Le Moyen Orient : venez ! Et rťflťchissons ensemble !

Par Barry Rubin | Jerusalem Post le 26/08/07. Traduit par Albert Soued

jeudi 30 ao√Ľt 2007

« Discuter, tempťrer et diviser » , aujourd’hui, c’est la mantra de tous ceux qui se targuent de faire de la politique au Moyen Orient, que cela soit des ministres des affaires ťtrangŤres, des rťdacteurs en chef de journaux, des universitaires ou toute autre personne fabriquťe par l’industrie du « politiquement correct ». Pourtant rien ne semble plus ťvident que cette triple assertion, car, aprŤs tout, il n’est pas mauvais de parler aux forces radicales et de chercher ŗ les persuader de changer d’opinion ou mÍme ŗ les diviser. Mais ce n’est pas le cas au Moyen Orient oý « ces bonnes idťes » sont non seulement nocives mais dangereuses.


1. Discuter - N’est-il pas n√©cessaire de parler √† ses ennemis ? Autrement, comment les amener √† changer d’avis ? Mais cela d√©pend √† qui vous parlez, quand et comment. Car en « parlant gentiment » √† l’Iran, √† la Syrie ou au Hamas, par exemple, voil√† √† quoi vous vous exposez. D’abord, examinons les pr√©c√©dents. Si tous les efforts pass√©s ont √©chou√©, cela signifie que continuer √† parler a peu de chances d’aboutir et qu’il faut employer d’autres moyens. Entre 2001 et 2005, les Etats-Unis ont exp√©di√© en Syrie de nombreuses d√©l√©gations de haut niveau pour d√©couvrir que leur interlocuteur ne cessait pas de mentir. On n’a arr√™t√© ce type d’exp√©ditions que lorsque le gouvernement syrien a assassin√© l’ex-premier ministre libanais Rafik Hariri, homme politique populaire.

En ce qui concerne l’Iran, la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne ont consacr√© plus de trois ans en vaines conversations diplomatiques, au sujet du programme nucl√©aire iranien. Pendant ce temps, ce pays n’a cess√© de mentir, de trahir ses promesses et ses engagements, tout en poursuivant √† toute allure son enrichissement d’uranium, pour produire des bombes. Et voil√† que l’Agence de contr√īle de l’Onu, l’AIEA annonce un nouveau programme de contr√īle... pouah ! T√©h√©ran en tremble ! De qui se moque-t-on ? Et les discussions iront bon train jusqu’au jour o√Ļ √©clatera la 1√®re bombe iranienne !

Ensuite, dans toute discussion, il y a un moment favorable. Or pour montrer sa bonne volont√© vis-√†-vis d’interlocuteurs intransigeants, l’Occident a pris l’habitude de commencer par faire des concessions. La r√©ponse ne se fait pas attendre et g√©n√©ralement l’interlocuteur joue √† la victime bless√©e, se fait prier et quand il daigne parler aux Occidentaux, c’est comme s’il leur faisait une faveur. Et cela continue encore au cours des pourparlers. L’Occident ne cesse de donner des gages pour maintenir la discussion et ne re√ßoit rien en √©change. Au bout du processus, l’Occident n’a rien obtenu et n’a rien chang√©. En fin de compte, la partie radicale n’a m√™me pas besoin de crier « au voleur ! », et parfois il lui arrive m√™me de le faire.

On pourrait penser que l’Occident changerait de m√©thode pour amener le partenaire √† ses vues. Nenni ! Il continue comme avant, de peur que l’interlocuteur ne se f√Ęche et ne quitte la salle. Tenez le Hamas, par exemple. M√™me quand il poursuit ses actes de terrorisme, on continue √† lui envoyer de l’argent, on ne le sanctionne pas, de crainte qu’il ne se f√Ęche ! Et si une mesure de r√©torsion est prise, devinez qui on accuse de rompre les pourparlers.
Cela a toujours fonctionn√© de cette mani√®re, souvenez-vous du processus de paix d’Oslo de 1990 avec l’OLP. Et, au bout de toute discussion, quels qu’en soient les r√©sultats, quand elle s’adresse √† son public en arabe ou en persan, la partie radicale crie victoire. Elle annonce que l’Occident a perdu, qu’il est effray√©. Entre temps, la cr√©dibilit√© de celui-ci s’effondre et sa dissuasion n’a plus de sens, entra√ģnant de ce fait encore plus d’extr√©misme et plus d’agression.

2. Temp√©rer - Chercher √† temp√©rer des forces radicales est un combat sans issue. La r√©ponse la plus r√©aliste est que ces forces ne recherchent pas la mod√©ration. Pourquoi faire ? L’Occident a un point de vue d√©form√© pensant que l’Iran, la Syrie, le Hamas, le Hezbiollah et les islamistes radicaux ont des militants agissant √† contre coeur, oblig√©s de se radicaliser √† cause de malentendus ou par manque d’alternatives.

En fait ces militants adoptent cette position mus par une foi r√©elle, ou par ambition. Leur id√©ologie est puissante et elle est la voie qui les m√®nera au pouvoir, √† la gloire, √† l’argent. Pour eux, agir autrement, c’est devenir un traitre r√©pugnant et il est inconcevable qu’on puisse leur faire changer d’avis, surtout si cela vient d’un ennemi qu’ils ont toujours ha√Į et cherch√© √† d√©truire.

De plus, ils sont convaincus qu’ils sont gagnants et leur exp√©rience les confirme dans cette id√©e, d’autant plus que l’Occident n’arr√™te pas de les solliciter pour des « conversations ». Et ce n’est qu’en pensant qu’ils sont en train de perdre, apr√®s de lourdes sanctions, qu’ils pourraient revoir leur strat√©gie ou leurs tactiques. Et pourtant, une pr√©sence massive de troupes en Irak montre qu’il n’en est m√™me pas toujours ainsi.

De m√™me, si un groupe ou un individu est convaincu de temp√©rer son radicalisme, ceci √©quivaut pour lui √† un suicide, du fait qu’il sera an√©anti ou assassin√© par un coll√®gue. Les « sunnis » mod√©r√©s d’Irak ont les mains li√©es, « car on ne peut pas n√©gocier quand on est d√©j√† mort... »

3. Diviser - Commen√ßons par les relations Syrie-Iran. De l’Iran, la Syrie re√ßoit :

Croire que la Syrie va abandonner cette manne pour d√©pendre d’un Occident en qui elle n’a aucune confiance, ou qu’elle va abandonner un argument de poids - la menace sioniste comme excuse aux √©checs du r√©gime et logique de sa survie - serait une pure folie.

On peut avancer des arguments parall√®les pour l’Iran qui a besoin d’un alli√© en Syrie pour satisfaire ses ambitions de pr√©√©minence dans la r√©gion, vis-√†-vis des Arabes et vis-√†-vis des Sunnites, puisque la Syrie est en majorit√© arabe et sunnite.

« Discuter, temp√©rer et diviser » cela r√©sonne comme une bonne strat√©gie, mais c’en est vraiment une tr√®s mauvaise.


Par Barry Rubin, directeur de « Global Research in International Affairs Center » √† l’IDC, Herzliya. Publi√© par le Jerusalem Post le 26/08/07. Traduit par Albert Soued, √©crivain


Nouveau livre d’Albert Soued Cliquez sur Quand le Moyen-Orient verra-t-il la lumi√®re ? <http://www.nuitdorient.com/livre.htm> 26,00 Euro - 411p -
Diffusion www.publibook.com/boutique2006/ <http://www.publibook.com/boutique2006> , ou www.fnac.com <http://www.fnac.com> ou www.amazon.fr <http://www.amazon.fr> , en tapant soued dans la rubrique livres, et dans toutes les bonnes librairies


Les textes

Mots-clés

Accueil