tre oppos√© aux manŇďuvres du Hezbollah - incombait au gouvernement libanais, qui s’est bien gard√© de le faire, trop content de pousser Isra√ęl √† la faute....

Il faut noter, en tout cas, qu’en m√™me temps que les journaux rendaient compte de ce rapport, ils faisaient √©tat des « r√©futations isra√©liennes « (v. notamment Le Monde dat√© du 7 septembre), rappelant, notamment, que le coordonnateur de l’aide de l’ONU dans la r√©gion, reprochait, √† l’√©poque, aux hommes du Hezbollah de chercher « √† se mettre √† couvert √† proximit√© des postes de l’ONU et de la population civile ».

En revanche, nous ne pensons pas que la formulation relative √† l’accusation √† l’encontre du Hezbollah d’avoir utilis√© les civils comme des « boucliers humains » soit tout √† fait exacte.

La tactique suivie par le Hezbollah ne nous semble pas comparable à celle suivie, à un moment donné, par Saddam Hussein, qui avait placé volontairement des civils, voire des étrangers, sur des sites militaires.

De fait et ceci est tout aussi condamnable au regard du droit international, sans que l’on puisse n√©cessairement parler de « boucliers humains », le Hezbollah a volontairement plac√© des installations militaires, parmi la population civile.

Et, r√©agissant √† distance, les Isra√©liens ne pouvaient √©videmment pas, √©viter des « d√©g√Ęts collat√©raux », volontairement provoqu√©s par le Hezbollah.

Au cours d’une conf√©rence de presse tenue √† J√©rusalem, le directeur ex√©cutif de HRW devait reconna√ģtre que « les combattants du Hezbollah n’exhibent que rarement leurs armes en public et ne portent pas r√©guli√®rement un uniforme, ce qui en fait des cibles difficiles √† identifier ».

Mais on reste confondu devant la candeur de cet « humanitaire » qui en tire la conclusion que « cela ne peut justifier le fait que les forces de d√©fense isra√©liennes ne fassent pas de distinction entre les civils et les combattants ».

On aurait aim√© savoir quelle solution ce « donneur de le√ßons » aurait sugg√©r√©.

Certes, les quelques centaines de civils libanais morts, tandis qu’Isra√ęl en comptait une centaine, sont incontestablement des pertes en vies humaines regrettables.

Mais Isra√ęl ne pouvait pas « rester l’arme au pied » devant l’intensification des tirs.

En conclusion, on regrettera que URW n’ait pas « √©pingl√© » les gouvernements libanais successifs, depuis une trentaine d’ann√©es, qui ont laiss√© des milices √©trang√®res transformer le Liban sud en base d’attaques terroristes contre Isra√ęl.

Ce sont eux les vrais responsables des morts enregistrées depuis plusieurs décennies.


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