Cisjordanie : émergence d’une société civile palestinienne éclairée ?

Bertrand Ramas Muhlbach

dimanche 22 août 2021, par Desinfos

Depuis l’assassinat de l’opposant palestinien Nizar Banat (commis par l’Autorité Palestinienne le 24 juin 2021), on assiste à l’émergence d’une société civile palestinienne, éclairée, qui exprime son souhait de vivre dans la démocratie et la liberté. Il s’agit de membres issus de la classe moyenne palestinienne (instruits mais sans organisation, structure ou homogénéité) qui aspire au départ du Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas.


C’est sûrement vers ce groupement de palestiniens qu’Israël pourrait se tourner pour détruire l’idéologie palestiniste stérile et faire avancer le processus de coexistence harmonieuse entre juifs et palestiniens.

En août 2020, 15 organisations palestiniennes de défense des droits de l’Homme ont rédigé un document dit « de position sur l’indépendance du système judiciaire palestinien », dans lequel elles ont critiqué « l’ingérence du pouvoir exécutif palestinien dans le pouvoir judiciaire ». Elles y ont dénoncé la concentration du pouvoir entre les mains de l’AP, la nomination de juges de la Cour constitutionnelle en fonction de « considérations politiques, la mise à la retraite forcée de magistrats et la formation d’un conseil judiciaire transitoire qui place le pouvoir judiciaire sous le contrôle de l’exécutif.

Elles ont donc réclamé :

Pour autant, les palestiniens éclairés ne sont plus dupes : ils réalisent que l’Autorité Palestinienne (illégitime) n’est pas intéressée par les revendications des palestiniens en terme de libertés et de démocratie, mais juste par sa survie politique. Si les forces de sécurité de l’AP sont capables d’éliminer un opposant palestinien, uniquement parce qu’il conteste le leadership politique dans le cadre d’une expression démocratique, c’est que l’Etat de Palestine (en gestation) n’est qu’un Etat policier, non un Etat de Droit.

En outre, les palestiniens éclairés se désolent d’être enfermés dans les deux conceptions réductrices que leurs imposent les dirigeants palestiniens : d’une part, l’AP dit incarner la sensibilité de l’Organisation de Libération de la Palestine (sans véritablement rechercher une telle libération), tout en proposant un consensus (sans avenir) avec Israël, pour empêcher les actes terroristes contre les israéliens. De l’autre, le Hamas, entend islamiser toute la Palestine historique en recourant au terrorisme, tout en assurant vouloir se réconcilier avec l’OLP. Bien évidemment, ces deux courants, parfaitement inconciliables, sont incapables d’apporter le bien être aux palestiniens.

Enfin, cette partie de la population palestinienne a bien conscience de l’absence d’indépendance de l’Etat de Palestine qui vit, en grande partie, grâce aux perfusions financières (ininterrompues) de la communauté internationale. Comme les dotations financières le sont à la fois en direction de la société civile mais, également, pour assurer la sécurité dans les zone A et B de Cisjordanie et celle des israéliens (dans le cadre de la coordination sécuritaire), le contexte ne laisse aucune place au changement et à la diversité politique.

Cette tendance nouvelle en Cisjordanie pourrait bien avoir un impact important sur le devenir de la société palestinienne : les professeurs d’université, les avocats et les intellectuels éclairés qui descendent dans les rues ne sont pas obnubilés par le discours idéologique d’un Etat palestinien qui serait établi sur l’ensemble de la Palestine historique ou même sur les frontières jordaniennes de 1967. Ils réclament juste plus de libertés.

En s’inspirant des démocraties occidentales, ils appellent donc à la mise sur pied d’outils de surveillance du pouvoir, et ce, dans des conditions difficiles. Leur démarche est, en effet, très courageuse : ils restent sous la menace d’une « élimination accidentelle » de la part des dirigeants palestiniens, qui n’entendent pas lâcher le pouvoir aussi facilement. Aussi, aimeraient-ils bousculer cette situation paralysée et provoquer le changement politique pour susciter le multipartisme.

Leur conclusion est très simple : il doit être mis un terme au monopole du pouvoir et à l’absence de libertés, notamment le droit à la liberté d’expression et le droit à la dissidence (ce qui supposera, bien évidemment, l’instauration d’une laïcité et une séparation de la mosquée et de l’Etat palestinien).

En réponse, la tactique de l’AP est habile. Elle explique conserver le monopôle du pouvoir en rappelant aux palestiniens de Cisjordanie que leur condition de vie serait pire s’ils résidaient à Gaza. Aussi, essaye-t-elle de convaincre qu’elle est la seule « protection légitime du projet national palestinien ».

Pour leur part, les palestiniens endormis, sont persuadés que leur mal-être tient aux relations tendues avec l’Etat juif. Effectivement, moins le problème palestinien se solutionne, plus les implantations juives de Cisjordanie s’étendent. Corrélativement, les palestiniens observent la montée d’un capitalisme de palestiniens qui commercent avec les entreprises de l’économie israélienne. Ainsi, quelques commerçants palestiniens s’enrichissent, grâce à leur rôle d’intermédiaire, pendant que d’autres souffrent des inégalités économiques.

En attendant, les membres de la société civile palestinienne éclairés ont, naturellement, été meurtris par la décision de Mahmoud Abbas d’annuler les élections, prévues en mai 2021, eu égard à son incapacité de surmonter, par la voie légale, les obstacles politique et sociaux de la société palestinienne.

Israël doit bien évidemment les aider dans cette dynamique. Les palestiniens éclairés pourraient bien devenir un modèle pour les palestiniens de Gaza mais aussi pour tous les peuples enfermés dans le terrorisme politique islamique (comme par exemple, les afghans).


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